Coupures de PresseVoici divers articles de presse en relation avec la Trisomie 21 ou le handicap qui nous semblent apporter matière à réflexion. Certains de ces textes ont été librement traduits.
Le Monde de LéaPardonne-leur, petite Léa, ils ne savent pas ce qu'ils disent parce que ne savent pas voir au-delà des apparences. Ils te voient différente, alors ils te disent anormale. De leur point de vue, c'est logique. Ils ignorent encore que leur logique est bancale. Sois patiente. Leurs progrès sont lents mais réels. Tu serais née hier, ils t'auraient étiquetée "mongolienne" à cause de ton visage rond et de tes yeux bridés. Ils se croient plus savants depuis qu'ils t'appellent "trisomique". Excuse-les de voir une anomalie génétique dans ce qui fait la beauté de ta singularité. car tu es belle, petite Léa. Tu es belle parce que tu es une fleur rare. tu peux déjà le voir dans les yeux de tes parents. La caméra qui t'a filmée s'en est aperçue. D'autres le découvriront en regardant ce courageux documentaire de Martine Salvador programmé samedi 26 septembre, à 13h45 sur France 2. Ils feront la connaissance de ta maman espiègle, pressée que tu lui racontes "comment c'est" dans ton univers. Elle le devine quand tu ris aux éclats de sa curiosité impatiente. Ils entendront ton père se dire "fier" de toi. Il y a de quoi. Les enfants comme toi sont des perles de lumière condensée, des diamants bruts. Toi aussi, petite Léa, tu peux être fière de tes parents. Ils ont eu l'audace d'affronter le regard des autres en t'acceptant telle que tu es, et maintenant ils en sont libérés. Le problème des autres, vois-tu, c'est leur conscience séparatiste, leur manie infantile de trier les êtres et les choses en les passant au tamis de leur prétendue normalité. Ils font des tas de différences, inventorient, répertorient, rangent, classent, divisent, subdivisent, etc. Tant et si bien qu'ils finissent par ne plus s'y retrouver. Alors, ils ont peur. Dans un réflexe de survie, ils ordonnent à toutes ces différences de se rassembler, de leur ressembler. Ils éliminent celles qui font de la résistance, les taxent d'anormalité, les enferment. Ils appartiennent à l'espèces monocolore, univoque, ethnocentrique, au genre commun des fleurs carnivores. ils voudraient que tu sois comme eux, que tu vives comme eux, que tu entres dans leur moule. le tien vaut bien le leur. Ta mère te dira qu'il a été fondu dans une forge mystérieuse où veille une conscience unitaire qui perçoit la même étincelle en tout être, en toute chose, et qui sait qu'il existe bien d'autres couleurs que celles de l'arc-en-ciel sur la palette de la vie. il faudra donc, petite Léa, que, ces gens soi-disant normaux, tu les apprivoises. Ne désespère pas si, dans la rue, ils s'apitoient sur toi. Les vrais handicapés, ce sont eux. Le Monde, 26 septembre 1998 par Alain Rollat. Le fœtus dans tous ses étatsArticle publié dans le magasine Fémina no 7 du 18 Février 2001. Reproduit avec l'aimable autorisation de la rédactrice en chef. Sandra Andrade Toujours plus nombreux et plus sophistiqués, les examens prénataux permettent de suivre de près l'évolution du foetus. Inventaire chronologique des tests proposés aux futures mamans en cours de grossesse. Premier bilan de santéA 12 semaines L'échographie est une technique irremplaçable. Elle permet d'identifier le
sexe du foetus, d'observer cet être minuscule en train d'attraper son pied et de
sucer son pouce, et surtout de suivre médicalement la grossesse. La première
séance d'ultrasons confirme le terme à quatre jours près, en mesurant le foetus
de la tête au siège. Indispensable, car il peut y avoir plusieurs semaines
d'écart entre son âge théorique et son âge réel. Dans la foulée, on évalue sa
vitalité, on apprécie son anatomie, on repère les grossesses multiples et les
malformations sévères: absence d'une partie du crâne (anencéphalie), d'un
membre, vessie trop volumineuse, anomalies de la paroi abdominale... Des
informations certes dramatiques, mais il est préférable de savoir dès le départ
si le foetus est viable et si l'enfant à naître présentera un handicap. Le test de la trisomieEntre la 11e et la 14e semaine On propose aux parents un test de dépistage pour évaluer le risque de
trisomie 21 (mongolisme). Les médecins traquent essentiellement ce syndrome, car
c'est la cause la plus fréquente de retard mental: 1 enfant sur 680 en est
atteint. Pour des raisons éthiques, les gynécologues suisses n'ont pas le droit
de pratiquer cet examen à l'insu des parents, et ces derniers peuvent le
refuser. Mais comme il ne présente aucun risque, les trois quarts des femmes
enceintes s'y soumettent volontiers. Le "test du premier semestre" (c'est son
nom) combine une échographie et une analyse du sang de la maman. On entre ces
données dans un logiciel avec d'autres paramètres (âge de la mère, antécédents
familiaux, présence d'une trisomie lors d'une grossesse précédente, etc.) et
cela précise le risque pour chaque femme de porter un enfant handicapé. Les
résultats sont considérés comme indicatifs, car seules 85°/ des trisomies 21
sont détectées. C'est toutefois mieux que le test précédent ("du deuxième
semestre"), effectué dès la 15e semaine, qui ne dépistait que 75% des trisomies
21, en se basant exclusivement sur l'âge de la mère et une analyse de son sang,
sans faire appel à l'échographie. Certains gynécologues sont malgré tout restés
attachés à l'ancien test, notamment ceux qui maîtrisent mal la technique des
ultrasons. On passe bébé au cribleEntre la 18e et la 20e semaine Plus complète, la deuxième échographie, dite de morphologie, surveille la
croissance du foetus, ses proportions, son activité motrice. On peut désormais
préciser son âge à un jour près. On observe les membres, les quatre cavités du
coeur, le diaphragme, l'estomac, les reins, la vessie ainsi que toutes les
autres parties de l'anatomie. On s'assure que bébé baigne dans une quantité
suffisante de liquide amniotique. Sinon, cela pourrait indiquer une absence de
rein ou une autre affection. Le praticien est désormais en mesure de traquer la
plupart des anomalies, même les plus minimes, comme les becs-de-lièvre. Grossesses à risqueOutre les tests de routine, certaines femmes ont droit aux tests chromosomiques, beaucoup plus fiables mais aussi plus périlleux. Ces examens consistent à établir le caryotype, c'est-à-dire la carte d'identité de tous les chromosomes du foetus. Ils permettent de détecter, avec un risque infime d'erreur, toutes les aberrations chromosomiques (lire ce qu'il en est des maladies géniques). Mais ils sont coûteux et non sans danger pour le foetus. Aussi les médecins ne les proposent-ils et les assurances ne les remboursent-elles que dans les situations suivantes.
Les mamans inquiètes qui ne remplissent pas ces conditions peuvent demander ces tests, mais elles devront les payer de leur poche. La choriocentèseEntre la 10e et la 11e semaine La choriocentèse, dite aussi biopsie du trophoblaste, permet d'intervenir
plus tôt dans la grossesse que l'amniocentèse mais provoque deux fois plus de
fausses couches (1 fois sur 100). On privilégie cette technique précoce pour les
tests axés sur les gènes. L'amniocentèseEntre la 14e et la 18e semaine Quoique plus tardive, bien des praticiens la préfèrent à la choriocentèse
parce qu'elle n'entraîne que 0,5% de fausses couches. "Les chromosomes sont
aussi plus beaux avec cette technique, ce qui facilite la détection des
anomalies fines", ajoute le professeur Daniel F. Schorderet, responsable de la
division de génétique médicale à Lausanne. Le gynécologue prélève un peu de
liquide amniotique (15 à 20 ml) à l'aide d'une seringue. Ce geste ne dure que
quelques secondes, ne nécessite pas d'anesthésie locale, et la future maman peut
rentrer chez elle avec une seule consigne: se reposer durant quelques heures. Complications: très rarement, une fausse couche (voir plus haut). Même ordre de fiabilité que la choriocentèse. Coût: 900 francs environ. Le test FishFluorescence In Situ Hybridization Se pratique en général dans le cadre d'une amniocentèse. Ce nouveau test ne nécessite pas de mise en culture des cellules prélevées
avec le liquide amniotique et livre en deux jours seulement un résultat partiel.
De quoi faire patienter les parents qui attendent avec inquiétude le verdict de
l'amniocentèse. Le Fish colore, à l'aide de sondes fluorescentes qui vont se
fixer dans le noyau des cellules, certaines régions définies des chromosomes 21,
13, 18, X et Y, à l'origine des aberrations les plus fréquentes. Les chromosomes
apparaissent au microscope sous forme de spots de couleurs différentes. Les
généticiens n'ont plus qu'à compter les points lumineux pour dépister une
anomalie de nombre. Il faut savoir que le Fish ne trace que certains chromosomes
et ne permet pas de déceler les anomalies de structures (chromosomes cassés ou
réarrangés), c'est pourquoi il ne remplace pas la choriocentèse ou
l'amniocentèse. Les tests sur les gènesSe pratiquent généralement dans le cadre d'une choriocentèse ou d'une amniocentèse. Parfois c'est un gène (unité définie localisée sur un chromosome, responsable
des caractères héréditaires), et non un chromosome (support matériel des gènes),
qui est à l'origine de l'anomalie. On a répertorié plusieurs milliers de
maladies géniques, certaines bénignes (daltonisme) ou graves (mucoviscidose). Le
risque, pour un parent porteur d'une telle maladie, de la transmettre au foetus
est variable, mais peut atteindre 25 à 50% selon le gène impliqué. Le caryotype
ne dépiste pas les anomalies géniques, invisibles au microscope. I1 se limite à
repérer les aberrations chromosomiques. En cas de doute sur un problème dû à un
gène perturbé, on peut en revanche demander au laboratoire d'effectuer un test
spécifique ciblé sur le gène en cause. On peut s'informer sur les tests
disponibles auprès des centres de génétiques (lire aussi "Agir
à la conception"). Le décompte des chromosomesDans chaque cellule humaine se trouvent, 46 chromosomes (23 de la mère et 23
du père/, dont 2 chromosomes sexuels (XX pour une femme et XY pour un homme).
Pour faire un caryotype (carte d'identité génétique/, on observe au microscope
les cellules étalées sur des lames de verre, on les photographie, on les
assemble par paires numérotées et on les compte. Un chromosome en plus ou en
moins, des cassures, signalent des anomalies. La trisomie 21 (mongolisme) est
une anomalie numérique de la 21e paire: les enfants qui en sont porteurs
présentent trois chromosomes au lieu de deux. Agir à la conceptionLe diagnostic préimplantatoire (DPI), celui qui intervient au moment de la conception, permet aux parents porteurs d'une maladie génique de concevoir un enfant sain. Cette technique, par ailleurs interdite en Suisse au même titre que toutes les manipulations d'embryons, implique de procéder à une fécondation artificielle. Les embryons sont conçus en laboratoire, testés, puis triés. On écarte ceux qui portent le gène déficient, on implante le ou les embryons sains dans l'utérus de la mère. Le petit Valentin, né l'automne passé en France, a bénéficié de cette technique qui lui vaut d'être exempt de la maladie incurable (un déficit enzymatique hépatique) dont la mère était porteuse. Dans d'autres pays, comme la Belgique, le DPI est accessible depuis plusieurs années. En Suisse, l'introduction de cette technique n'est pas à l'ordre du jour. Les parents à risque ne disposent donc que du diagnostic prénatal s'ils veulent éviter de mettre au monde un enfant malade. "On en arrive à une situation dramatique, qui favorise les avortements thérapeutiques, traumatisants pour les familles", déplore Paul Bischof, président de la Société suisse de fertilité, stérilité et planning médical. Le diagnostic prénatal, pourquoi?Pour anticiper sur la prise en charge du bébé à la naissance, prévoir un
accouchement dans un centre adapté, constituer une équipe médicale prête à
intervenir dès les premières minutes de vie... Le diagnostic prénatal va, dans
certains cas, permettre de soigner le foetus in utero. "II est possible, par
exemple, de réguler le rythme cardiaque ou de traiter une toxoplasmose en
administrant un médicament à la maman, précise Olivier Irion, responsable du
service d'unité de médecine foetale et d'échographie à la maternité de Genève.
On peut aussi résoudre une anémie foetale par des transfusions de sang
intra-utérines. En revanche, on ne peut corriger un chromosome défectueux, et
même la chirurgie intra-utérine demeure très périlleuse. "Un ou deux centres
américains ont pratiqué des opérations à utérus ouvert, mais les risques sont si
importants qu'on a actuellement tendance à délaisser ces pratiques et à se
tourner vers les traitements par endoscopie, commente le Dr Philippe Extermann,
médecin responsable du centre d'échographie Dianecho à Genève. On essaie de
pénétrer la cavité amniotique sans ouvrir l'utérus, à l'aide de
micro-instruments. II subsiste toutefois de grandes difficultés techniques."
Bref, cela reste de la musique d'avenir...
En collaboration avec le DR SOPHIE DAHOUN, médecin responsable du laboratoire de cytogénétique de l'Hôpital cantonal de Genève. * A Genève: Division de génétique médicale, tél. (022) 702 5696, fax (022) 702 5706. Site Internet http://www.medgen.unige.ch/cytogenetics/ *A Lausanne: Division de génétique médicale, tél. (021) 314 3370, fax (021) 314 3392. Site lnternet http://www.hospvd.ch/public/chuv/genmol/home.htm Copyright Femina 2001. La leçon particulièreArticle publié dans le magasine Fémina no 47 du 21 Novembre 1999. Reproduit
avec l'aimable autorisation de la rédactrice en chef.
Les particularités du ServiceChaque canton possède un Service éducatif itinérant qui offre une aide à
domicile aux enfants d'âge préscolaire présentant des difficultés dans leur
développement. Les enseignants interviennent auprès d'enfants handicapés
physiques, mentaux ou souffrant de troubles neurologiques, psychologiques,
moteurs ou sensoriels. Pour de plus amples renseignements sur l'ARPSEI: Copyright Femina 1999. Pro Infirmis - Le choc de la réalitéArticle publié dans le 24 Heures du vendredi 1er Décembre 2000 par Francine Brunschwig (copie local de l'article). L'amour handicapéArticle publié dans le magasine Fémina no 41 du 8 Octobre 2000. Reproduit avec l'aimable autorisation de la rédactrice en chef.
Une histoire parmi d'autres: depuis un certain temps, ce n'est plus un secret pour personne au sein de l'institution où ils vivent, deux pensionnaires manifestent l'un pour l'autre un intérêt évident. Arrive le jour où l'homme déclare ouvertement qu'il aimerait pouvoir dormir avec l'élue de son cœur. L'équipe éducative en déduit qu'il voudrait faire l'amour avec elle et s'inquiète: "Et dire elle n'a pas de contraception!" "Attendez.., suggère Catherine Agthe, ... avant de vous inquiéter au sujet de la contraception, nous pourrions tenter de comprendre ce qu'ils veulent dire par dormir ensemble." Renseignement pris, ce que voulait le Monsieur, c'était dans un premier temps aller dans sa chambre à elle et se coucher à côté du lit. Il a pris son duvet, il s'est couché par terre, et ils ont dormi "ensemble". Au bout de quelques mois, leur demande a changé: "Nous aimerions dormir dans le même lit", ont-ils déclaré. Ils se voyaient comme un couple et souhaitaient avoir leur chambre à eux, comme n'importe quel autre couple. "Cela a été le point de départ de longues discussions au sein du foyer,
raconte Catherine Agthe, pour savoir s'il était possible d'accéder à leur
demande. Il a fallu en aviser la direction, le tuteur de Monsieur, ainsi que les
parents et la thérapeute de Madame. En tout, depuis la formulation de la
demande, les discussions ont duré huit mois. Il y avait de quoi décourager les
principaux intéressés Dans un autre foyer, la direction a exigé d'un de ces
couples deux ans de fidélité avant de lui accorder une chambre commune.
Certaines institutions refusent d'envisager une telle possibilité, ou ne le
peuvent en raison de chambres trop petites." Un apprentissage relationnelCatherine Agthe et Françoise Vatré, spécialisées dans l'éducation
affective et sexuelle des personnes vivant avec un handicap mental, répondent
aux questions que nous ne manquons pas de nous poser. - Pourquoi la seule évocation de la sexualité des handicapés
suscite-t-elle un tel malaise? - Ne serait-ce pas le rôle des parents? - La vie en institution explique-t-elle que la notion de pudeur est peu
développée chez les personnes handicapées mentales? - Est-ce qu'à leurs yeux l'idée du couple est importante? - Comment est-ce que vous abordez la question de la contraception ou de la
stérilisation, qui a été si controversée? - J'imagine que certains couples souhaitent avoir des enfants? - Quelle forme d'éducation sexuelle pratiquez-vous? Esther et Sandro - Main dans la mainLa première chose que me montre Esther, c'est son alliance. Elle s'est fiancée avec Sandro en juillet de l'an dernier. Tous deux évoquent inlassablement leur fête de fiançailles, célébrée sous un soleil de plomb dans la joie, les cadeaux et les embrassades. "Ma sœur pleurait de joie", raconte Sandro. Le couple a fait connaissance il y a trois ans dans un club genevois organisant des soirées dansantes à l'intention des personnes souffrant d'un handicap mental. En parlant d'Esther, Sandro dit "ma femme". Ce qu'il aime chez elle? "Tout. Son cœur! Elle est heureuse." Esther rayonne et couve des yeux son "chéri". Leur grand rêve: vivre ensemble dans un studio. Pour l'instant, Esther Schätti, 23 ans, vit dans l'appartement familial avec sa mère et son frère. Sandre Bozzi, lui, vit dans un foyer. Le samedi, l'appartement des Schätti est laissé à l'entière disposition du couple, afin que les tourtereaux puissent, ne serait-ce qu'un jour par semaine, avoir l'impression d'être seuls au monde. Comme tous les amoureux. En semaine, Esther travaille dans une fabrique de parfums, à l'emballage. Ses loisirs? Le piano, le chant, la danse. Elle suit aussi des cours de cuisine et d'informatique organisés par l'Université (CEFCA) à l'intention des personnes mentalement handicapées. Sandre, lui, a un emploi dans l'atelier protégé d'une fabrique de T-shirts. Ils sortent en couple ou avec leurs amis, au cinéma, au club, au restaurant. Trois ans de complicité, trois ans de souvenirs. Ils racontent des anecdotes de leurs vacances en Sicile, d'où Sandro est originaire. Se souviennent de la fois où, ayant pris le train, ils sont descendus à la mauvaise gare. Ils rigolent. "Et la fois où j'étais chez le médecin, et que ma femme est partie parce qu'elle en avait marre d'attendre! Là, j'étais furieux!" Mais l'événement sur lequel tous deux reviennent sans cesse, c'est le week-end qu'ils passeront bientôt ensemble dans le home où vit Sandro: "On dormira ensemble et on fera l'amour." Nous dormirons ensemble. N'est-ce pas le titre d'une chanson? L'interview terminée, Esther et Sandro partent en promenade. Main dans la main. Une maman compréhensivePour Elisabeth Schätti, la maman d'Esther, il va de soi que sa fille trisomique a droit à une vie sentimentale et sexuelle: "Pour moi, c'est tout naturel. Quand elle a grandi, j'ai fait ce que font toutes les mères avec leur fille, je lui ai proposé une visite chez le gynécologue. Je n'ai rien fait de plus. Esther prend la pilule depuis l'époque où, adolescente, elle partait en week-end et qu'il lui arrivait d'être invitée par des garçons travaillant dans le même atelier qu'elle. Son intimité ne me regarde pas. Elle sait que si elle se pose des questions, elle peut en discuter avec son éducatrice, Mme Agthe, seule ou en présence de Sandro. Ce que je sais, c'est qu'Esther est heureuse, et c'est ce qui compte pour moi. Hier soir, Esther a préparé des pizzas et lavé son linge en machine. Elle m'a dit qu'elle voulait apprendre à se débrouiller seule pour le jour où elle et Sandro pourraient vivre ensemble. C'est un projet auquel ils tiennent mais qui demandera toute une organisation. On n'en est pas encore là…" Elisabeth Schätti n'a jamais sur-protégé sa fille. Ayant toujours travaillé, y compris avant le décès de son mari, elle a fait en sorte de favoriser l'autonomie d'Esther qui, depuis le berceau et jusqu'à la deuxième primaire, a vécu son enfance en compagnie des autres enfants de son âge. "Mais il arrive un moment, remarque sa mère, où l'intégration n'est plus possible. Esther a poursuivi sa scolarité dans une école spécialisée. Et puis, à l'adolescence, les autres jeunes, même s'ils l'aimaient bien, ne lui proposaient plus de sortir avec eux. Avec le temps, les jeunes souffrant d'un handicap se retrouvent entre eux. Esther est très indépendante. Elle sait lire et connaît parfaitement le ré-seau des transports publics genevois. Chaque jour elle prend le bus pour aller travailler dans un atelier protégé. Elle a la clé de l'appartement et gère son emploi du temps à sa guise." Copyright Femina 2000. Un pas de plus vers une sexualité mieux vécueExtrait de 24Heures du 18 mars 2001. JOËLLE FABRE Cheminer du coeur au corpsLa vie intime des personnes handicapées mentales n'est plus occultée, mais comment les accompagner? Deux programmes de formation désamorcent les craintes de l'entourage. Une éducatrice spécialisée emmène un homme de 35 ans, handicapé profond et ne parlant pas, dans un grand magasin. But de l'escapade: lui permettre de choisir un nouveau poster pour décorer sa chambre. Elle le laisse re garder et revient vers lui: "Qu'as-tu choisi?". Le jeune homme montre du doigt la photo d'un dos féminin dénudé avec une rose posée sur l'épaule. Rien à voir avec les pages du calendrier Pirelli. Cependant, l'éducatrice est mal à l'aise: ce poster vaguement suggestif allait-il mécontenter la direction de l'institution? Choquer les parents? Exciter les autres résidants? Elle rectifie: " Il vaut mieux choisir dans cette série." Docile, l'homme opte alors pour une très convenable "forêt en automne". "Ce n'est qu'une anecdote mais elle illustre l'importance du rôle du tiers dans l'intimité des personnes handicapées mentales, commente Catherine Agthe, sexopédagogue. Cela montre à quel point leur sexualité est kidnappée par l'entourage qui a tendance à imposer sa vision, ses valeurs." La vie affective des personnes déficientes mentales n'est plus occultée, mais elle continue manifestement de susciter gêne, crainte, perplexité, maladresses et conflits éthiques. Peut-être parce qu'il s'agit d'une découverte relativement récente: jusqu'à la deuxième moitié du XXe siècle, on les pensait sans désir, sans compréhension ni sentiment pour tout ce qui touche à la sexualité ou alors, à l'opposé, animées par des pulsions incontrôlées, sans morale, sans censure. "Ange ou bête, résume Catherine Agthe. Dans le premier cas on niait leur sexualité, dans le deuxième cas, on la réprimait." Désirs d'adultes Cela fait quinze ans que Catherine Agthe et Françoise Vatré, toutes deux membres du groupe "Sexualité et handicap(s)" au sein d'ARTANES (Association romande et tessinoise des animateurs en éducation sexuelle), se démènent sur le terrain et dans les congrès pour faire admettre que le développement affectif et sexuel de la plupart des personnes handicapées mentales est aussi important que pour les valides et pour faire valoir leurs droits à l'intimité. "Après avoir appris à respecter la différence, la société doit arriver à gérer la similitude", commente Françoise Vatré. "Et ce n'est pas évident! On peut comprendre, par exemple, la peur des parents de voir leur enfant handicapé développer des goûts et des désirs d'adulte. Le décalage entre le biologique et l'âge mental provoque des situations contre nature qui se heurtent au tabou monumental de l'inceste: avez-vous déjà lavé le sexe d'un "petit enfant" de 45 ans?" Reconnaître le droit à la sexualité et à la vie affective est une chose, mais dans le quotidien des familles comme des institutions, il n'est pas simple ni d'en parler ni d'y être confronté. D'où la nécessité d'une formation bien ciblée. De la parole aux actes, les deux sexopédagogues viennent de franchir une nouvelle étape avec la mise au point d'un programme destiné à la formation des professionnels de l'éducation spécialisée et de la santé aussi bien qu'à celle des parents. Intitulé Du coeur au corps, ce programme veut leur donner des outils pour mieux informer et accompagner les handicapés mentaux dans le domaine de la vie intime. Pour cela, il est indispensable de se mettre au clair par rapport à son propre vécu de la sexualité: identifier ses réactions, relativiser ses craintes et ses préjugés, devenir conscient de son rôle de tiers, etc. L'approche tient compte des aspects fondamentaux de la sexualité humaine: biologique, affectif, cognitif, comportemental et normatif. La formation s'étale sur trois jours et se déroule dans un climat d'interactivité mêlant la théorie et la pratique.
Valisette belge Autre outil désormais à la disposition des "accompagnants": une mallette pédagogique conçue en collaboration avec une équipe belge de l'Université de Namur et comprenant un manuel d'animation, un dossier d'images et un vidéogramme. Titré Des femmes et des hommes, ce cours d'éducation sexuelle spécialisée chemine également du coeur au corps en prenant largement en compte tous les aspects de la vie affective des personnes déficientes mentales. Informations: Catherine Agthe Diserens au tél.: (022) 36115 29. Ou Françoise Vatré: (021) 807 43 26. UTILE Informations: Catherine Agthe Diserens au tél.: (022) 36115 29 ou Françoise Vatré: (021) 807 43 26. Florian en son jardin secret
"Notre enfant a droit à une place dans la société"Extrait de 24Heures du 23 mars 2001. PATRICIA RODIO LE MONT-SUR-LAUSANNE : L'INTÉGRATION DES ENFANTS TRISOMIQUES EST POSSIBLE Les parents de Flavien revendiquent pour leur fils une intégration maximale. Loin des clichés vieillots, l'expérience de Flavien prouve qu'il est possible aux enfants trisomiques de participer à la vie scolaire et de s'épanouir à l'école du village. Neuf ans en avril prochain, de beaux yeux bleus, Flavien aime rire, s'amuser et apprendre. Cet enfant magnifique et facétieux ne se distingue pas à priori des autres enfants. Ses besoins sont les mêmes. Comme le rappelle la brochure de l'ART 21 (lire encadré), Flavien souhaite être en sécurité dans sa famille. Il aime découvrir son environnement, se faire des amis et acquérir toujours plus d'indépendance. Rien en somme ne le différencie des autres enfants, si ce n'est une difficulté de langage et d'apprentissage. Bon nombre atteintes du syndrome de Down (du nom du premier médecin britannique à en décrire les symptômes) ne bavent pas, ne sont pas incontinentes et vivent longtemps! Leur espérance de vie est passée pratiquement du simple au double en quelque cinquante ans. Ainsi, grâce 'aux progrès de la médecine, la mortalité qui touchait les adolescents dans les années cinquante ne survient souvent aujourd'hui que vers la soixantaine. Cette longévité soulève de nouveaux problèmes de prise en charge. En effet, actuellement, le risque que les grand. L'éducation d'un tel enfant doit donc tendre avant tout vers l'autonomie la plus large et la plus totale. Un combat à mener Les parents, Sophie et Patrick Mattenberger se sont battus pour intégrer leur
fils en milieu scolaire normal. Pourtant, ils n'ont pas vraiment l'impression
d'avoir livré bataille. Tout d'abord, parce qu'il leur est immédiatement apparu
qu'ils devraient le faire. Ensuite, certaines personnes ont accepté le défi.
Ainsi, Daniel Robert, directeur des écoles du Mont, a Actuellement, deux enfants
porteurs de trisomie 21 suivent les cours dans les écoles de ce village. Le
parcours de Flavien, entré en août 1997 en première année d'école enfantine, est
relaté dans un joli film intitulé Flavien aux planches (lire 24 heures du 30
janvier). Richard Morgan, cinéaste britannique auteur du film, est également
l'époux de la première maîtresse d'école de Flavien. Il a suivi l'enfant pendant
sa première année d'école. Il en ramène un témoignage émouvant sur le sens de
l'intégration. En ce moment, Flavien suit trois demi-journées à l'école du
village, à laquelle il se rend seul en prenant le bus scolaire. Le reste de sa
scolarité se fait auprès de la Fondation Delafontaine, au Mont. Logopédie et
ergothérapie ne font pas partie des prestations de la fondation. Les deux écoles
sont distantes de 400 mètres. Activités différentes, encadrement et horaires
différents. Paradoxalement, la relative complexité de l'organisation scolaire de
Flavien lui est bénéfique. L'aidant à se repérer dans le temps. Car si tous les
enfants ont de la difficulté à acquérir les notions complexes de repères dans le
temps et l'espace, pour Flavien c'est encore plus difficile. Il faut adapter les
choses à ses capacités, le stimuler, le motiver et surtout verbaliser ses
progrès. C'est comme cela qu'il peut progresser", souligne Sophie Mattenberger,
qui n'aime décidément pas l'exclusion. Ainsi, elle et son époux estiment que
Flavien a une place à prendre dans la société, qu'il doit donc apprendre à y
vivre, avec les autres. C'est dans ce monde?ci qu'il est né, il doit donc en
comprendre les règles et les intégrer. UTILE Association Romande Trisomie 21 (ART 21), ART 21, association romande A la naissance de leur fils, Sophie et Patrick Mattenberger posent (et se
posent) bon nombre de questions. Rapidement, ils ne se sentent pas en phase avec
les réponses qu'on leur donne. Jeunes parents dynamiques, bien dans leur époque,
ils espéraient recevoir une aide par des observations neuves, des solutions
inédites. Ce qu'ils n'obtiennent pas. P. Ro L'intégration réussie de Flavien, enfant trisomiqueExtrait de 24Heures du 30 janvier 2001. RÉMY-PIERRE BERRA LE MONT-SUR-LAUSANNE : UNE CAMÉRA À L'ÉCOLE Première projection, vendredi, du documentaire Flavien aux Planches! Cette oeuvre de Richard Morgan tournée en 1997-98 raconte la première année de scolarité enfantine d'un enfant handicapé du Mont.
"J'ai rencontré les parents de Flavien un vendredi. Le lundi suivant, je commençais à tourner. Je les ai trouvés courageux. Ils n'avaient jamais vu mon travail. Et pourtant ils m'ont fait confiance tout de suite." De son premier contact avec Sophie et Patrick Mattenberger, Richard Morgan garde un bon souvenir. Entre les parents du petit Flavien et le cinéaste, les choses ont d'emblée bien fonctionné. Et pourtant, le pari n'était pas gagné d'avance. Filmer la première année scolaire d'un petit trisomique ne s'improvise pas. Sans une sensibilité certaine, rien n'aurait été possible. Vendredi soir, à l'aula du collège du Mottier, le public découvrira un long métrage abouti. Premier jour d'école, arrivée des grands le lendemain, jours de piscine, fête de Noël... Pendant toute l'année scolaire 1997-98, au gré des saisons, Richard Morgan a fixé les événements importants de la petite classe des Planches. Participant privilégié, il était de toutes les sorties et de tous les moments forts. Ce témoignage sociologique décrit le vécu d'un groupe évoluant avec quelqu'un de différent. Rien n'a été gommé. Ni les rires, ni les larmes. Vif de nature, Flavien est souvent turbulent et devient parfois agressif. Richard Morgan montre tout sans détours. Mais avec beaucoup de tendresse. Plusieurs interventions enrichissent son film et lui confèrent une valeur de document. Celles de la famille, bien sûr. Mais aussi celles de Brigitte Morgan, épouse du cinéaste et maîtresse de Flavien, qui commente les progrès de l'enfant tout au long de l'année. On entendra aussi les propos du directeur des Ecoles Daniel Robert, et ceux des enseignants de piscine et de rythmique. Christiane Bauer-Lasserre, du Service de l'enseignement spécialisé, a suivi Flavien dès sa naissance. Elle s'exprime aussi. Enfin, l'experte française Monique Cuilleret apporte son concours scientifique à l'entreprise. Cette chercheuse dans le domaine de la trisomie suit Flavien depuis l'âge de 18 mois. Quel regard la famille porte sur ce travail? "Richard a montré notre fils comme un être humain, répond la maman Sophie Mattenberger. Il aborde la trisomie, bien sûr. Mais sans étiquette indélébile. En ce sens, il a un regard sain." La famille Mattenberger a toujours revendiqué une intégration maximale pour Flavien. "C'est notre système d'adultes qui exclut ces enfants. Entre eux, les gosses n'ont pas cette retenue." INTERVIEW EXPRESS de Richard Morgan, réalisateur du film Flavien aux Planches. Photographe, réalisateur, professeur de littérature anglaise et américaine, metteur en scène... Richard Morgan a la création et la pédagogie dans le sang. En apprenant que son épouse Brigitte recevrait un enfant trisomique dans sa classe enfantine, il était normal que sa curiosité soit titillée. Le résultat est à la mesure du défi. Sans sombrer dans la démonstration scientifique, et dans un respect total des intervenants, son film offre une vision complète du processus d'intégration vécu par Flavien. L'auteur a su s'effacer pour donner la parole aux enfants de la classe, aux enseignants et aux spécialistes. Dans le cadre magique d'une petite classe perdue dans la campagne vaudoise. Cette fenêtre poétique ouverte sur la vie permet de respirer au gré des fêtes et des saisons. Le message passe. - Quelle a été la motivation de départ? - Cette expérience vous a-t-elle changé? R.-P. Ba Intégration - Aux côtés d'enfants validesExtrait de 24Heures du 31 août 2001. PATRICIA RODIO Cinq jeunes handicapés mentaux dans un camp comme les autres. Yanik, Flavien, Agnès, Coralie et Elisca sont cinq enfants âgés de 9 à 12 ans. Ils sont handicapés mentaux. A part Yanik, qui suit une scolarité dans le cadre d'une école spécialisée, tous sont, à des degrés divers, en primaire, en filière dite "d'intégration partielle". Cet été, pour la première fois, ils ont pu profiter d'une expérience mise sur pied conjointement par Solidarité-Handicap mental et le service de la jeunesse et des loisirs de la commune de Lausanne. Depuis trente ans, Solidarité-Handicap mental lutte contre l'exclusion et pour le droit de ses membres à vivre une vie 'la plus normale possible. Afin d'offrir aux enfants handicapés mentaux des "vacances comme les autres", l'association organise d'ailleurs, chaque année depuis douze ans, deux centres aérés qui leur sont destinés. Dans ce cadre, Flavien, Yanik, Coralie, Agnès et Elisca ont participé, les 15 et 16 août derniers, à deux journées intégrées au centre aéré d'Arzillier. Ce dernier accueillait en même temps une huitantaine d'enfants valides inscrits pour la semaine. L'intégration s'est faite sans heurt et a été unanime ment appréciée des deux côtés. Jean-Claude Seiler, chef du service de la jeunesse et des loisirs, et Isabelle Messer, responsable de Solidarité-Handicap mental, ainsi que les parents des cinq enfants, se disent très satisfaits de l'expérience qu'ils ne manqueront pas de renouveler l'année prochaine. JeanClaude Seiler envisage d'étendre l'expérience à une semaine complète pour autant que l'encadrement proposé par l'association soit aussi performant que cette année. "Moi, je suis plutôt perfecto, bière et rock'n'roll"Thomas Bouchardy, 24 ans, trisomique, serveur dans un restaurant, musicien. L'illustré du 1er Décembre 1999. Jean-Blaise Besençon / Photos Germinal Roaux Comment intégrer une personne mentalement handicapée au monde du travail? Réponse avec Thomas, 24 ans, trisomique et serveur dans une très bonne auberge de la campagne genevoise. Son patron précise d'emblée qu'il ne fait pas oeuvre de charité. "Thomas travaille comme tous les employés. Il est payé, pas beaucoup, mais il est payé. Il ne peut pas prendre une commande ou conseiller un vin, parce qu'il a un peu de peine à s'exprimer. Mais il fait les mises en place, il apporte les plats, il sert les boissons, il est en contact avec les clients." Et c'est bien ce qui plaît à Thomas. "Au début, on voulait m'occuper à des petites choses en cuisine, mais moi, c'est pour le contact avec les gens que j'ai choisi ce métier." Depuis un premier stage réussi en 1996, Thomas, 24 ans, handicapé mental, travaille comme aide-serveur à l'Auberge communale de Satigny. Gilet noir et chemise blanche impeccables, il sert des plats soignés à une clientèle de cadres et d'employés du CERN. Avec les habitués, l'affection est manifeste, les rapports chaleureux. Comme avec la plupart de ses collègues, Jeff en tête. "Il partage ses pourboires avec moi et puis il voit toujours le ciel bleu, même quand il est gris.
Quand un client le soupçonne de jouer la star devant le photographe, Thomas répond sans hésiter: "Non, je fais ça pour donner un coup de pouce à Project." Project est un service de placement, d'accompagnement en milieu professionnel de personnes mentalement handicapées. En collaboration avec les employeurs, Project assure aussi le suivi de ses membres. "Au début, se souvient le patron, Thomas restait souvent dans un coin à se frotter les mains; il était très timide. Aujourd'hui, il a pris beaucoup d'assurance. Il y a encore de petits problèmes: par exemple, il s'approche parfois un peu trop près des clients... Mais c'est parce qu'il est très myope! C'est aussi un de mes employés les plus fidèles, il a toujours du plaisir à venir travailler." A 16 h 30, Thomas quitte Satigny à skateboard, en train et puis en tram, il
traverse tout Genève pour rejoindre Carouge où il habite avec ses parents et la
plus jeune de ses deux soeurs. "Mon père est médecin, ma mère assistante
médicale, ma soeur sera aussi médecin et mon autre soeur physiothérapeute...
Mais moi, je suis plutôt bière, perfecto et rock'n'roll!"
Dans sa chambre, une riche discothèque témoigne de goûts sûrs et variés: Berrurier Noir, Chuck Berry, Jethro Tull, The Beatles ou encore The Clash. Et quand Thomas n'écoute pas de musique, il en joue. "Il a commencé très jeune avec mes couvercles de casseroles et les fouets mécaniques", se souvient sa mère. Aujourd'hui, Thomas maîtrise une dizaine de percussions, il souffle dans des flûtes et dans ce gros tuyau des aborigènes australiens. Il travaille régulièrement en groupe, comme ce samedi de novembre entièrement consacré aux répétitions, à l'Usine, dans les locaux de l'association Autrement-Aujourd'hui.
Ils sont huit musiciens sur scène, tous handicapés mentaux, et présentent le résultat de dix-huit mois d'atelier. Les rythmes s'entremêlent, les solos s'enchaînent, certains musiciens suent visiblement pour tenir le tempo, mais l'émotion passe. C'est bien de musique qu'il s'agit. Thomas, pourtant, préfère se produire avec un autre groupe. "Là on voit trop que ce sont des trisomiques qui jouent... Avec Son-O'Rythme, on est un groupe comme les autres, avec un nom, point." Comment vivre sa différence tout en évoluant dans la société dite normale? Comment vivre avec ce chromosome en plus (le 21) qui peut priver une personne de la moitié de ses facultés? "Nous avons toujours expliqué à Thomas qu'il aurait plus de peine que les autres enfants et que nous, en tant que parents, nous allions aussi nous donner plus de peine!" Depuis sa naissance, son père et sa mère se bagarrent ainsi pour l'intégration de leur fils. "Il est né dans cette société, il a le droit d'y vivre. Mais, après l'école enfantine normale, on nous a refusé son intégration scolaire au collège Jacques-Dalphin. C'est pourtant prévu par la loi, mais elle permet naturellement beaucoup d'interprétations." Avec le sentiment d'avoir souvent dû réclamer des choses simplement normales, ses parents ont tout de même eu la satisfaction de voir Thomas décrocher un véritable diplôme professionnel d'aide-serveur. Il était l'un des premiers à Genève. "A la fin de l'école obligatoire, il n'y a plus grand-chose pour des gens comme Thomas. On nous avait proposé un placement du côté de Payerne, mais pourquoi le couper de son quartier, de sa ville. C'est un environnement rassurant, il connaît des gens, il y a ses amis." Thomas confirme par une anecdote les difficultés qu'il peut rencontrer. "A Satigny ça va bien, à Carouge aussi, mais le jour où j'ai été malade dans le bus, il n'y avait pas beaucoup de monde pour m'aider..." L'intégration d'une personne handicapée réserve aussi des surprises qui font beaucoup rire Thomas: "En 1993, j'ai reçu une lettre pour aller à l'armée, mais moi je suis inapte! En plus, je suis pacifiste. C'est pour ça que j'aime Bob Dylan." Dans sa bibliothèque, plusieurs ouvrages révèlent la passion de Thomas pour l'histoire et quelques grandes figures contestataires. Il y a un beau livre sur l'aide humanitaire, un ouvrage sur Raoni, l'Indien protégé de Sting, un autre sur Gandhi; mais la personnalité qui le fascine le plus, c'est le pasteur Martin Luther King. Parce que Thomas compare volontiers sa situation de personne handicapée avec celle des Noirs aux Etats-Unis dans les années 50-60. "Là-bas, ils ont le Ku Klux Klan, mais ils ont aussi des gens comme Malcolm X pour les défendre..." Contre un mur, Thomas a accroché les dizaines de médailles récoltées en natation avec le Club des Schtroumpfs. Une activité chère entre toutes parce que là, dit-il, "je suis avec les gens de mon peuple". Les trisomiques forment-ils vraiment un peuple différent? Thomas rit et confirme son sentiment en montrant ses yeux bridés. "Je suis comme dans le film Urga. Là-bas, en Asie, ils ont les yeux comme moi." Sur le même ton, Thomas trouve ridicule les trisomiques qui tentent de modifier leur visage caractéristique en ayant recours à la chirurgie esthétique. C'est bien connu, l'aspect physique joue pourtant un rôle important quant à notre place dans la société. Sympathique, souriant et plein d'humour, Thomas affiche cet air tranquille et un rien perdu d'un homme tombé de la lune avec la dernière pluie. Il sait que son caractère aimable peut lui jouer des tours. "Je dois encore apprendre à dire non parce que, généralement, je dis toujours oui et puis après des fois..." Si son fort bégaiement l'empêche souvent de répondre du tac au tac, Thomas n'en pense pas moins... "Pendant ma formation d'aide-serveur, on m'a beaucoup appris à me taire, mon père dit que ça s'appelle avoir du tact!" Révolté ou silencieux, Thomas sait aussi qu'il doit encore gagner de la confiance en lui. Parce que comme il le dit joliment: "Quand c'est difficile, moi je me ratatine!" Au moment de commander une impressionnante coupe Danemark, Thomas revient sur un point essentiel: "Une chose que tu peux noter, c'est que je suis très gourmand!" Ensuite, on a refait l'histoire du rock, comparé les mérites respectifs d'Abba et de Renaud. Et puis Thomas nous a confié son voeu le plus cher. "Un truc que j'ai toujours dit, c'est que je rêve d'être papa." Ensuite, on a de nouveau parlé de la marche des affaires du monde. Avec cette gentillesse qui lui colle à la peau, Thomas a alors avoué une autre de ses ambitions. "Quelque chose que j'aimerais vraiment bien faire, c'est de la politique." En riant d'avance de son audace, Thomas révèle les trois priorités de son programme. "Je voudrais donner des subventions à toutes les organisations qui luttent pour l'intégration des trisomiques. Je voudrais aussi rendre l'armée facultative." Il tient enfin un super projet qui résume parfaitement sa passion et son humour: "Je voudrais faire de la fanfare municipale un grand orchestre de rock, et de rhythm'n'blues aussi." Mickaël décroche son premier emploi auprès de ses parentsMickaël Bollet, 20 ans, joyeux et farceur, a le secret des cœurs purs qui savent faire ressurgir les bonheurs de l’innocence qui sommeillent en chacun. Il sera dans quelques jours l’un des rares jeunes gens atteints de trisomie 21, en Europe, à devenir titulaire d’un véritable emploi, dans la crêperie de ses parents. La suite ... Un instituteur qui se mouilleArticle paru dans Insieme - revue traitant des questions du handicap mental - no.3, septembre 2001 Texte : Patrice Neuenschwander, photos Valérie Chételat
Eddy Ducommun, 48 ans, père de deux enfants, est instituteur depuis un quart de siècle. Il enseigne depuis 18 ans au collège des Vernes, à Colombier (NE). C'est là qu'il a vécu une expérience pédagogique très enrichissante. Pendant deux ans, il a accueilli dans sa classe une enfant trisomique. Arianne a aujourd'hui 13 ans. Elle vient de terminer sa 5ème et dernière année primaire et poursuit sa scolarité dans une classe formée d'enfants avec un handicap intégrée au sein d'un collège secondaire. Alors qu'Arianne avait dix ans, Eddy Ducommun avait accepté de l'intégrer dans sa classe de 3ème année. L'enfant a ainsi partagé le quotidien de 21 camarades durant deux ans. Accompagnée d'une enseignante spécialisée qui lui dispensait un programme particulier, cette élève participait à tous les cours, à raison de 17 périodes par semaine. Elle est aussi partie en camp vert avec ses copains et copines et y a pris beaucoup de plaisir. Si ces deux ans d'intégration scolaire furent incontestablement une réussite, tout n'a pas toujours été facile. L'instituteur qui ne disposait d'aucun recul, a procédé de façon empirique, testant différentes méthodes d'enseignement. Il a vite compris qu'il ne fallait pas trop exiger d'Arianne sous peine de la faire souffrir. Eddy Ducommun s'est toujours efforcé de veiller au confort affectif de son élève différente. Lorsqu'il a perçu des tensions chez la fillette, il a demandé l'aide d'un psychologue. Un jour d'hiver, Arianne a refusé de descendre dans la cour pour la récréation. Il y avait de la neige et elle avait peur de se faire mal. Et puis, il fallait s'habiller toute seule.... La corde à sauter des autres fillettes l'a aussi parfois effrayée. Pourtant, en règle générale, elle évoluait tout à fait naturellement parmi les autres élèves et interagissait avec eux. Elle a vécu plein d'expériences enrichissantes qui l'ont fait beaucoup progresser. Son instituteur est catégorique: cette enfant aurait certes acquis davantage de connaissances en institution mais n'aurait pas évolué autant. Les camarades d'Arianne étaient plutôt sympathiques avec elle. Ils l'invitaient à leur anniversaire et ne faisaient preuve d'aucune pitié particulière à son égard. Cette élève trisomique a même permis à la classe un moment perturbée de se ressouder autour d'elle. Tous les enfants se sont sentis responsables de ses progrès. Ils l'applaudissaient lorsqu'elle réussissait quelque chose. Ils ont eux aussi beaucoup appris à son contact, se familiarisant avec la trisomie. Aucun d'eux ne sera plus jamais effrayé à la vue d'une personne avec un tel handicap. Cette expérience aurait très bien pu s'arrêter au terme de la 4ème année si une jeune institutrice n'avait pas accepté de reprendre le flambeau. Toutefois, les exigences scolaires augmentant, certains parents ont alors exigé - et obtenu - qu'Arianne sorte de la classe durant les leçons de math et de français. Ils prétendaient qu'elle retardait la progression des autres élèves... D'autres parents et certains enseignants pensaient que l'on en faisait beaucoup pour une fillette dont la véritable place était en institution, et cela au détriment d'enfants "normaux" mais en difficultés scolaires, qui ne bénéficiaient pas, eux, d'un enseignant de soutien. Plusieurs collègues d'Eddy Ducommun auraient eux aussi préféré que les francs dépensés dans cette tentative d'intégration soient affectés au soutien d'élèves sans handicap rencontrant des difficultés scolaires. Tout au long de ces deux ans, Eddy Ducommun n'a jamais soldé son enseignement et a toujours respecté le programme. Quant à Arianne, il assure qu'elle n'a à aucun moment perturbé la classe. Cette fillette a beaucoup progressé au contact de ses camarades qui ont appris à ses côtés la tolérance et apprivoisé la différence. Malgré le surcroît de travail et les difficultés, l'instituteur se dit prêt à recommencer. Intégration scolaireL'histoire de cet instituteur pas comme les autres qui accueille dans sa classe une élève peu ordinaire est tirée d'un ouvrage intitulé "Intégration : l'école en changement - expériences et perspectives ", édité par Isaline Panchaud et Heidi Lauper. Ce livre publié conjointement par insieme et HIKI paraît cet automne chez Haupt, à Berne. Il rassemble des témoignages de parents ainsi que des réflexions et analyses de spécialistes des questions d'éducation et contient plein de conseils et d'adresses utiles pour qui veut intégrer son enfant différent dans une classe ordinaire. A commander au secrétariat central d'insieme ou en librairie. Prix : 38.- frs. + frais d'envoi (34.- frs pour les membres d'insieme). Il naît encore des bébés trisomiquesArticle paru dans Insieme - revue traitant des questions du handicap mental - no.3, septembre 2001 Texte: Patrice Neuenschwander, photos: Valérie Chételat Aujourd'hui, des parents osent encore dire non aux tests prénataux de plus en plus pratiqués et à leur conséquence : l'interruption de grossesse. Leurs enfants nés différents ont un avenir. A condition de prendre très vite les bonnes options et de beaucoup les aimer.
Insister sur les compétencesLa trisomie 21 n'est pas une maladie mais une différence... Rappelons quelques faits. L'accident chromosomique à l'origine du syndrome de Down se produit avant la conception, voire pendant ou tout de suite après. Ce n'est donc la faute à personne et aucune conduite erronée durant la grossesse ne saurait en être la cause. Cette anomalie génétique affecte une grossesse sur 700 environ. La trisomie 21 touche les facultés d'abstraction de la personne atteinte mais épargne l'intelligence concrète. La mémoire, le langage et l'activité psychomotrice sont diversement altérées. Toutefois, les enfants trisomiques sont capables de progrès énormes s'ils sont entourés de parents aimants, qui les stimulent très tôt et insistent sur leurs compétences plutôt que sur leurs manques. Des parents témoignentPour qu'ils se développent bien, il est fondamental de prendre tout de suite les bons virages: logopédie et physiothérapie dès le plus jeune âge sont souvent nécessaires. L'intégration scolaire dès la crèche et le jardin d'enfants paraît elle aussi importante pour une évolution favorable des tout-petits. Mais, le plus important, c'est la relation que le bébé va nouer avec ses parents. Un enfant trisomique peut faire le bonheur d'une famille et lui réserver des surprises extraordinaires pour autant qu'il se sente accepté. L'annonce du handicap revêt une grande importance pour cette acceptation. Or, le corps médical n'est pas toujours des plus adroits pour communiquer une telle nouvelle. Trois couples qui font partie de la toute jeune association ART 21 témoignent. "Un trisomique ne bave pas, ne mord pas et ne fait pas pipi dans ses culottes", lance Sophie Mattenberger du Mont-sur-Lausanne. Cette maman a appris peu après la naissance que son fils Flavien, aujourd'hui âgé de 9 ans, était trisomique. Elle n'avait aucune idée de ce que cela pouvait signifier. Au fond du trou, elle se dit que ce n'est pas possible, que les médecins se trompent. Son premier sentiment est le rejet et elle n'a qu'une envie: rentrer à la maison. On lui souhaite alors bon courage... Puis rapidement le lien se fait. Elle apprivoise son bébé et lui dit: "Bon. Ce n'est pas comme cela que je t'espérais mais tu es là et nous allons faire un bout de chemin ensemble." Elle et son mari se laissent du temps pour apprendre à découvrir ce petit être. Aujourd'hui, Sophie Mattenberger pense que cet enfant - un véritable rayon de soleil - a choisi sa famille. Elle remercie Celui qui le lui a envoyé! Cette maman de deux enfants insiste sur la manière d'annoncer le diagnostic. Jamais par téléphone et toujours en présence des deux conjoints! "Ce n'est pas le genre de chose que l'on dit dans une salle d'accouchement à des parents en pleine extase", explique-t-elle. Il faut donner à la famille le temps d'apprivoiser le bébé et laisser passer quelques jours afin que le lien se fasse. Permanence téléphoniqueMme Mattenberger est persuadée que les parents sont les vrais spécialistes de la trisomie 21 et que les médecins ne savent finalement pas grand chose à son propos. Elle pense que le corps médical n'est peut-être pas suffisamment formé - psychologiquement s'entend - pour parler du handicap. Elle tient à dire aux jeunes parents qu'ils ne sont pas tout seuls, qu'ils ont le droit de pleurer et qu'il est important de partager en couple ses émotions et difficultés. La permanence téléphonique d'ART 21 est à disposition de ceux qui veulent parler. Dans l'attente du résultat d'une amniocentèse par exemple. Les Mattenberger ont senti pas mal d'exclusion autour d'eux suite à la naissance de Flavien même si celui-ci est maintenant parfaitement accepté dans leur entourage, leur quartier et à l'école. Ils sont convaincus que l'intégration scolaire - Flavien a fréquenté la garderie, la maternelle, l'école enfantine et est actuellement à l'école primaire - est une étape importante pour le développement des enfants trisomiques. Serge et Gabrielle Wüthrich sont les parents de Noam, un charmant bambin trisomique de deux ans et demi. Quand Mme Wüthrich se rend chez son gynécologue en début de grossesse, celui-ci lui donne sans beaucoup d'explications un rendez-vous pour un prélèvement des villosités choriales. Les Wüthrich se renseignent et apprennent que cet examen invasif peut provoquer un avortement spontané. Ils considèrent que la trisomie 21 ne fait pas partie des handicaps lourds et que les enfants porteurs de cet accident génétique disposent d'un important potentiel de développement. Ils décident donc de garder leur enfant quel qu'il soit et annoncent au médecin qu'ils renoncent au test. Mal à l'aise face à cette décision, le gynécologue dépeint alors à madame un tableau très sombre de la trisomie, pour tenter de la faire changer d'avis. Gabrielle Wüthrich se soumet tout de même au triple test sanguin. Elle apprend par téléphone que le risque de trisomie est élevé. D'autres signes indiqueront en cours de grossesse que le bébé sera probablement porteur du syndrome de Down. Quand l'enfant naît à Vevey, Mme Wüthrich remarque en salle d'accouchement déjà qu'il est trisomique. Le gynécologue ne sait que dire... Il tourne comme un lion en cage et parle de série noire. Les Wüthrich ne comprennent pas ce malaise. Tout au long de la grossesse, ils ont essayé d'évoquer le problème mais personne n'est entré en matière. Il faudra plusieurs jours avant que la "forte présomption" se transforme en certitude sur la base d'un caryotype. Gabrielle Wüthrich a appris la nouvelle dans sa chambre de la bouche d'un pédiatre, en l'absence de son mari. A la maternité, cette famille a rencontré une équipe formée à la relation d'aide, qui était très soucieuse des réactions des parents. Le retour à la maison s'est bien passé. Quelques temps après, le pédiatre les a informés correctement de tous les problèmes inhérents à la trisomie. A sa demande, une enseignante spécialisée du Service éducatif itinérant (SEI) est venue tous les 15 jours stimuler l'enfant à domicile et ce à partir de deux mois. Les Wüthrich apprennent aussi qu'ils peuvent recourir aux services du BSPE (Besoins spéciaux de la petite enfance) de Pro Infirmis et d'une infirmière HMP. A six mois, Noam a commencé la physiothérapie, pour compenser une certaine hypotonie. Ce printemps, il s'est mis à la logopédie, pour tonifier la langue et les lèvres. Une orthophoniste-psychologue travaille avec lui sur la communication. Conscients que l'avenir de leur fils se joue maintenant, les Wüthrich ont d'ores et déjà pris contact avec un jardin d'enfants de Vevey prêt à accepter Noam. "Mais pourquoi les médecins ne t'ont-ils pas prévenue", s'est entendue dire Gabrielle Wüthrich qui sent parfois peser des regards réprobateurs. Ces regards la révoltent plus qu'ils ne lui font honte. Les gens sont assez ambivalents face à la trisomie 21. Certains pensent qu'il est irresponsable de mettre au monde des enfants qui ne seront pas acceptés par la société et lui coûteront cher. "Ils ne se rendent pas compte des richesses que nous apportent nos enfants!" Un bébé vraiment craquantLa famille Jenny de Montpreveyres (VD) accepte difficilement le malaise de certains après l'envoi du faire-part de naissance de Hugo. Ce bébé craquant qui va avoir un an est né au CHUV de parents infirmiers. Corinne et Laurent n'ont pas voulu des tests prénataux parce qu'ils refusaient d'interrompre la grossesse en cas de trisomie 21. La maman, 36 ans au moment de la naissance, ne regrette pas sa décision. "Un test positif m'aurait gâché toute ma grossesse", affirme-t-elle. Après plusieurs mois pas toujours faciles, ce couple achevait lentement cet été le deuil de l'enfant imaginé. Quant la généticienne leur a confirmé quatre jours après l'accouchement que Hugo était bien trisomique, ce fut l'effondrement. Ils quittent la maternité anéantis. "Il pleuvait, c'était moche", se souvient Corinne. Pourtant ce couple se relève vite. Les parents qui ont déjà une petite fille de quatre ans en pleine santé, se disent : pourquoi pas nous ? "Nous avons eu de la chance jusqu'ici et il y a parfois des coups durs qu'il faut savoir accepter", explique Laurent. Ce couple a l'impression que les professionnels de la maternité ont fait leur travail correctement. Les parents pouvaient appeler quand ils voulaient, pour un conseil ou une réponse. On leur a même proposé l'aide d'un psychologue, qu'ils ont refusée, s'accordant tout simplement le temps de digérer. Une semaine après être sortis de la maternité, ils retournaient au CHUV chez la généticienne qui leur avait préparé un programme pour le suivi médical de l'enfant sur plusieurs années, avec contrôles réguliers de la fonction thyroïdienne, de la vue, du diabète et ORL. Cette spécialiste les aiguille sur l'Unité de développement du CHUV et leur donne l'adresse de l'AVPMH. Une sage-femme concernée par la trisomie vient aussi leur rendre visite. Le bébé a été bien accueilli par l'entourage des Jenny. Certains leur demandent cependant pourquoi ils n'ont pas fait de test. Ni révolte, ni regretsUn enfant moins performant est riche d'un potentiel de remise en question de la société, estiment les parents de Hugo, certains que leur fils trouvera sa place et aura un rôle à jouer, notamment en apprenant aux autres la différence. Ils ne se révoltent pas et acceptent leur enfant tel qu'il est. Et surtout, ils n'ont pas de regrets. "Nous n'oserions plus croiser un trisomique si nous avions interrompu cette grossesse!" Chacun endosse une responsabilité infinie vis-à-vis de tout être humain et reconnaît impérativement autrui comme sujet. Tel fut, après l'Holocauste, le principe éthique énoncé par le philosophe Emmanuel Levinas. Dans un excellent ouvrage qui vient de paraître ("Trisomie 21-Transmission et intégration: pour quelle éthique?" Ed. Chronique sociale, Lyon, 2000, ISBN 2-85008-390-9) Denis Vaginay, traite utilement des questions abordées ci-dessus. Adresses utiles:
Pas une maladie!Insieme, la Fédération suisse des associations de parents de personne avec un handicap mental est à même - comme toutes les associations régionales qui en font partie - de conseiller utilement les parents d'enfants trisomiques. Le secrétariat central d'insieme à Bienne offre son aide pour tout ce qui concerne les assurances sociales, les questions juridiques, la formation et la communication. insieme défend également les intérêts des personnes avec un handicap mental sur le plan fédéral, organise des rencontres réunissant professionnels et parents, édite la présente revue et sort actuellement un ouvrage consacré à l'intégration scolaire des enfants avec un handicap. L'Association romande trisomie 21 (ART 21) s'efforce elle aussi de regrouper, soutenir et informer les parents ainsi que de sensibiliser la population et les professionnels. ART 21, c'est un accueil, un soutien pour les parents, des conférences, des réunions, des débats informels, des rencontres sociales et culturelles, des sorties familiales, des campagnes médiatiques, la promotion de l'intégration sociale et un centre de documentation et de renseignements. C'est aussi une permanence téléphonique : (079/515 22 21). Trisomique et alors?Article publié dans Le Matin du 17 Février 2002. Saskia Galitch HANDICAP: Un malheureux incident met une fois encore en lumière les difficultés rencontrées au quotidien par les victimes du syndrome de Down et leur entourage. «C'est inadmissible, et ça fait tellement mal...» Jacqueline ne décolère pas: Fabio, son fils trisomique de bientôt 31 ans, se serait vu refuser l'accès à la piscine d'un grand hôtel lausannois «en raison de sa différence», martèle-t-elle. Le directeur de l'établissement, lui, réfute catégoriquement: un tel acte de rejet n'a pu se produire dans ses murs, «jamais nous ne ferions une telle chose. Il ne s'agit que d'un triste malentendu, d'une fausse interprétation des mots et des faits...» Peut-être. N'empêche que ce quiproquo, survenu il y a une dizaine de jours, met une fois encore en lumière les difficultés rencontrées par les trisomiques et leurs proches au quotidien. Pourtant, depuis les succès rencontrés par le film «Le huitième jour» et la série télévisée «Corky», dont les héros sont justement atteints de trisomie 21, on pensait que les mentalités avaient changé, que les esprits s'étaient un peu ouverts... «Bien sûr, globalement, de nombreux progrès ont été faits», admet Jacqueline. Mais, dans le fond, explique-t-elle, cela n'a pas vraiment bougé. Et de parler des innombrables regards lourds lancés sur elle et son fils, des propos acides entendus, des actes et gestes déplacés subis. «Des incidents désagréables, nous en avons vécu beaucoup.» Pour elle, ils sont le fait de «gens intolérants parce que ignorant tout ou presque de ce handicap». De fait, la méconnaissance de cette anomalie chromosomique et les préjugés qui vont avec ont la peau dure, et la tendance générale porterait plus à l'apitoiement tout aussi blessant que le rejet qu'à l'acceptation simple. En passant par-delà ces (mauvaises) idées reçues, on constate qu'une personne atteinte de trisomie peut en effet être relativement indépendante et s'intégrer aussi bien dans la société que dans un milieu professionnel. Ainsi, de nombreux exemples de parfaite insertion dans le monde du travail et pas uniquement en atelier protégé prouvent que, avec un cahier des charges adapté, un peu de confiance et de compréhension de la part de leur employeur, les trisomiques peuvent tout à fait assumer les tâches qui leur sont confiées. Ce que confirme d'ailleurs Jacqueline: «Depuis qu'il est tout petit, Fabio a été stimulé. Aujourd'hui, il est autonome et se débrouille très bien: il prend le bus seul pour aller travailler, lit les journaux, s'informe tous les jours, a des centres d'intérêts multiples, écrit, va à la poste effectuer mes paiements, aide à la maison, même si je ne suis pas là. A vrai dire, son handicap, ce n'est pas lui qui m'y fait penser. Ce sont les autres qui me le remettent en tête...» Ce qu'elle voudrait? Qu'on cesse d'assimiler les personnes touchées par ce syndrome à des malades. Qu'on les respecte. Qu'on les accepte comme ils sont, simplement. Qu'est-ce que la trisomie 21?La trisomie 21, aussi appelée «syndrome de Down», est une anomalie qui touche le patrimoine génétique. La personne qui en est atteinte a 47 chromosomes au lieu de quarante-six car, sur la paire «21», on constate la présence d'un chromosome surnuméraire. Cette modification, dont on ne connaît pas la cause, a un impact sur les traits ainsi que sur le développement, aussi bien physique que mental, qui s'en trouve ralenti. Cela dit, si quelques caractéristiques sont communes aux trisomiques, il existe de grandes différences entre eux, liées aussi bien aux facteurs héréditaires qu'aux notions acquises dès le plus jeune âge. Sur le plan physique, on note quelques constantes plus ou moins marquées. Par ailleurs, une série d'anomalies physiologiques peuvent être associées au syndrome de Down: problèmes cardiaques, orthopédiques, endocriniens, immunitaires, auditifs ou ophtalmiques. Un suivi médical précoce et attentif permet d'éviter bien des complications. Sur le plan mental, intellectuel et émotionnel, on peut dire que: Le QI moyen d'un trisomique est d'environ 50 (la «norme» se situe entre 85 et 120). Il faut relever que ce «petit résultat» n'implique pas les fonctions supérieures morales ou esthétiques, qui, elles, restent absolument normales. Par ailleurs, il ne faut pas oublier que les capacités intellectuelles d'un individu ne sont pas fixées une fois pour toutes: elles dépendent beaucoup des conditions et stimulations dans lesquelles l'individu se développe. C'est dire l'importance de l'entourage et des parents dans le cas de la trisomie. Beaucoup de trisomiques savent lire, écrire et se faire comprendre même si, à cause de difficultés articulatoires dues à leur morphologie, ils ne s'expriment pas toujours parfaitement oralement Comme pour n'importe quel enfant, l'adolescence est une période de vie très délicate. C'est notamment à ce moment-là que le trisomique prend réellement conscience de sa différence. Pour qu'il puisse la vivre au mieux durant cette période-là puis dans sa vie d'adulte, l'attention et l'affection inconditionnelle de son entourage sont indispensables. La plupart des trisomiques sont très tendres, démonstratifs, et s'attachent à ceux qui les entourent avec amour et respect. Ils sont, par ailleurs, très fréquemment facétieux, gais, heureux de vivre. De nombreux témoignages les décrivent comme des «rayons de soleil». Très sensibles, ils ressentent fortement le rejet et en souffrent terriblement. En savoir plus...Pour aider les familles de trisomiques et permettre aux gens de s'informer, une association romande s'est créée il y a deux ans, sous l'impulsion de parents désireux de partager leurs expériences et d'échanger des informations (médicales ou pratiques). Baptisée «ART 21» (Association romande trisomie 21), elle lutte autant que faire se peut contre les préjugés et «souhaite démystifier ce handicap trop méconnu et par conséquent mal accepté et mal vécu dans notre pays»... Les Handicapés enfin accueillis à l'écoleArticle publié dans l'hebdo du 27 Septembre 2001. Catherine Bellini ETRANGE ENFANT QU'ON NE SAIT ABORDER. EST-IL TRISOMIQUE OU AUTISTE? COMMENT faire pour l'approcher, que lui dire? L'inconnu accourt. Interdit, le sourire crispé, on ressent une petite panique intérieure. Un enfant s'arrête tout net, arrache le stylo de la main de l'adulte pour y glisser la sienne. Alors, il lève les yeux, lance un joyeux «bonjour» et remet aussitôt le stylo à sa place, dans la main qu'il vient de serrer. Soulagement. Clément, 10 ans, souffre de troubles de comportement, mais c'est lui qui vient de rompre la glace. Ce matin-là, les seize élèves de quatrième primaire de l'école d'Ornières, village de montagne planté sur la route du Grand-Saint-Bernard, suivent une leçon de sciences. Un instituteur Michel Berthod interroge la classe, tandis qu'un enseignant spécialisé souffle quelques explications à l'oreille de Clément, l'aide à trouver la bonne page, le retient quand il veut quitter sa place. Le garçon vit une intégration scolaire telle que la souhaitent les défenseurs de l'initiative «Droits égaux pour les personnes handicapées» (lire encadré) qui sera débattue mardi prochain au Parlement. SoulagementDans la même classe, Fabien est aussi handicapé. Autisme. Tranquille, il passe inaperçu durant la classe. C'est à la récréation que Fabien se distingue, plus excité que les autres, les gestes un peu désordonnés. Il est ravi de jouer avec Clément, son meilleur ami. D'autres enfants se joignent à eux, «pour faire plaisir» ou, comme dit une fillette, parce qu'elle n'aime pas «voir Clément tout seul». Des scènes extraordinaires? Pas ici. La classe de Fabien et Clément n'est pas une exception dans ce village valaisan. Deux autres enfants, l'un infirme moteur cérébral, l'autre autiste, viennent d'entrer en primaire et, parmi les enfants de 12 à 15 ans qui suivent le cycle d'orientation, quatre sont handicapés. Leurs parents sont heureux de pouvoir les scolariser au village, soulagés de ne pas devoir les amener jusqu'à Martigny, à vingt minutes de voiture, pour les cours de psychomotricité, de logopédie et de musicothérapie. Pourtant Nathalie Beth, la mère de Fabien, a d'abord appréhendé l'entrée de son fils à l'école «normale» et surtout l'accueil que lui réserveraient les autres enfants. «Quand Fabien était petit, j'allais me promener dans les bois pour que personne ne le voie. C'est vous dire si j'avais de la peine à accepter. » Aujourd'hui, elle est soulagée. Parce que Fabien parle, alors qu'«il n'avait rien dit jusqu'à l'âge de 6 ans»; il va seul à l'école, il a des copains, les gens le saluent. Quant aux autres enfants, ils ne le martyrisent pas. Bien au contraire. «Ils l'aident trop !»
On éprouve un sentiment étrange à Orsières, quelque chose de vertigineux. Une grâce qui nous dépasse. Comme si l'on puisait dans les enfants d'ici le meilleur d'eux mêmes. L' explication est tout entière dans la détermination d'hommes mus par une conviction: les handicapés ont leur place dans la société. Michel Abbet, instituteur et père de six enfants, est l'un d'eux. Son cadet Raphaël - il est mort il y a deux ans dans un accident de la route - était trisomique. «Dès sa naissance, raconte Michel Abbet, je me suis dit que je ferais tout pour que Raphaël puisse vivre au village. » En 1990, l'enfant atteint l'âge de l'école enfantine. Son père demande qu'il intègre une classe normale, à Orsières. «J'ai eu de la chance que les autorités acceptent, tout comme la maîtresse qui, au départ, était seule avec les enfants.» Depuis lors, la commune scolarise tous les enfants handicapés à l'école du village. U expérience semble bénéfique. Les parents des handicapés sont motivés. Michel Abbet se souvient qu'il insistait davantage pour que son fils se tienne bien, qu'il rentre sa langue, parle de manière compréhensible. Quant aux enfants, ils deviennent plus autonomes, imitant les autres pour s'habiller seuls ou préparer leur sac. Pour les autres élèves, le programme est scrupuleusement respecté. Cela dit, tout n'est pas simple. L' Assurance Invalidité ne payant pas un enseignant spécialisé à plein temps pour chaque enfant, il arrive souvent que l'instituteur se retrouve seul. «Pendant ces heures-là, je n'ai pas le choix: les handicapés sont un peu livrés à eux mêmes», dit l'enseignante Géraldine Favre. L'intégration parfaite, avec un duo d'enseignants en permanence, est possible pourtant. C'est le cas à Martigny. Là aussi, on trouve à l'origine de l'expérience un homme de bonne volonté: Jean-Pierre Cretton, directeur des écoles communales de Martigny depuis 1970. Il est l'artisan de l'intégration des élèves handicapés physiques et mentaux, dans les classes ordinaires. Le travail s'est fait progressivement depuis les années 70. Et depuis dix ans, Martigny n'a plus de classes spéciales, ni pour les handicapés, ni pour les enfants en difficulté scolaire. En revanche, l'école a gardé les spécialistes, les logopédistes, les psychologues et leurs cours d'appui. Une société fraternellePour Michel Abbet comme pour JeanPierre Cretton l'intégration va bien au-delà des murs de l'école. Leur vision est celle d'une société fraternelle qui, dit ce dernier, «ne prône pas une égalité qui n'existe pas mais permet à chacun de s'épanouir, qu'il soit étranger, handicapé, surdoué». Les valeurs sont éthiques avant d'être pédagogiques. Ces avocats de l'intégration nourrissent aussi un espoir: les enfants qui ont grandi avec de petits handicapés s'en souviendront le jour où ils auront des responsabilités professionnelles. Ils engageront peut-être des handicapés, leur feront une place. Surtout: les handicapés ne leur seront jamais étrangers. Les sentiments et les observations faites dans ce coin du Valais ne sont pas uniques. D'autres «îles» d'intégration existent en Suisse: le village de Vissoie (VS), le canton du Tessin, mais aussi certaines communes de Suisse centrale et de Soleure. De plus, de nombreux chercheurs se penchent sur la question. Gérard Bless, professeur de pédagogie curative et spécialisée à l'Université de Fribourg, a réalisé plusieurs études et connaît les 250 recherches qui ont analysé les effets de l'intégration sur le développement des enfants. Le constat est encourageant: «Globalement, les résultats des études parlent en faveur de l'intégration des enfants handicapés», affirme-t-il. Par rapport à un placement en institution, l'intégration permet une scolarisation à domicile, sans déracinement social. Le développement des performances des élèves est meilleur qu'en institution. Quant aux autres enfants, leur progrès ne sont pas entravés par la présence d'élèves handicapés. Reste un point contesté: l'image de soi. Il est des parents et des enseignants spécialisés qui craignent qu'un enfant handicapé souffre d'une mauvaise estime de lui-même s'il se compare aux autres élèves de sa classe. Risque il y a en effet. On a pu montrer qu'un enfant en difficulté d'apprentissage - pas forcément handicapé - a une meilleure image de soi s'il est scolarisé avec des enfants qui ont des problèmes semblables aux siens. En revanche, dès qu'il sort de l'école, cette belle image se brise face à la réalité de la vraie vie. La vie hors institution, justement. C'est l'autre grande idée qui motive l'intégration scolaire: elle devrait permettre aux personnes handicapées de mieux s'insérer dans la vie sociale et professionnelle. A ce jour, rien ne le prouve cependant. Aucune étude n'a évalué les chances des handicapés qui suivent l'école publique d'entrer dans le monde du travail. Les défenseurs de l'intégration évoquent le simple bon sens. Comme Louis Vaney, chargé d'enseignement en sciences de l'éducation à l'Université de Genève: «On ne prépare certainement pas un handicapé à la vraie vie en l'enfermant dix-huit ans en institution.» Le droit de choisirMardi, le Conseil des Etats discutera de l'initiative populaire «Droits égaux pour les personnes handicapées». Pour ses défenseurs, l'égalité ne s'arrête pas à l'accès aux bâtiments. Elle passe par une loi qui dit expressément aux cantons de donner la possibilité aux enfants handicapés de suivre l'école publique avec les autres enfants. Attention, cela ne signifie pas que tous devraient entrer à l'école publique plutôt qu'en institution. Mais les parents auraient le choix. Les sénateurs, peu portés à empiéter sur les compétences cantonales, ne vont pas suivre l'avis des milieux de soutien aux handicapés. Même si la Chambre est, en principe, favorable à l'intégration «Intégration: l'école en changement». Sous la direction d'Isaline
Panchaud Mingrone et Heidi Lauper, Editions Haupt, 184 pages. Personne n'est en droit d'interdire d'aimerArticle publié dans "Krankenpflege/Soins infirmiers/Cure infermieristiche" 9/2001. Brigitte Longerich. Certains groupes de population n’ont pas accès – n’ont pas droit... – à une vie affective et sexuelle possible. Les personnes handicapées constituent l’un de ces groupes. Des professionnels de la santé s’investissent pour que ce droit élémentaire puisse être garanti aussi souvent que possible. Encore un tabou qui a la vie dure: on ne parvient pas à imaginer que les
personnes souffrant d’un handicap, mental ou physique, puissent avoir une vie
sexuelle, et tendre, comme chacun d’entre nous, à un épanouissement à travers ce
qui est l’un des besoins fondamentaux de l’être humain. Des êtres immatures?Les témoignages recueillis auprès de parents de personnes handicapées
mentales font ressortir que ces derniers ont de la peine à voir leur enfant
évoluer vers le monde adulte: comme si le handicap – malgré toutes les
différences et nuances qui le caractérisent – empêchait toute croissance et
toute évolution. Pourtant, chaque individu passe par les mêmes stades de
développement biologique et le jeune handicapé atteint forcément un jour le
stade de la puberté. Le Moyen Age a duré longtemps...Il est peut-être bon de rappeler que les personnes handicapées n’ont accédé
que très tard au statut de «personne à part entière». Des pratiques moyenâgeuses
ont été en vigueur jusque vers 1950–1960, puisqu’on les considérait tout
simplement comme des objets, parqués, gardiennés presque comme des bêtes et dont
on assurait uniquement la survie. Comment aborder la sexualité?Nous sommes à l’aube du 21e siècle, beaucoup de choses ont changé. «Mais
travail à réaliser dans le domaine de l’éducation sexuelle spécialisée
s’adressant aux personnes handicapées est immense», constate Françoise Vatré,
sexo-pédagogue spécialisée et formatrice pour adultes, qui s’occupe de cette
thématique depuis plusieurs années. Un travail long et patientA en croire Françoise Vatré, on s’achemine actuellement vers une plus grande
ouverture face à la question de la sexualité des personnes handicapées. «Mais
malgré des changements importants, un travail long et patient reste à faire. On
rencontre toujours des personnes ouvertes, prêtes à changer d’attitude, à
apprendre, à chercher de nouvelles solutions. Mais il y a encore trop de règles
rigides, de limites considérées comme «intransgressables», de peurs inexprimées
voire inconscientes, qui font obstacle à tout progrès.» L’exemple qui suit est
parlant à cet égard: Que craint-on vraiment?Pour que ces «bouts de bonheur» soient possibles, il faut parfois des mois,
si ce n’est des années. Comme si pour accéder à ces moments de partage si
importants, qui pour bien des gens sont à tel point banalisés qu’ils n’en
apprécient même plus la valeur, il fallait prouver que l’on en était digne et
capable, avec des critères encore plus performants que pour tout un chacun! Le handicap physiqueSi, concrètement, il est difficile pour une personne physiquement handicapée
d’accéder à une vie sexuelle, il lui est en principe plus facile de faire valoir
ses droits, comme le relève un jeune homme interrogé dans le cadre d’une enquête
sur le sujet: «Je pense que c’est plus facile pour nous de faire reconnaître
notre sexualité puisque nous avons toute notre tête pour communiquer et faire
valoir nos droits. Il en va bien autrement pour les personnes souffrant d’un
handicap mental.» Qu’est-ce qui est possible?La question de fond est posée. En effet, si un consensus s’établit dans une
institution pour autoriser les personnes handicapées à vivre leur vie affective
et sexuelle, la mise en pratique pose des problèmes bien réels. Une réflexion toujours reconduiteAu fond, tout est possible, à condition que les barrières continuent de
tomber. Un groupe interassociationsLe groupe interassociations «Sexualité et handicap physique» SEHP) réunit des personnes concernées professionnellement et/ou personnellement par cette thématique. Ses objectifs sont les suivants:
Composition du groupe: ARTANES – Association romande et tessinoise des animateurs en éducation sexuelle; ASCPF – Association suisse des conseillères et conseillers en planning familial; ASP – Association suisse des paraplégiques; CAP-CONTACT Association; PRO INFIRMIS Suisse romande. Adresse de contact: SEHP, c/o Pro Infirmis, 27, bd Helvétique, 1207 Genève, tél. 022 786 30 10. A vous qui m’entourez tous les jours«Je tiens à vous remercier pour votre accompagnement et votre aide. Vous êtes
conscients des difficultés qui me rendent dépendant de vous.
Et selon ma situation, peut-être aurais- je besoin:
Enfin, lors de ma toilette, puis-je vous demander d’avoir une attitude compréhensive et discrète en lavant les sécrétions de mon plaisir et vous abstenir de manifester reproches et dégoût? Je sais combien il peut être délicat pour un tiers d’intervenir en faveur de mon intimité. Si cela s’avère trop problématique, je propose de faire appel à un intervenant spécialisé pour nous aider. Vous qui m’entourez et sans qui ma vie ne serait pas de cette qualité, je vous remercie d’avoir lu cette lettre, témoin de la confiance que je mets en vous.» Source: Vivre aussi ma sexualité. Guide pratique No 2. Brochure conçue et éditée en partenariat par différentes associations (voir Références ci-dessous). RéférencesDossiers: La sexualité et les handicapé(e)s. Textes proposés par
Catherine Agthe Diserens et Françoise Vatré. Edition SPC 2000, 5 vol. Ces
dossiers peuvent être commandés à l’adresse suivante: Schweizerische
Zentralstelle für Heilpädagogik (SZH), Obergrundstrasse 61, 6003 Luzern (les
exemples et citations figurant dans cet article sont tirés de ces dossiers). Intégration scolaire - Une école pour tousParu dans le Lausanne-Cité du 5 sptembre 2002. André Sprenger La rentrée scolaire est un fait acquis pour la majorité des cantons romands. Pour plus de 400 enfants, la rentrée a été particulière puisque ce sont des enfants handicapés. Les classes dites normales n'acceptent pas, en règle générales, les enfants qui ne sont «pas comme les autres». Mais, heureusement, il y a des exceptions. Il n'en demeure pas moins qu'un travail important reste à faire. L'intégration des enfants handicapés dans les classes scolaires progresse. Il reste cependant encore un long et constant travail. Et pourtant c'est bénéfique pour mieux se comprendre les uns et les autres. Julien a commencé l'école la semaine dernière. Il était anxieux comme la plupart des enfants de son âge. Ses parents avaient aussi quelques inquiétudes puisque Julien était séparé des enfants de son village. En effet, l'école locale n'accepte pas encore les enfants comme Julien, avec un handicap. Pourtant ils sont plus de 400 enfants en Romandie qui quittent leurs camarades de jeux pour entrer en classe spéciale, voire en institution à cause d'un handicap. Cela souvent aussi contre le désir de leurs parents. AGILE, Association faîtière de l'entraide du domaine du handicap, s'engage pour que cette discrimination disparaisse. La priorité est le bien des enfantsDans leur ouvrage: «Intégration: l'école en changement», Isaline Panchaud Mingrone et Heidi Lauper, Editions Paul Haupt Berne expliquent que «de plus en plus de parents souhaitent que leur enfant handicapé puisse vivre de la manière la plus normale et la plus autonome possible». Elles poursuivent: «Ils mettent tout en oeuvre pour que leur fille ou fils ne soit pas mis à l'écart de la société. Et parce que les enfants apprennent facilement les uns des autres, qu'ils sont ouverts et curieux, de plus en plus de parents souhaitent aussi que leur enfant en situation de handicap fréquente les mêmes groupes de jeux, les mêmes crèches et les mêmes écoles que les autres.» Mais attention ajoutent les auteurs: «Cette demande se heurte encore très souvent à l'incompréhension et à des préjugés. La démarche pour l'intégration est longue et difficile.» Flavien est heureuxFlavien à dix ans. Il est atteint de trisomie 21. Il vient de commencer sa quatrième année primaire au Mont. Sa maman, Sophie Mattenberger, nous explique comment cette expérience enrichissante se déroule: «En 1997, il a déjà commencé par fréquenté l'école enfantine. Ensuite l'école primaire où il est intégré à 80%. Il est utile de préciser que compte tenu de son handicap, il doit suivre quelques cours particuliers. Deux jours et demi par semaine, une enseignante détachée d'une école spécialisée se rend à l'école du Mont. Avec ce système il bénéficie d'un certain soutien.» Sophie précise encore que: «Flavien travaille en tutorat, c'est à dire que l'enseignant demande à un autre élève de collaborer avec Flavien. Il est évident que le programme est adapté à son handicap Flavien n'a pas les même mode de compréhension que les autres camarades.» Nôtre interlocutrice insiste sur un des éléments positifs de cette méthode. «Il est évident que pour les autres enfants il s'agit aussi d'un ajout. Ils comprennent mieux les problèmes des enfants qui ont des difficultés physiques ou mentales. Ils prennent aussi conscience que selon les aléas de la vie, chacun peut un jour se retrouvé handicapé, à la suite d'un accident par exemple. Cette intégration stimule aussi Flavien qui apprend par lui-même, en observant les autres, que lui aussi est capable de faire des choses qui de prime abord lui semblaient presque impossibles.» Sophie est aussi convaincue,que: «Ce système d'intégration favorise indubitablement l'apprentissage de la tolérance. Mais en amont les parents des enfants non handicapés acquièrent eux aussi une meilleure compréhension des problèmes que les parents d'un enfant handicapé ont à affronter.» Mais une telle expérience déborde le cadre de l'école, comme nous l'explique Sophie Mattenberger. «Cette intégration déborde le cadre de l'école puisque Flavien est aujourd'hui capable de se déplacer seul en bus dans la commune. Il apprend aussi à connaître les gens et les gens apprennent à le connaître. Il comprend mieux les règles de vie en société. Je dois le dire, Flavien est heureux parce qu'il 'se sent un enfant reconnu.» Mais attention précise notre interlocutrice: «Ce travail d'approche et ensuite d'accueil, n'est pas allé et ne va pas sans difficultés. Il faut: constamment se battre pour que dans tous les domaines de la société, on accepte de reconnaître les droits des handicapés à une vie normale. Il est révolu le temps où l'on parquait les handicapés dans des maisons, presque closes à l'écart du public. Il fallait cacher le handicapé. Or qui peut dire qu'un jour il ne se retrouvera pas lui-même, de l'autre côté de la barrière?» Une praticienne témoigneDepuis vingt ans, Dominique Vallat suit des enfants handicapés de la vue, de l'école enfantine jusqu'au secondaire. Son expérience et son pragmatisme confèrent à ses considérations, une aura particulière: «Ce n'est qu'à partir de 1980 environ que les parents d'enfants handicapés de la vue commencent à s'organiser» déclare t-elle. A partir de 1985 il y a une personne, qui fait partie du service pédagogique itinérant oui s'occupe de 2 ou 3 élèves. Aujourd'hui il y a une centaine d'élèves qui sont intégrés dans les classes. Il faut aussi savoir que tous les enfants qui sont atteints de problèmes visuels le sont à des degrés différents. On ne peut donc pas appliquer les mêmes méthodes à tous les enfants.» Notre invitée précise encore que: «Il est évident que pour certains cours spéciaux, je pense en particulier aux enfants qui doivent apprendre le braille, ils ne peuvent le faire que dans une institution spécialisée. Il y a aussi des parents qui ne désirent pas que leurs enfants fréquentent les classes normales. Ils placent leurs enfants dans des organismes qui ne s'occupent que des handicapés. Mais il est certain que dans la mesure où l'on peut intégrer les enfants, c'est une ouverture autant pour les enfants normaux que pour les enfants handicapés. C'est une source d'échanges considérable et surtout un formidable apprentissage de la tolérance. Encore une précision importante: plus jeune se fait l'intégration plus elle a des chances de réussite.» Attention il y a dangerDominique Vallat confirme: «Il a fallut un certain temps pour changer les
mentalités. Faire admettre par certains milieux que l'ostracisme à l'endroit des
handicapés n'était plus concevable ne fut pas une sinécure. Mais aujourd'hui la
conviction est faite que cela a conduit à une meilleure compréhension entre
valides et invalides et à un changement des mentalités. Il a aussi fallu
procéder à certains aménagements qui ont occasionné des coûts. Mais n'est-ce pas
aussi le rôle de l'État de veiller à ce qu'aucune catégorie sociale ne soit
prétéritée?» Mais attention car comme le dit Dominique: «Aujourd'hui nous sommes
constamment confrontés aux questions de financement. Il faut constamment
quémander, justifier, solliciter et cela devient pénible car il faut consacrer
beaucoup d'énergie à des activités administratives.» Notre spécialiste poursuit:
«Comment Voulez-vous que dans une classe qui est déjà surchargée on puisse
encore demander aux enseignants de consacrer du temps à des enfants handicapés?
Il faut ajouter que certains enfants handicapés demandent une attention beaucoup
plus grande que les autres enfants. Pour éviter une surcharge physique,
intellectuelle, votre morale, il faut aussi accorder quelques avantages aux
enseignants qui acceptent les élèves. Comme il faut aussi que ces derniers
puissent se rencontrer pour échanger leurs expériences, Et là aussi, il y a des
lacunes.» Dominique précise cependant que depuis peu de temps il y a des modules
de préparation à l'approche des handicapés qui sont prévus dans les programmes
de formation des enseignants. Un handicap qui protège?Article publié dans le magasine Fémina no 18 du 5 mai 2002. Sandrine Cabut - Libération. En quinze ans, l'espérance de vie des trisomiques est passée de 25 à 49 ans.
Et la longévité des personnes touchées par cette anomalie génétique continue à
progresser, de 1,7 an par an en moyenne. Le constat n'est pas nouveau, mais les
chiffres sont spectaculaires. Ces résultats, publiés récemment dans la revue
britannique «The Lancet», viennent de l'analyse des certificats de décès des 18
000 trisomiques morts aux Etats-Unis entre 1983 et 1997. Touche pas à mon école!Article publié dans le magasine Fémina no 4 du 25 janvier 2004. Sandra Andrade
C’est un vendredi ordinaire à l’école publique genevoise Cité-Jonction. Située dans un quartier cosmopolite, elle accueille Joana, fillette trisomique, depuis la première enfantine. La sonnerie de la reprise des cours ayant retenti, les élèves de sixième primaire rejoignent leur salle au premier étage. A l’exception de Joana, qui rapplique enfin, espiègle, un large sourire aux lèvres. «C’est une comédienne, commente son instituteur, Christian Charvin. Un jour elle a prétexté des maux de ventre pour échapper à une partie de volley-ball.» Il est vrai que la gamine, à 12 ans, affiche un caractère bien trempé. Christine Debruère, l’enseignante spécialisée chargée de superviser son intégration à l’école, confirme: «Comme elle est bilingue, elle m’a un jour traitée de «bébé pleurnichard» en portugais pour ne pas que je comprenne. Il a fallu que je demande la traduction à l’un de ses camarades.» Interrogation écrite, les chuchotements font place à un silence studieux et toutes les têtes se penchent sur les copies. «Avant, Joana se baladait dans la classe pour gribouiller le cahier des autres», souffle Christine Debruère en observant la fillette compter sur ses doigts, sagement installée à son pupitre. Tandis que ses camarades planchent sur des multiplications et des divisions, Joana s’attelle à des exercices adaptés à ses capacités et effectue ses premières soustractions. Au bout d’un moment, estimant avoir suffisamment travaillé, elle glisse discrètement sa fiche sous sa pochette. «Tu n’as pas fini! s’exclame son instituteur amusé par son manège. Si tu pensais qu’on allait t’oublier, c’est raté...» Selon l’usage, un camarade prend ensuite place aux côtés de la fillette pour la dictée. «C’est le principe du tutorat. Les enfants apprécient d’endosser le rôle de tuteur, qui les valorise, particulièrement ceux qui sont en difficulté.» Tolérance et solidarité Se frotter à la différence, rien de tel pour voir plus loin que le bout de son nez. Les études menées sur l’intégration des handicapés mentaux à l’école ont clairement démontré que les enfants dits normaux développent à leur contact une plus grande tolérance et davantage de solidarité. «Joana, c’est en quelque sorte le ciment de la classe, assure Christian Charvin. Si mes élèves sont si soudés entre eux, c’est un peu grâce à elle.» Lors d’une discussion en classe, la plupart des gosses ont confié avoir appris à l’apprécier au fil du temps. «Au début, on l’aimait pas parce qu’on la connaissait pas, confie la petite Ana-Simone. Elle a évolué en mentalité et en tout le reste.» «Une fois quelqu’un s’est moqué d’elle et lui a baissé les pantalons, Joana s’est laissé faire, ajoute Tania. En deuxième primaire, elle a commencé à compter, lire un peu, elle avait fait un gros progrès. Elle a commencé à se défendre. En troisième primaire, tout le monde s’est attaché à elle.» Sa jovialité fait désormais l’unanimité. «Joana met une bonne ambiance, même si des fois elle ne travaille pas très bien ou si elle fait la tête de mule», conclut Steve. La jeune trisomique est très populaire, mais ça n’a pas toujours été le cas. A l’école enfantine, des bambins ont naïvement demandé s’ils risquaient d’attraper sa «maladie». Il a fallu leur expliquer que la trisomie n’était pas contagieuse. Comme d’autres déficients mentaux, Joana partage son temps entre l’école publique et l’établissement spécialisé. Deux après-midi par semaine, elle se rend dans une institution pour handicapés mentaux où elle est prise en charge par une équipe pluridisciplinaire. Dans la mesure où les institutions répondent à leurs besoins spécifiques, pourquoi intégrer les enfants handicapés dans une classe ordinaire? «L’institution, c’est à la fois un cocon rassurant et une solution de facilité, peu propice à la prise d’autonomie, sans compter que l’enseignement scolaire n’y est pas prioritaire», explique Carine Wyss, maman de Mélina (lire encadré). Anne Emery-Torracinta, maman d’une jeune autiste et présidente d’Insieme Genève, une association de parents qui militent en faveur de l’intégration, ne dit pas autre chose. Durant ses années passées dans une institution, sa fille Delphine, aujourd’hui âgée de 21 ans, n’a «rien appris du tout». Ce n’est qu’à l’âge de 9 ans, en rejoignant une classe spécialisée au sein d’une école publique, qu’elle est sortie de son isolement. Du coup, elle a fait des progrès fulgurants. «Du moment qu’on lui a laissé sa chance, elle s’est mise à lire, à écrire et à compter, commente sa maman. Bien que regroupée avec d’autres handicapés mentaux, elle avait aussi des activités en commun avec des enfants ordinaires. A leur contact, elle a appris à se comporter de manière plus adéquate.» Aller à l’école développe aussi les relations sociales. «Delphine se rendait en classe à vélo avec les voisines. Ces années-là ont été les plus heureuses de sa vie.» Préparer l’intégration Doit-on en déduire que l’intégration est toujours la panacée? «Il peut arriver que ça se passe mal à l’école, auquel cas les institutions constituent un recours, reconnaît Christine Debruère. Le revers de la médaille, c’est que dans la mesure où cette alternative existe, on peut baisser les bras plus rapidement...» Intégrer, oui, mais pas n’importe comment. Laisser un petit trisomique dessiner toute la journée dans son coin ne va pas l’aider à s’épanouir. L’intégration se prépare. Elle peut soulever des questions délicates. Dans ce contexte, faut-il informer les camarades ou attendre que les questions fusent? Comment organiser un débat en présence de l’enfant handicapé sans le blesser? Louis Vaney, professeur à l’Université de Paris III et spécialiste de la question, insiste sur la nécessité de s’entourer de précautions. «Une intégration ratée peut porter atteinte à l’image que l’enfant a de lui-même, d’où l’importance de définir des objectifs. L’école n’est pas seulement un lieu de socialisation, on s’y rend d’abord pour apprendre. Les progrès que l’enfant va réaliser au cours de l’année scolaire vont justifier sa présence et le valoriser, aussi bien à ses yeux qu’à ceux de ses petits camarades.» En l’absence de loi statuant sur la question, les pratiques varient selon les cantons, les communes, quand ce n’est pas d’un établissement à un autre. L’enfant handicapé peut tomber sur un instituteur qui refuse de le prendre dans sa classe. «C’est rare, mais c’est déjà arrivé. C’est pourquoi il est indispensable que l’école s’engage à mener le projet à son terme», observe Louis Vaney. Question de mœurs, de politique et d’organisation, les établissements spécialisés ont fermé en Valais. Commune pionnière en Romandie, Martigny intègre dans la mesure du possible les handicapés mentaux à plein temps, aussi bien à l’école primaire qu’au cycle d’orientation. Quitte à proposer des thérapies et des soutiens spécialisés au sein des établissements scolaires. Rien à voir avec Genève qui scolarise – à temps partiel et en association avec l’institution spécialisée – uniquement les enfants jugés capables d’en tirer profit. A Insieme, Anne Emery-Torracinta juge cette pratique peu satisfaisante et demande que la décision d’intégrer ou pas revienne aux familles. «Une intégration ratée peut porter atteinte à l’image que l’enfant a de lui-même.» Pour l’heure, nul ne sait ce que deviendra Joana l’année prochaine. La plupart des handicapés mentaux intégrés dans les écoles genevoises retournent à plein temps dans une institution spécialisée dès la fin du primaire. Au grand désespoir de certains parents: «C’est la régression assurée!» s’insurge Carine Wyss. Mais les choses bougent un peu. Cette année, deux ados déficients mentaux ont été acceptés au cycle d’orientation. «C’est une première. Et encore, ce sont des cas légers», précise Anne Emery-Torracinta. Dans la mesure où elle s’en est bien sortie à l’école primaire, Joana a-t-elle une chance de suivre le même parcours? Ce n’est pas exclu. Reste à savoir si la jeune trisomique sera capable de s’adapter à l’univers déstabilisant du cycle d’orientation. Son instituteur n’en est pas convaincu. «Elle risque de se retrouver livrée à elle-même, ballottée d’un professeur à l’autre, et d’être exposée au comportement violent de certains ados», s’inquiète-t-il. A l’école primaire, l’intégration des enfants handicapés mentaux est en revanche entrée dans les mœurs genevoises. «Malgré quelques réticences au départ, la plupart des instituteurs se disent prêts à renouveler l’expérience», commente Christine Debruère. Christian Charvin admet avoir nourri des doutes sur l’utilité de la démarche. «Mais j’ai révisé mon opinion, assure-t-il. Joana n’a pas cessé de progresser, même si le décalage avec les enfants de son âge demeure important. Cela dit, elle n’est pas la seule élève en difficulté dans ma classe. Sauf que les autres ne bénéficient pas d’un programme adapté à leur niveau.» Jérôme, 11 ans, trisomique
Jérôme est trisomique 21, ce qui ne l’empêche pas de fréquenter l’école primaire des Vollandes, à Genève. «Il est l’unique enfant handicapé mental de l’établissement, précise sa maman, Christiane. Lorsqu’il fait une bêtise, l’attention se focalise plus rapidement sur lui, mais s’il est en difficulté, cela suscite aussitôt un élan de solidarité. Jérôme connaît ses camarades de classe depuis plusieurs années, ils l’invitent souvent avec plaisir à leur anniversaire. Ils sont désormais capables de décoder ses réactions et savent aussi bien le soutenir que le remettre à sa place quand c’est nécessaire.» A défaut de participer à la conversation dans la salle à manger familiale, Jérôme n’en perd pas une miette. Il brandit le cahier qu’il vient d’extirper de son cartable et se met à recopier des mots, histoire de montrer que lui aussi a des devoirs. Comme son jeune frère «normal». L’écriture est peu lisible – «Il n’a pas encore compris qu’il faut séparer les mots» – mais il parvient à déchiffrer des syllabes, une performance qui lui vaut quelques «bravos!» dont il n’est pas peu fier. «L’intégration scolaire est sa plus grande chance de progrès!» s’exclame Christiane, qui reconnaît être consciente des efforts que cela exige, aussi bien de la part de son fils que des professionnels qui ont relevé le défi. Intégré à mi-temps dans une classe de cinquième primaire, Jérôme se rend l’après-midi dans une institution spécialisée. «C’est un bon rythme, qui lui permet d’être stimulé par les enfants ordinaires, mais aussi de retrouver avec plaisir d’autres enfants comme lui.» Laurie, 16 ans, trisomique«Jusqu’à la fin de la scolarité obligatoire, ma fille n’a pas fréquenté d’institution spécialisée.» Pour la première fois de sa vie, Laurie Melly se retrouve dans une classe d’adaptation pour élèves en difficulté au cycle d’orientation de Martigny. Jusque-là, cette Valaisanne a été intégrée à plein temps dans une classe tout ce qu’il y a de plus ordinaire. Elle a fait ensuite sa scolarité avec la même volée d’enfants jusqu’en sixième primaire à l’école de Bruson, avant de suivre le cycle d’orientation du Châble, près de Martigny. Là, elle a été intégrée dans une classe de bon niveau, en même temps qu’un garçon trisomique. «Ils bénéficiaient d’un programme adapté et de l’assistance d’une enseignante spécialisée à mi-temps. Pendant certains cours, comme l’allemand, ils vaquaient à leurs activités de leur côté. Par exemple, ils allaient faire des commissions puis conviaient un professeur et sa famille pour le repas de midi afin d’apprendre à se débrouiller dans la vie quotidienne», explique sa maman. Ensuite, le camarade trisomique est parti en préapprentissage et Laurie a rejoint en septembre dernier sa classe d’adaptation à Martigny. «Elle s’y plaît moins, il y a plusieurs enfants handicapés et étrangers qui ont des problèmes de communication.» Bien que regroupée avec d’autres enfants en difficulté, Laurie côtoie des élèves ordinaires à raison de neuf heures par semaine. «Mais ils sont en première du cycle et n’ont que 12-13 ans. Elle se rend compte qu’ils sont plus jeunes qu’elle, ça la fâche un peu.» Dotée d’un caractère volontaire, l’adolescente a fait des acquisitions essentielles pour son avenir. Son langage reste hésitant, mais elle est capable de converser. D’écrire un peu aussi. Cette bûcheuse aime beaucoup lire, «surtout les Oui-Oui et les Jojo Lapin qui sont écrits gros». Elle prend chaque soir le train pour rentrer chez ses parents. «Une enseignante la surveille de loin, mais elle ne s’en rend pas compte. Laurie est très fière de son autonomie. Durant ce trajet d’une demi-heure, elle retrouve d’anciennes camarades de classe. Ça lui fait plaisir et aux autres aussi. Plusieurs anciennes camarades m’ont confié qu’elle leur manquait.» «Les progrès que l’enfant réalise au cours de l’année scolaire justifient sa présence et le valorisent, aussi bien à ses yeux qu’à ceux de ses petits camarades.» Mélina, 8 ans, atteinte d’une maladie chromosomique
«Je me battrai pour que ma fille aille au cycle, affirme Carine Wyss. Une des choses qui m’inquiètent, c’est la violence. J’ai peur que des ados puissent abuser de sa gentillesse, mais le danger existe aussi en institution.» Atteinte d’une anomalie chromosomique rare diagnostiquée à l’âge de 8 mois au hasard d’une hospitalisation pour pneumonie, Mélina était promise à un sombre avenir. «En tant que maman, je n’ai jamais cru aux mauvais pronostics des médecins. Ils m’avaient annoncé que Mélina serait probablement très handicapée, moi je lisais autre chose dans son regard.» Stimulée et encouragée dès son plus jeune âge, la fillette s’est développée mieux que prévu. Tant et si bien qu’à 8 ans c’est une gamine sociable et pleine de vie, qui parle et marche sans problème. A l’école, elle s’est d’abord sentie agressée par les bousculades et les cris. Hypersensible, elle a appris, avec l’aide d’un psychologue, à se protéger. «En première enfantine, Mélina avait du mal avec la discipline scolaire, ajoute sa maman. En cours d’année, elle a modifié son comportement et s’est finalement adaptée aux règles de la classe. J’ai beaucoup discuté avec elle pour lui faire comprendre qu’elle ne pouvait pas faire comme bon lui semblait au risque de remettre en question son intégration scolaire. Mélina aime tellement l’école qu’elle aurait vécu un renvoi à l’institution comme un véritable drame. Par la suite, l’enseignante spécialisée rattachée à l’institution a énormément contribué à l’évolution positive de son intégration scolaire.» Grâce à son caractère heureux, Mélina a noué des amitiés. «Sa meilleure copine, qu’elle a rencontrée en première enfantine, vient souvent dormir à la maison. Les autres enfants la tirent vers le haut, mais elle leur apporte également beaucoup. C’est une fillette très câline, qui a un effet presque thérapeutique sur les gens.» Mélina, qui fréquente l’école primaire de Pinchat (GE), se rend trois après-midi par semaine dans une institution spécialisée. Ses parents aimeraient bien qu’elle soit plus souvent à l’école «afin que l’écart ne s’accentue pas davantage avec les enfants de sa classe». Handicap et sexualité La fin d’un tabou?Article publié dans le magasine Fémina no 2 du 11 janvier 2004. Sylviane Pittet Les handicapés de la région zurichoise pourront prochainement faire appel à des assistant(e)s sexuel(le)s pour vivre des moments d’érotisme. Présente dans plusieurs pays voisins, cette offre suscite en Suisse questions et réactions scandalisées. Caresser la peau d’une femme, Vincent en rêve. L’esprit alerte dans un corps déformé par la myopathie, ce Belge reçoit des soins corporels quotidiens. Chaque matin, des mains le touchent, le lèvent, font sa toilette, l’enserrent dans son corset, lui passent ses vêtements, enfilent ses chaussures, l’asseyent dans sa chaise roulante. Sans compter les gestes médicaux, les manipulations et les traitements de physiothérapie. Plusieurs fois, Vincent est tombé amoureux. Mais il s’est toujours heurté à des refus lorsqu’il a déclaré sa flamme. Comment vit-il sans affection ni sexualité? «C’est bien clair, je viens d’avoir 42 ans et je n’ai jamais fait l’amour avec une femme, lâche ce licencié en psychologie et en communication sociale. Cela me paraît totalement inhumain. Un jour, il va falloir que je passe à l’acte.» En attendant, il se fait son cinéma. Imagine l’intimité, la sensualité, ce moment «qui doit être si fort, où on joue avec les regards, avec la lumière». Et il se demande comment sera sa première fois à lui, dans son corps «qui ressent tout». «Peut-être que je me mettrai à pleurer», souffle-t-il. Dans le long métrage Nationale 7, consacré à la question de la sexualité et du handicap, René, héros révolté en chaise roulante, couche avec une prostituée grâce à l’aide d’une éducatrice. Vincent, lui, n’a pas encore osé faire le pas. «J’aimerais pouvoir rencontrer une femme qui sache comment s’y prendre avec mon handicap, dit-il. Je me verrais mieux dans une relation comportant une certaine affection. Et puis faire appel à une escort girl coûte très cher.» Pour prendre confiance en lui, découvrir son corps qu’il ne connaît pas bien, Vincent souhaiterait rencontrer une «aide sexuelle» à l’aise avec son handicap. «Ensuite, je pourrais imaginer avoir une relation avec une femme tout court.» Mais en Belgique, contrairement à l’Allemagne, au Danemark ou aux Pays-Bas où elle se pratique sur demande, l’assistance sexuelle n’est pas à l’ordre du jour. En Suisse, c’est à Zurich qu’a démarré, l’été passé, le premier service spécialisé en assistance sexuelle, créé sous l’impulsion du tout nouvel Institut Handicap et Sexualité. Dans un premier temps, Pro Infirmis avait projeté de lancer cette offre en mars dernier. Sous la pression de donateurs mécontents – en cinq mois, les dons ont diminué de 400 000 francs! – l’association de défense des personnes handicapées a préféré passer le flambeau à l’institut bâlois Handicap et Sexualité. Sous sa supervision, dix assistants sexuels, six femmes et quatre hommes, vont démarrer leur formation en janvier 2004 et seront disponibles dès l’été prochain. Leur profil? Ce sont tantôt des travailleurs du sexe, des sexopédagogues ou encore des masseurs. «L’une de leurs qualités essentielles doit être le respect de la personne handicapée», souligne Aiha Zemp, chercheuse, psychothérapeute et directrice de l’institut bâlois. Prendre du temps, être prévenants, ces soignants d’un nouveau genre seront notamment instruits par Nina de Vries, professionnelle de l’assistance sexuelle aux Pays-Bas. Creuser la réflexion Leur rôle? Proposer des soins sexuels tels que massages, caresses, numéro de strip-tease, masturbation ou encore un rapport sexuel complet, pour un tarif horaire d’un peu plus de 100 francs. «A mes yeux, il est important que les assistants sexuels choisissent eux-mêmes leurs limites», précise Aiha Zemp qui ne doute pas que ce type de services réponde à un besoin. Tant pour les handicapés mentaux que physiques. «Nous recevons en moyenne une demande par semaine.» L’assistance sexuelle est l’un des objectifs de l’Institut Handicap et Sexualité qui compte plus largement aborder la question de l’intimité avec les principaux concernés, mais aussi avec leurs proches et avec le personnel soignant. A plus ou moins long terme, des assistants sexuels devraient proposer leurs services dans d’autres cantons. Spécialisée dans le large champ des handicaps physiques, sensoriels et mentaux, la sexopédagogue et formatrice Catherine Agthe Diserens n’en démord pas: l’aide sexuelle directe répond aux attentes d’un certain nombre de handicapés vivant en institution, en foyer ou dans des familles, où l’intimité et la sensualité ne trouvent pas à s’exprimer. «Le corps mutilé est manipulé, rééduqué, massé, mais rarement touché pour le plaisir, explique-t-elle. L’aide sexuelle offre une gamme de soins érotiques comprenant le strip-tease, les caresses et aussi la masturbation. Chacun peut y trouver ce qu’il recherche. De toute façon, la large majorité des personnes handicapées n’auront sans doute jamais recours à ce service. Ce n’est pas une raison pour que cette offre n’existe pas.» La sanction des donateurs de Pro Infirmis ne l’a guère surprise: «Lorsque l’aide sexuelle a démarré en Hollande, les réactions ont été les mêmes; vingt ans plus tard, tout se passe sans heurts ni dérapages.» Que cachent donc ces réactions offusquées? «Il faut laisser du temps à notre société, observe la sexopédagogue. L’accès au plaisir reste un sujet tabou. Le désir et la sexualité des handicapés leur appartiennent, ce n’est pas à des tiers même bienveillants de décider à leur place.» Educatrice devenue prostituée C’est après des années de travail en institution que Heidi Suter, une sociopédagogue alémanique, a changé son fusil d’épaule. Pour permettre à des personnes dépendantes d’avoir accès à l’érotisme, elle a troqué le monde de la pédagogie pour proposer une gamme de soins érotiques allant des caresses au rapport sexuel. Exception faite du sexe oral et du baiser. Dame rondelette dans la cinquantaine, Heidi Suter n’a pas exactement le profil d’une professionnelle du sexe, mais elle reste en Suisse l’unique prostituée spécialisée dans le handicap. De nombreuses institutions ferment, semble-t-il, leurs portes à Heidi Suter. Même si les handicapés sont censés être «chez eux» dans leur chambre, ils ne peuvent y inviter n’importe qui. Vincent s’insurge contre cette hypocrisie. «Le discours officiel dit: «Vous pouvez vivre votre sexualité. Mais attention, comme ci ou comme ça, et pas avec un tel...» Et souvent, on nous considère comme des anges asexués. C’est très frustrant.» Sandrine Dammköhler, présidente de la section suisse de l’association suisse SEHP (Sexualité et handicap physique), renchérit. «Bien entendu, l’idéal reste de concilier cœur et corps, de rencontrer l’âme sœur. Dans la pratique, ce n’est pas évident. Tomber amoureux d’une personne en chaise intégrée et bien dans sa peau est une chose, imaginer une relation avec une personne grabataire ou aphasique en est une autre.» «La sexualité des handicapés leur appartient. Ce n'est pas à des tiers, même bienveillants, de décider à leur place.» Jolie brune aux yeux clairs, Sandrine, 34 ans, vit en chaise depuis toujours. Les conséquences de son handicap, causé par une malformation de la colonne vertébrale (forme de spina-bifida), ne lui ont sauté aux yeux qu’à l’adolescence. C’était devant le film La Boum. «Ni drague, ni petit copain, ni slows, je me suis dit que je n’aurai jamais droit à l’intimité, à l’amour, à la sexualité.» Puis Sandrine a rencontré l’homme de sa vie auquel elle est mariée depuis dix ans. Pour lui, peu importe qu’elle soit «bleue, verte ou jaune» comme elle dit. Ayant trouvé l’amour, la jeune femme se démène pour lever le tabou de la sexualité des handicapés. «Parce que je sais tout ce que la sexualité peut apporter d’enrichissant à l’être humain», témoigne-t-elle. Le double tabou, sexe et handicap, Vincent l’aborde chaque jour ou presque sur internet. Il témoigne sur divers chats, joue les pédagogues, donne son point de vue d’homme «autrement valide». «Sur les forums, je discute de choses coquines, raconte-t-il. Parler de sexualité a pour moi des vertus thérapeutiques.» Pas question pour le Belge d’endosser une autre identité, ou de cacher sa maladie. «Je dis les choses. J’explique à mes interlocutrices qu’elles devraient m’aider pour ceci ou pour cela si nous avions une relation.» Se réapproprier son corps, vivre sa sexualité, le défi est de taille. «Nombre d’entre nous ne sommes tout simplement pas considérés en tant que femme ou homme», confie Sandrine Dammköhler pour qui se sentir femme revient à se sentir désirable dans le regard d’un homme. Séducteur, habitué au monde du show-biz, Bruno de Stabenrath, devenu tétraplégique suite à un accident de la route, parle très bien de sa redécouverte de la sexualité dans son autobiographie*. Ainsi, le jour où il a eu une érection, deux mois après son accident, il a su qu’il était «sauvé». «Au milieu de ce bloc monolithique, rigide et insensible qu’était devenu mon corps, ce petit étendard qui se levait marquait que j’étais vivant.» * «Cavalcade», Bruno de Stabenrath. Ed. Robert Laffont, 2001. «Du Corps au Cœur», Catherine Agthe Diserens conduit des sessions de formation sur trois jours consécutifs destinées aux professionnels, soignants et thérapeutes, tout comme aux personnes handicapées physiques désireuses de se former. Renseignements au tél. 022 361 15 29. Un outil contre l'exclusionArticle publié dans le magasine Fémina no 3 du 18 janvier 2004. Jean-François Hugentobler Trait d'union entre le monde social et celui du travail, la fondation Intégration pour tous oeuvre à la réinsertion des personnes atteintes dans leur santé physique ou mentale. A sa tête, une femme passionnée: Christine Théodoloz-Walker. Rencontre. Lorsqu'elle évoque les mérites de «sa» fondation, la directrice générale d'Intégration pour tous (IPT) se montre convaincante. «Chaque situation constitue un défi. Concrètement, notre tâche consiste à mettre en adéquation les ressources des personnes qui s'adressent à nous et les besoins des entreprises à travers un processus de réinsertion professionnelle original et novateur.» Et cela marche! Ainsi, en 2002, IPT a traité quelque 1300 dossiers, mis sur pied 794 stages en entreprise, effectué 255 placements fixes et 254 temporaires. La cinquantaine de collaborateurs et collaboratrices de la fondation comptent aujourd'hui sur l'appui de 4000 entreprises partenaires. Pour chaque engagement professionnel, les dépenses moyennes ne dépassent pas la barre des 5000 francs. «Par rapport aux résultats obtenus, ces coûts sont très faibles. Vu le profil des personnes prises en charge - la moitié sans formation, âgées de plus de 40 ans, mêlant souvent plusieurs handicaps et souffrant d'une longue, voire très longue inactivité professionnelle - des placements de ce genre n'ont tout simplement pas de prix», souligne Christine Théodoloz-Walker. Qui s'inquiète par ailleurs d'un phénomène nouveau qui prend de l'ampleur. «Parmi les personnes qui font appel à nous, nous observons de plus en plus de jeunes âgés de moins de 30 ans, parfois très qualifiés, qui se retrouvent sans emploi et qui sont confrontés à des troubles psychiques sérieux.» Une efficacité reconnue Créée en 1972 à Genève par un groupe de chefs d'entreprise soucieux de répondre aux demandes d'emploi émanant de personnes handicapées, IPT devient, douze ans plus tard, une fondation privée reconnue d'utilité publique, sans but lucratif, gérée comme un bureau de placement spécialisé en partenariat avec les acteurs de l'économie. Unique en son genre en Suisse romande, la fondation est présente dans quatre cantons: Genève, Vaud, Valais et Fribourg. Elle projette de s'implanter prochainement dans le jura et le Jura bernois, de même qu'au Tessin. Son concept est aussi reconnu par un bon nombre d'institutions. Pro Infirmis (qui ne fournit pas ce type de prestations aux personnes handicapées) a pu, grâce à une convention de collaboration avec IPT, créer deux projets pilotes à Berne et à Saint-Gall. Un programme du Fonds national de la recherche étudie aussi la structure de réinsertion professionnelle mise sur pied par IPT. Le Secrétariat d'Etat à l'économie, l'Office fédéral des assurances sociales (OFAS), les cantons, les communes ainsi qu'un club d'entreprises forment les principaux partenaires financiers de la fondation. La qualité de ses prestations et son aspect novateur ont été ainsi récompensés par la certification ISO 9001 et EduQua. «Cette reconnaissance démontre que nous offrons en matière de réinsertion socioprofessionnelle une solution globale à forte valeur ajoutée. Elle fonctionne comme une passerelle entre le monde social et celui du travail.» A noter que plus de 90% des entreprises se déclarent satisfaites des prestations d'IPT et les recommandent. «C'est pourquoi nous nous battons aussi pour une reconnaissance financière qui nous permette de maintenir, voire d'étendre notre action à l'avenir Car la demande progresse et, malgré notre bilan positif, les subventions peinent à suivre. L'environnement économique devient toujours plus difficile, ce qui nous oblige à multiplier les démarches auprès de nouvelles entreprises susceptibles d'intégrer un de nos candidats pour un emploi ou un stage.» Christine Théodoloz-Walker déplore notamment que l'OFAS ait déjà réduit de 18% sa manne en 2001. Autre problème: avec la quatrième révision de l'assurance invalidité, l'Office a accordé le monopole de l'aide aux placements aux cantons. «Ce monopole constitue un risque, car il ne prend pas suffisamment en compte le savoir-faire et l'expérience d'institutions privées, dont IPT est un exemple manifeste de réussite. La baisse des subventions exige donc de nous une créativité et des efforts constants.» Essentielle, la motivation Environ 60% des personnes qui font appel aux services d'IPT proviennent des offices régionaux de placement, 30% des services sociaux et 10% sont recommandées par des médecins. Parmi elles figurent près de 40% de femmes. A relever aussi que 60% de ces personnes souffrent d'un handicap physique, 30% d'un trouble psychique; les autres sont confrontées à des problèmes de dépendance ou à diverses difficultés sociales. Pour être prises en charge par la fondation, toutes les personnes candidates à une réinsertion professionnelle doivent répondre aux critères suivants: avoir une capacité de travail de 50% au minimum, autoriser les collaborateurs d'IPT à récolter les informations nécessaires, notamment auprès du corps médical. «Mais la condition essentielle que nous exigeons est une forte motivation afin d'élaborer un processus de réinsertion basé sur la coresponsabilité. Il faut que chaque candidat(e) ait la volonté de reprendre sa vie en main. Cette dynamique est indispensable au départ pour se fixer de nouveaux objectifs et retrouver une activité professionnelle. Il est ensuite indispensable d'évoluer au rythme de chacun», précise Christine Théodoloz-Walker. Concrètement, le processus de réinsertion se déroule en trois phases. D'abord, un bilan socioprofessionnel définit les compétences, les capacités et les attentes des personnes prises en charge afin de mettre en oeuvre un projet professionnel réaliste et réalisable. Vient ensuite la préparation du candidat à travers des entretiens, des ateliers thématiques, des stages d'observation et d'orientation. Puis, enfin, le placement, fixe ou temporaire, qui doit répondre aux besoins des entreprises. Cette dernière étape est assortie d'un suivi qui se déroule aussi longtemps que cela s'avère utile. «Les échecs sont très rares, car le processus n'est pas limité dans le temps. Si le candidat ne se sent pas prêt, on peut toujours attendre ou reprendre telle ou telle étape du processus», note la directrice d'IPT. Et, au final, chacun y trouve son intérêt. D'une part, le candidat obtient un emploi rémunéré et, d'autre part, du fait qu'IPT demeure dans un premier temps l'employeur du candidat, l'entreprise teste les compétences de la personne en toute sécurité. Globalement, la fondation développe donc une culture du possible qui tient compte à la fois des projets personnels des candidats et des besoins des entreprises. «En cela, IPT déploie une action sociale tournée vers l'efficacité économique qui profite à l'ensemble de la société», conclut Christine Théodoloz-Walker. Pour tout renseignement complémentaire: www.fondation-ipt.ch. Trisomie 21: Choisir la vie?Article publié dans Psychanalyse Magazine no numéro 18 octobre/novembre 2003. Philippe Hotchamps - Président de SOS Trisomie 21 185. Grand Route - 4610 Beyne-Heusay - Belgique email : hotcab@swing.be Voici onze ans déjà, un évènement important dans notre vie allait survenir : nous devenions les parents d'une petite fille peu ordinaire, une petite fille atteinte de trisomie 21, Virginie. Jour après jour, année après année, nous avons découvert cet enfant qu'on prétend différent, cet enfant que jadis on appelait mongolien. Nous ne cessons d'être étonnés par sa gentillesse, son attention, sa bonne humeur et tous les progrès qu'elle fait avec tant de fierté. Bien sûr, elle est plus lente dans son développement, elle avance à son propre rythme mais on finit par s'y habituer. N'est-ce pas nous qui souvent sommes trop pressés ? En vivant avec elle, en observant et côtoyant d'autres personnes atteintes de trisomie 21, nous sommes arrivés à un constat, une simple évidence : notre petite fille, notre petite trisomique, les personnes trisomiques, sont des êtres humains, aussi humains que vous et moi. Des êtres humains à part entière, comme on l'entend souvent dire dans de nombreux colloques et conférences. Étonnamment, cette humanité singulière, beaucoup semblent vouloir la nier ou ne pas la reconnaître. En effet, au cours de ces onze années écoulées, nous avons constaté que beaucoup d'efforts, d'articles et d'argent étaient dépensés et consacrés au dépistage de la trisomie, pour tenter de repérer les enfants qui risquent de naître comme notre enfant, qui risquent de lui ressembler. Dépister dans quel but ? Nous avons aussi constaté que les efforts, tant financiers que scientifiques, consacrés à la recherche dans le traitement de la trisomie 21, sont faibles, pour ne pas dire quasi-inexistants. Pourtant, la trisomie 21 est l'affection génétique la plus fréquente et cause la plus fréquente de handicap mental. Elle peut toucher tout le monde, quel que soit l'âge, la profession, la condition sociale... Un jour vous aussi risquez d'être confronté familialement à la trisomie 21... Nous sommes donc tous concernés. Pourquoi ce désintérêt pour cette affection génétique? Solidarité en réseauArticle publié dans le Terre & Nature du 13 mars 2003. Nicole Marrama.
Devenir membre de l'Association romande mande trisomie 21 (Art
21), c'est se donner la chance de ne pas éprouver le sentiment d'être le seul
parent au monde à vivre l'expérience de la trisomie 21 et de réaliser que si
cette expérience est souvent difficile, elle s'avère aussi très enrichissante.»
Alors que Pro Infirmis affiche sa nouvelle campagne «C'est un enfant comme les
autres», Marelle Barbecho, à Saint-Sulpice, mère d'une petite Sarah, parle de
son vécu et d'Art 21 dont elle fait partie. Pour tous renseignements: ART 21, tél. +41 (0)79 515 22 21. Préparation adéquate au monde du travailparu dans La Presse Nord Vaudois du Lundi 3 novembre 2003 Sophie Balbo Les jeunes de 13 à 17 ans en situation d'handicap bénéficient, depuis la rentrée, de classes rénovées à la rue des Jordils 33. Ils y suivent des cours dans le cadre de la structure Transition Ecole-Métier (TEM).
Situés en plein coeur de la ville, les nouveaux locaux de
l'École d'enseignement spécialisé, Transition Ecole-Métier (TEM), sont adaptés à
préparer, de manière adéquate, les adolescents en situation d'handicap à entrer
dans la vie active. INTÉGRÉS À LA VILLE«Ma plus belle satisfaction est de pouvoir donner un maximum
d'autonomie à ces jeunes», relève Francisco Castro. Pour ce faire, les élèves
sont répartis par niveau de compétence. On leur apprend à aller dans des lieux
nouveaux et à se déplacer individuellement. «Le jeune doit être prêt avant de
quitter l'école, explique encore Jean-Marie Veya. Afin d'être sûr qu'il ne court
pas un risque d'être rejeté.» "Des non-gènes prédisposent aux maladies génétiques"Article publié dans l'hebdo du 6 Novembre 2003.
Médecin et chercheur gréco-américain, Stylianos Antonarakis porte haut les couleurs suisses de la génétique. Ces derniers mois, la division de génétique médicale des Hôpitaux universitaires de Genève qu'il dirige a fait les gros titres des journaux scientifiques et des médias. Lorsqu'en décembre dernier, une équipe internationale annonce dans Nature avoir séquencé le génome de la souris, Stylianos Antonarakis et ses collègues figurent parmi les signataires. Quelques mois plus tard ils récidivent, seuls cette fois, avec un article, publié dans Science - en ligne le mois dernier et le 7 novembre dans l'édition papier. L'affaire fait grand bruit car elle révèle que, dans l'ADN «poubelle», tout n'est pas bon à jeter. Pendant longtemps, dans le génome, seuls les gènes étaient considérés comme importants puisqu'ils gouvernent la fabrication des protéines. Le reste, pensait-on, ne servait à rien. Mais en explorant cette terra incognita, et en comparant le patrimoine génétique de quatorze mammifères, les chercheurs genevois ont montré qu'il n'en était rien. Une partie de ces «non-gènes» (CNGs selon l'acronyme anglais) avait été conservée, inchangée, au cours de l'Evolution, preuve de son utilité. Une belle percée scientifique, qui n'entame pas la modestie du professeur Antonarakis. En moins d'un an, vous avez publié deux études qui ont eu un très grand
retentissement. Est-ce dû au talent particulier de votre équipe, ou à la chance?
Lorsque l'on publie de tels articles, a-t-on conscience de leur
importance? Comment conciliez-vous recherche et activité clinique? Comment êtes-vous venu à la génétique, par hasard, par nécessité ou par
passion? Vous avez participé au séquençage du chromosome 21 qui a été achevé en
2000. Pourquoi celui-là? Puis vous avez décrypté le même chromosome, mais chez la souris. Pourquoi?
Ce n'était pas simplement des gènes inconnus? Donc, vous avez comparé les génomes de l'homme et de quatorze autres
mammifères: le chat, le porc-épic, l'éléphant, le kangourou, etc. Pourquoi
ceux-là? Et alors? Mais à quoi peuvent servir ces «non-gènes»? Reste 95% de l'ADN qui ne sert à rien. Des reliques fossiles ayant perdu
leur utilité au cours du temps? Cela dit, sur le plan clinique, quel est l'intérêt de ces «non-gènes»? Ce qui veut dire que le champ de fouilles à explorer pour trouver
l'origine des maladies génétiques est encore plus étendu qu'avant? A vous entendre, vous êtes partisan de cette tendance au «tout génétique»?
La médecine de demain sera donc génétique ou ne sera pas. Maintenant, quelle sera pour vous la prochaine étape déterminante en
génétique? Filmer la différence, autrement...Thomas Bouchardy, 28 ans, serveur, et Germinal Roaux, 28 ans, photographe et cinéaste. L'illustré du 28 janvier 2004. Jean-Blaise Besençon / Photos Blaise Kormann
Pendant deux ans, le «premier serveur trisomique de Suisse» s'est raconté a Germinal Roaux qui en a fait son premier film, «Des tas de choses> Thomas parle de la vie, de l'amour, de la mort, comme on en parle entre amis. Avec une volonté supplémentaire: donner une bonne image de son handicap. Le résultat, projeté à Soleure la semaine dernière, est plus que réussi. On se retrouve à la fin de son service, à l'auberge communale de Satigny.
Thomas, 28 ans, «le premier serveur trisomique à avoir travaillé dans la
restauration helvétique», comme il le rappelle non sans fierté, à soigneusement
prépare notre rencontre. Sur trois papiers, il a écrit un résume de sa vie, une
chanson d'amour, les dates à retenir et l'origine du projet pour lequel on se
retrouve aujourd'hui. «1999: juste après l'article de Jean-Blaise (L'illustré No
48 du 01.12.99), Germinal avait le sentiment que je voulais encore dire des tas
de choses». Cinq ans plus tard, c'est le titre d'un film, projeté la semaine
derrière au Festival de Soleure et dans lequel Thomas se raconte avec une
franchise égale à son extrême délicatesse.
Tous les mercredis, pendant deux heures, Thomas répète au Sud des Alpes, la
maison de l'AMR. Il tient la batterie ou les percussions au sein d'un groupe de
musiciens handicapés, animé par le jazzman Claude Tabarini. Même arrive en
retard (par notre faute), Thomas s'intègre sans difficulté à la
répétition.«Parce que la musique est ma passion, j'en joue depuis rage de 9
ans.» A l'apéro, la discussion revient vite sur le contenu de sa riche
discothèque: la nouvelle compile d'Europe, mais aussi Bob Dylan, Jethro Tull et
les Berrurier Noir, Chuck Berry, Renaud ou encore The Clash. C'est le résultat d'une rencontre de qualité, qualité d'écoute, sensibilité du regard, et l'aboutissement d'un projet mené sourire aux lèvres. Du tire aux larmes, les spectateurs de Soleure ont éprouvé toute la palette des sentiments. C'est pour eux que Thomas a encore soigneusement note sur un de ses petits bouts de papier: «Pour vous remercier pour ma place dans la société, je me permets de vous dédier ce coup de cassette vidéo - Rien que des tas de choses.» C'est ainsi que les deux protagonistes du film touchent souvent à l'essentiel. Les mille facettes du chromosome 21Article publié dans l'hebdo du 17 Novembre 2005. MÉDECINE GÉNÉTIQUE Dans les gènes de ce chromosome, des chercheurs genevois espèrent trouver des pistes pour le traitement de la trisomie.
Imperceptiblement mais sûrement, la médecine entre, elle aussi, dans l'ère de la génomique. L'achèvement, l'année dernière, du décodage du génome humain n'a pas marqué la fin de l'aventure. Au contraire. L'heure est maintenant venue de passer à la vitesse supérieure et de décrypter, pour les comparer, les patrimoines héréditaires de milliers de personnes. L'objectif est de repérer ces petites différences qui font de chacun de nous un individu unique. Mais aussi de comprendre l'origine des maladies les plus diverses, de l'athérosclérose au diabète, en passant par la sclérose en plaques, la schizophrénie ou les troubles maniaco-dépressifs et bien d'autres. Histoire, bien sûr, de mieux s'attaquer aux racines de ces maux. Mais comment les chercheurs s'y prennent-ils? L'étude du chromosome 21, devenu tristement célèbre à cause de la trisomie portant le même numéro, est une parfaite illustration de leur démarche et de leurs attentes. Si les chromosomes avaient des noms, celui-ci pourrait s'appeler «chromosome Antonarakis». Stylianos Antonarakis, responsable du département «médecine génétique et développement» de l'Université de Genève, a fait de ce chromosome 21 «la grande affaire de [sa] vie», et cela fait une vingtaine d'années qu'il l'étudie sous toutes les coutures. C'est ainsi que son équipe a largement participé au séquençage de ce chromosome, décodant quelque cent trente des deux cent cinquante gènes qu'il contient. L'étape était importante, mais ce n'était qu'un premier pas pour qui voulait comprendre l'origine de la trisomie 21, également nommée le syndrome de Down. Le fait est acquis depuis une cinquantaine d'années: ce retard mental et les autres troubles qui lui sont associés se manifestent chez les individus nés avec trois copies du fameux chromosome, au lieu de deux comme c'est la norme. Mais à quel moment de la conception y a-t-il eu «erreur de parcours»? La réponse est venue du laboratoire genevois. «Dans 90% des cas, le dysfonctionnement est d'origine maternelle», explique Stylianos Antonarakis; il apparaît au premier stade de la méiose, lorsque les deux brins du chromosome maternel se séparent. Dans 5 à 6% des cas, le même phénomène se produit du coté paternel et pour le reste, le dérèglement se produit quelques divisions cellulaires plus tard. Problème de dosage Cela ne veut pas dire pour autant que l'ensemble du génome soit responsable de l'apparition du syndrome de Down. On ne sait pas combien de gènes sont impliqués dans l'affaire: peut-être «dix ou vingt», estime le chercheur. Quoi qu'il en soit, son équipe est bien décidée à les repérer, et surtout à comprendre à quoi ils servent, en d'autres termes, à trouver les protéines dont ils dirigent la fabrication. Car c'est là la condition nécessaire, même si elle n'est pas suffisante, pour songer à d'éventuelles thérapies. La trisomie 21 est en quelque sorte «un problème de dosage»: les personnes qui en sont atteintes héritent d'un surnombre de copies du chromosome 21, mais celles-ci sont parfaitement «normales» et produisent des protéines qui le sont tout autant. Simplement, il y en a trop. D'où l'idée d'éliminer ces protéines en excès ou encore d'élaborer des médicaments qui pourraient les inactiver. «Je suis optimiste, précise Stylianos Antonarakis. Je pense que l'on pourra trouver des thérapies contre le retard mental; sans doute pas demain, mais après ma retraite», précise cet homme de 54 ans. Juste retour des choses: si le chromosome 21 est le facteur de trouble du syndrome de Down, il pourrait aussi renfermer les clés qui permettront de le traiter. Mais il y a plus encore car si ce chromosome est, dans l'esprit de tous, associé à la trisomie, son rôle ne s'arrête pas là. Deux de ces gènes, récemment identifiés par l'équipe genevoise, ont été jugés responsables l'un d'une forme d'épilepsie, l'autre d'une surdité. D'autres encore ont été localisés qui interviennent dans la cécité, le vieillissement prématuré, la maladie d'Alzheimer précoce ou encore le bégaiement. Entre autres. Autant dire, comme le souligne Stylianos Antonarakis, que ce chromosome «est une mine» pour la recherche. Un véritable filon aussi pour la médecine, qui devra désormais compter avec la génomique. | EG La méthode du Pr FeuersteinSes exercices de gymnastique mentale ont aidé des milliers d’enfants souffrant d’un handicap cérébral. Par Christopher Matthews. Alex, seize ans, avait bien du mal à porter une fourchette à sa bouche.
Totalement hermétique aux lettres et aux chiffres, il avait un QI très bas et un
vocabulaire extrêmement rudimentaire. A l’âge de huit ans, le garçon avait subi
l’ablation de l’hémisphère cérébral gauche. Cette intervention pourrait,
pensait-on, supprimer progressivement le traitement qu’il suivait pour lutter
contre des crises d’épilepsie. Au Royaume-Uni, son pays d’origine, les
spécialistes affirmaient qu’Alex ne pourrait jamais vraiment ni lire ni écrire.
Grâce a son travail novateur, Reuven Feuerstein a aidé des milliers d’enfants
défavorisés ou souffrant de handicap mental dont l’état était, disait-on,
désespéré. Fils du rabbin de la ville roumaine de Botosani, Reuven Feuerstein avait huit
ans lorsqu’un cocher illettré, promettant de donner sa montre en échange, lui
demanda de lui apprendre à lire la Torah. J’ai aussi observé Daniel, un jeune New-Yorkais de onze ans: faible QI,
souffrant de troubles de l’attention, il regardait attentivement des points
disposés pêle-mêle sur la feuille placée devant lui. Avec son stylo, il finit
par tracer un carré en réunissant quatre points, puis un triangle en en
réunissant trois autres. Toujours concentré, il passa à l’énigme suivante. Roberto, un beau garçon, venait du Costa Rica, où on le considérait comme
autiste. Tracy Stevens, jeune assistante à l’ICELP, s’assit à une table près de
lui. Elle dessina un carré. A Paris, aucune école classique n’était adaptée au cas du petit Anton
Hirschfeld, huit ans. Il n’avait prononcé ses premiers mots qu’à l’âge de quatre
ans et présentait d’importants troubles du langage. Aujourd’hui, la méthode Feuerstein a largement débordé de son cadre
d’origine. Soldat dans l’armée israélienne, Avi, atteint en pleine tête par un
tireur embusqué, souffrait depuis cinq ans d’importantes lésions cérébrales.
Lorsqu’il fut adressé à Rashmi Sharma, un jeune psychologue indien qui exerçait
à l’ICELP, il ne disposait plus que de quelques mots de vocabulaire. Un matin de décembre 1988, Feuerstein pénétrait dans une salle de cours de
l’Université Bar-Illan et s’adressait fièrement à ses étudiants: Plus d'information sur
la
méthode du
Professeur Feuerstein. Ma soeur m'a appris à dire je t'aime..."Pour la première fois, la chanteuse révèle son secret familial. Avec Cricri atteinte de trisomie, elle a vécu le meilleur comme le pire. Toujours dans la tendresse... Christiane, dite Cricri, c'était mon rayon de soleil. Des fous rires quand elle s'amusait à cacher les clefs, des câlins quand elle voulait se faire pardonner. Elle m'a appris l'essentiel : savoir dire "je t'aime", confie Alice Dona. Pourquoi Cricri ? Parce que leur père mécanicien à Taverny, avait souvent les mains « cracra » comme plaisantait sa mère. Et tout simplement parce que Cricri sonne comme une petite musique qui ne vous lâche plus... Cinq ans à puiser dans les cartons de photos, dans les recoins de sa mémoire, pour qu'Alice Dona redonne voix à cet être chéri, disparu à quarante-sept ans en 2001. Cinq ans qui n'ont pas été sans tumultes. « C'est vrai que ma démarche a été douloureuse et peut même paraître étrange. Dans ce livre, j'ai fait parler ma soeur, j'ai imagine ce qui se passait dans sa tête, je me suis substituée à elle. Parce qu'à un moment donne ses mots m'ont manqué. Ils me manquent toujours d'ailleurs... » En 1997, quand leur mère décède brutalement d'un cancer du pancréas, Cricri ne le supporte pas. « Je la revois entrer dans l'église le regard un peu perdu au milieu de toutes ces fleurs. Et d'un seul coup, son visage baigné de larmes. Elle qui n'avait encore jamais pleuré. Elle est sortie de l'église sur un fauteuil roulant qu'elle n'a plus jamais quitté, elle n'a plus jamais parlé non plus. » En ce 12 juin 1997, Alice Dona s'est sentie doublement orpheline. A tel point qu'elle ne parvenait plus, par la suite, à se souvenir de la véritable date de décès de sa soeur. « Pour moi, maman et elle sont parties main dans la main. Leurs âmes, en tout cas. » Et c'est à travers cette souffrance qu'Alice Dona comprend à quel point sa cadette, malgré son handicap, était son point d'ancrage. Ce fameux chromosome en trop, symptomatique de la maladie, ne serait-il pas plutôt un chromosome en plus... Pour preuve, la peau de bébé des trisomiques sur laquelle le temps n'a aucune prise et leur affectivité exacerbée. En musique, Cricri était un vrai prodige. «Je crois d'ailleurs que pour elle le mot handicap voulait dire artiste. Leur univers est empli de dessins, de chant, de danse », confie la chanteuse. « C'est un peu grâce à elle ou pour elle que j'ai passé l'audition du Petit Conservatoire de Mireille, elle était tellement heureuse que je fasse carrière. » Quand Alice la présente à Claude François, son idole, Cricri le sert de toutes ses forces dans ses bras et ne cesse de murmurer, aux anges, « mon Cloclo » Quand Alice composait au piano, sa soeur était souvent là, à ses côtés, discrète. Si à la fin elle entonnait la mélodie, la chanteuse savait qu'elle tenait un tube. Seul le titre Je suis malade n'a pas trouvé grâce a ses yeux, peut-être parce que le mot lui faisait trop mal... En tout cas, des qu'elle croisait des gens dans la rue, Cricri disait, fière comme Artaban : « Tu sais qui c'est ma soeur ? Alice Dona ! » Et on la regardait autrement. Pas comme une bête curieuse. C'est pour faire le deuil peut-être mais aussi changer le regard sur l'étrangeté, quelle qu'elle soit, que l'artiste a écrit ce livre. « Je suis peut-être en train de changer de route. Je n'ai jamais eu droit à une reconnaissance phénoménale en tant que chanteuse... mais quand je vois les réactions que déclenche ce livre, je m'interroge. Je vais peut-être m'engager dans une association. Ma nouvelle voie n'est-elle pas là ? J'aurais aussi envie d'écrire un roman sur la vie d'une école de spectacle... J'ai l'impression qu'en partant Cricri m'a fait le plus beau des cadeaux : son chromosome en plus... » Emmanuelle Dufaure. Une entrevue avec Pablo Pineda: La trisomie n'est pas une maladie, c'est une autre caractéristique personnelle!Pablo Pineda est la première personne atteinte de trisomie 21 ayant obtenu un diplôme d'études supérieures d'une université régulière d'Espagne. Non satisfait de cette réussite, il poursuit des études en psychologie éducatrice tout en travaillant pour la municipalité de Malaga. La suite de l'article (en anglais) sur le site de www.disabilityworl.org Mon vendeur est trisomiqueArticle publié dans l'hebdo du 15 Décembre 2005. A travers une initiative discrète, la Coop s'engage pour l'intégration des personnes handicapées. L'expérience est payante et va bientôt être étendue. Ils sont huit et ils travaillent comme tout le monde, à peu de chose près. Depuis deux ans, une expérience, menée conjointement par la Coop de Collombey (VS) et la Fondation valaisanne en faveur des personnes handicapées mentales (FOVAHM), voit une équipe de personnes trisomiques incorporées au personnel du magasin. Une première: des handicapés mentaux au contact direct de la clientèle, revêtus de l'uniforme porté par l'ensemble des employés. L'objectif est de les intégrer dans un environnement professionnel ordinaire en les considérant au même titre que n'importe quel autre travailleur. Seule différence, leur salaire est plus modeste, versé en fonction de leurs capacités. Une telle opération est positive pour l'image de la Coop. Mais au-delà du «socialement correct», c'est tout le fonctionnement de la succursale qui bénéficie de la présence de ces travailleurs: à Collombey, le niveau de productivité est parmi les plus élevés des magasins de la région. Comme une preuve qu'explorer un côté plus humain du travail amène de bons résultats. Les clients ont accueilli l'initiative avec enthousiasme. Ils côtoient ces travailleurs trisomiques sans difficulté, même si certains le font avec plus d'aisance que d'autres. Du côté des handicapés, l'intégration semble être vécue avec bonheur, puisqu'ils ont tous demandé à travailler pendant les nocturnes de Noël. L'avant-gardisme de la Coop de Collombey et en particulier l'investissement personnel de son gérant, Franck Truchot, sont payants: l'expérience va être étendue à Sion dès avril 2006. | Karin Suini «J'aimerais bien être vendeur, moi aussi!»Lettre publiée dans le courrier des lecteurs de l'Hebdo du 19 janvier 2006 suite à l'article «Mon vendeur est trisomique» Parents d'enfants et de jeunes adultes trisomiques c'est avec plaisir que nous avons pris connaissance de cette expérience d'intégration professionnelle à la Coop de Collombey en Valais. Dès leur plus jeune âge, nous nous préoccupons de l'intégration de nos enfants dans la société et de leur prise en charge dans le milieu répondant le mieux à leurs besoins. Pratique de plus en plus courante en maternelle, l'accès à l'école primaire reste encore difficile et souvent dépendant des bonnes volontés locales. Si les offres de travail en milieu professionnel sont encore trop rares, des expériences concluantes se font à Genève grâce à la Fondation Project et en Valais par le biais de la collaboration COOP-FOVAHM (Fondation valaisanne en faveur des handicapés mentaux). Nous aimerions féliciter et remercier Franck Truchot, gérant de la Coop de Collombey, ainsi que les responsables de la FOVAHM, de leur ouverture d'esprit. La première Journée mondiale de la trisomie 21, qui a lieu à Genève le 21 mars, permettra de mieux faire connaître le potentiel des personnes porteuses de cette affection. Le programme sera disponible sur www.t21.ch. Suzanne Ostini, Laurent Jenny, Lausanne Quelle école pour nos enfants handicapés?
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Reproduction de l'article paru dans Les Perce-Neige N° 90 Juin 2005 avec l'aimable autorisation de l'ANPPMH (Association neuchâteloise de parents de personnes mentalement handicapées ).
Cet article est composé d'extraits du mémoire professionnel d'une enseignante de l'école primaire de La Chaux-de-Fonds. Pour réaliser ce travail, elle s'est approchée de quelques familles ayant un enfant trisomique. Son mémoire reflète ses réflexions, ses lectures, mais aussi son expérience de terrain.
On constate une grande diversité des options pédagogiques partout en Europe. Un bref historique permet d'en comprendre les raisons. Dès la création de l'école obligatoire pour tous dans un but démocratique, il s'est avéré que des différences notoires existaient entre les enfants. Afin de ne pas ralentir le rythme des bons élèves et aussi pour permettre un apprentissage approprié, on développe dans tous les pays depuis les années 50 l'ouverture de classes spéciales. Il en va de même pour les enfants handicapés dont on pense qu'ils sont mieux en institution pour pouvoir répondre à leurs besoins spécifiques. Ce n'est que depuis les années 70, avec l'avènement des droits égaux pour tous les humains, que le bien-fondé de cette exclusion est remis en cause. C'est pourquoi politiciens, pédagogues, enseignants et éducateurs réfléchissent à la meilleure solution à adopter.
Il est intéressant de relever que, à l'origine, ce sont les «normaux» qui
doivent fournir un effort supplémentaire!
Après ces quelques considérations théoriques, nous passons à la partie pratique de ce mémoire, résumant l'expérience vécue par cette enseignante dans sa classe.
Suite à la demande de l'enseignante spécialisée et des parents, la direction des Perce-Neige s'est approchée de l'école primaire de La Chaux-de-Fonds afin de trouver une classe proche du domicile de l'enfant et prête à accueillir un enfant trisomique.
Durant la 1 ère année, l'enfant va dans sa classe d'intégration un après-midi par semaine durant les activités de dessin, de bricolage ainsi que de connaissance de l'environnement (activités adaptées ou simplifiées).
Au vu des progrès réalisés par l'enfant, tant en socialisation qu'en
autonomie, il pourra bénéficier durant l'année suivante d'une demi-journée
supplémentaire par semaine où sera inclus un appui de 2 heures avec une
enseignante spécialisée. (Aucun objectif particulier ne sera demandé, si ce
n'est de poursuivre le travail de socialisation).
L'enseignante n'a aucune connaissance spécifique du handicap de l'enfant (trisomie 21). Elle va donc se renseigner sur les changements à apporter à son enseignement pour aider au mieux cet enfant.
Les enfants trisomiques ont des acquisitions plus lentes, il leur faut des
consignes simples, ils doivent pouvoir anticiper les changements, ils ont besoin
de travailler sur leur vécu, car ils éprouvent des difficultés à transférer les
acquis. Ils ont également besoin de beaucoup manipuler et d'avoir des supports
visuels pour mieux pouvoir s'organiser. Comme chaque être humain, ils ont des
aptitudes très diverses.
Ils présentent souvent un faible tonus musculaire, ce qui explique la
fatigabilité et les moments de déconcentration plus fréquents. Il est important
de travailler avec des supports correspondant à l'âge chronologique de ces
enfants et non pas à leur âge mental. L'enfant réagira plus positivement si on
lui laisse une possibilité de choix du matériel, par exemple d'utiliser des
vaches ou des voitures pour un exercice de comptage.
Nous ne disposons pas d'assez de place dans ce journal pour décrire jour après jour le déroulement de cette intégration, c'est pourquoi, nous reprenons juste les paroles de l'enseignante au terme de cette expérience.
J'ai pu observer des effets positifs de l'intégration, tant chez Pierre (prénom fictif), que chez les autres élèves durant mon travail.
Pierre a toujours eu beaucoup de plaisir à venir dans ma classe. Il a appris à être plus rapide pour se changer au vestiaire, il ose s'adresser à un camarade pour lui demander un crayon, il s'est très bien adapté à la dynamique d'un groupe de vingt enfants. Il a augmenté son temps de concentration en voyant les autres travailler.
Les enfants de la classe ont pris conscience que Pierre, malgré son handicap, est un enfant avec lequel ils peuvent faire un jeu en classe ou à la récréation. Ils peuvent le regarder comme un autre enfant et lui donner la main lors d'une sortie. Ils ont réalisé que Pierre pouvait également leur apporter des connaissances. Je pense notamment au jour où Pierre a apporté son B-A-Bar en classe.
L'intégration est positive pour l'enfant différent. Le fait de vivre en milieu «normal» stimule les capacités langagières et motrices; l'observation et l'imitation permettent à l'enfant de faire des progrès.
Je constate que, pour la majorité des enfants, la présence de Pierre est
acceptée. Comme pour d'autres camarades, certains enfants ne souhaitent pas une
trop grande proximité.
J'observe aussi que ce sont les enfants qui sont en difficulté dans ma classe
qui sont les plus tolérants et prêts à aider Pierre. En effet, les élèves qui
ont quelques difficultés se sentent valorisés, car ils peuvent aider quelqu'un
au sein de la classe.
Pour l'enseignante spécialisée, l'intégration partielle de Pierre est
positive. L'objectif principal de l'année scolaire, soit de pouvoir entretenir
des liens sociaux est réalisé. De plus, elle a observé des progrès dans sa
relation face à l'autre; Pierre est moins timide, se tient plus droit. Dans sa
manière de communiquer, il s'exprime de plus en plus clairement. Il a également
fait de gros progrès dans l'apprentissage de la lecture, il commence à
déchiffrer.
Pour l'enseignante d'appui, le travail avec Pierre s'est bien passé. En début
d'année, il épelait les mots et n'avait pas de fusion syllabique, alors qu'il
commence maintenant à réellement déchiffrer des mots nouveaux. Il est également
capable de fournir un effort soutenu de plus en plus longtemps. Pour elle, le
fait que Pierre observe ses camarades au travail le stimule énormément.
Elle regrette néanmoins le peu de temps qu'elle passe dans la classe. Elle n'a
pas réussi à lier ses activités avec le travail du reste de la classe. Elle a
également peu pu s'investir dans le travail de ma classe, car elle n'était pas
assez présente. Elle compare son activité dans ma classe avec ce qu'elle fait
dans une autre classe où elle est présente trois fois par semaine. Pour elle, il
est indéniable que le nombre d'heures de présence de l'enfant, et donc de leçons
d'appui, est un facteur très important pour réussir une bonne intégration.
Quelques heures passées dans une autre classe permettent à chaque personne de découvrir l'autre, mais cela n'est pas suffisant pour réussir une vraie intégration.
Le canton de Neuchâtel est encore en phase expérimentale dans le domaine de l'intégration des enfants handicapés. Cette démarche est en lien avec la politique et les finances de I'Etat.
L'évolution des mentalités et des pratiques se fait à petits pas. Pour moi, j'ai dû accepter qu'un élève travaille dans ma classe sans avoir le même niveau scolaire. Cette présence, très enrichissante, demande une réflexion tout au long de l'année lors de la préparation des leçons.
Les élèves ont découvert et accepté la présence de Pierre dans la classe. Pour eux aussi, leur regard, donc leur mentalité, face au handicap a changé. A leur tour, ils sauront reconnaître et admettre la différence dans leurs rencontres futures.
résumé par Sylvie Augier
(1) Extraits du mémoire professionnel de Mme Perroset
Article paru dans le Courrier neuchâtelois du 7 décembre 2005
Les parents d'enfants mentalement handicapés sont régulièrement confrontés à des problèmes d'intégration en milieu scolaire de leurs rejetons. Les raisons sont évidentes: absence de base légale indiquant une procédure claire d'intégration pour tous les partis, difficultés financières et parfois, une image négative des autres parents qui craignent que le rythme de la classe soit ralenti par un enfant plus lent. La Journée internationale du handicap du 3 décembre est l'occasion d'évoquer le sujet.
«Travailler, c'est effectivement s'intégrer, mais cela passe d'abord par une intégration au sein de l'école normale pour un enfant handicapé. Voilà l'option que nous défendons depuis 1993 au sein de l'Association neuchâteloise des parents de personnes mentalement handicapées (ANPPMH)», déclare Delphine Vaucher, maman d'une petite fille mentalement handicapée avant d'ajouter: «Notre prise de position a débouché en 2003 sur la création par le Conseil d'Etat d'une commission d'intégration. Malheureusement, la situation reste difficile pour les familles ! ». Propos qui font réagir Mercedes Zapatero Senocak, dont l'enfant est autiste «Il n'existe toujours pas de base légale autour de l'intégration de nos enfants à l'école. Nous sommes au bon vouloir des enseignants, des directeurs et des commissions scolaires ! » Pourtant la mère est persuadée du bien fondée de la démarche : «Il est vraiment important d'agir très jeune, car plus on commence tôt le travail d'intégration, meilleurs sont les résultats au final. C'est un investissement pour l'avenir ! »
Mais pourquoi ces parents tiennent-ils tant à placer leurs enfants dans des écoles classiques à raison de quelques heures par semaine ? Mary Bourgnon: «A l'école normale, il y a un comportement < normal >, ce qui n'est pas forcément le cas dans des institutions spécialisées et ce qui permet à nos enfants handicapés de socialiser et de s'intégrer plus facilement. Certaines études démontrent même que la présence d'un enfant handicapé dans une classe peut, contrairement aux idées reçues, être bénéfique à certains élèves sans handicap plus lent qui peuvent alors travailler à leur rythme sans compter que cela inculque un esprit de solidarité aux enfants. » L'urgence d'une loi et d'une procédure claire d'intégration des enfants handicapés dans les classes se fait donc de plus en plus sentir pour Adela Ombrella, elle aussi mère d'un enfant trisomique: «En 2008, une nouvelle loi sur le plan cantonal devrait réglementer l'intégration de nos enfants qui nous l'espérons se fera de manière plus naturelle car au-delà du financement, celle-ci doit être un droit pour tous, pas le fruit d'initiatives privées qui créent des inégalités pour ceux qui ne savent pas se défendre correctement ! »
Une étude réalisée en 2003 à Neuchâtel a montré que même si la volonté d'accueil des enfants handicapés existe au sein des crèches et des écoles, les moyens à disposition ne sont souvent pas suffisants. Les conclusions étaient alors sans équivoque: sans un appui politique et financier, les structures du moment ne pouvaient accueillir tous les enfants qui en avaient besoin. Autre problème : l'intégration passe, à raison de quelques heures par semaine, par un éducateur/trice spécialisé(e) parfois intégralement à la charge des familles, car la loi sur l'AI stipule qu'un enfant qui suit un cursus scolaire normal n'a pas le droit à une prise en charge des cours d'appui.
Le financement du soutien éducatif reste donc à ce jour toujours au bon vouloir des autorités communales tout comme d'ailleurs la décision d'intégration au sein des classes, un état de fait qui s'aggrave avec les années selon Sylvie Augier, conseillère animatrice de l'ANPPMH: «L'intégration dans les crèches et en primaire est déjà difficile. En secondaire, elle est quasi impossible! ». Delphine Vaucher ne mâche ainsi pas ses mots: « L'intégration devrait être pensée pour la vie de nos enfants. Au lieu de cela, c'est une faveur que l'on fait aux parents. Je peux vous assurer cependant que lorsque nos enfants sont exclus de l'école, ils souffrent énormément. Mais personne ne semble s'en inquiéter au-delà des familles ! »
Carlos Montserrat
Article paru dans Le Nouvelliste du 26 octobre 2005. Olivier Hugon.
Handicapés, ils sont en Valais 120 enfants et adolescents intégrés dans des classes "normales". Comme Ludovic, ces jeunes passent des bancs d'école au travail sur le terrain avec le même entrain.
Intégration des handicapés mentaux, Martigny est une ville pionnière en la matière. Tous les jeunes fréquentent les mêmes établissement, quelle que soit leur différence. L'exemple de Ludovic.
Ils arrivent à leur rythme. Entre 8 h30 et 9 heures, un poil plus tard que les autres apprentis de l'Ecole professionnelle de Martigny (EPMa). Julie, Laurie, Pierre-Joseph, Ludovic et les autres ont suivi toute leur scolarité dans les mêmes classes que leurs camarades. Tous souffrent d'un handicap mental plus ou moins prononcé. Depuis la rentrée scolaire 2003-2004, ils ont la chance de pouvoir poursuivre cette voie aux côtés des apprentis, jusqu'à leurs 18 ans. "C'est Jean- Pierre Cretton qui est venu me voir", explique Jérome Borgeat, directeur de l'établissement. "Il voulait qu'on mette une salle à disposition. L'intégration va dans les deux sens: elle permet à ces jeunes de ne se sentir mis à l'écart, mais elle permet surtout à nos apprentis de côtoyer des jeunes de leur âge qui sont différents."
Et la cohabitation se passe plutôt bien. Les temps de vie en
commun sont plutôt rares, mais les incidents sont inexistants. Le repas de midi,
à la cafétéria, les pauses, les contacts sont rapides, un regard, un salut à
cousin ou un copain du village, "C'est difficile poureux de créer de vraies
relations", note Christophe Guex, enseignant spécialisé responsable de la
classe spéciale de stages pratiques. «Les autres apprentis sont différents
tous les jours, eux restent ici quatre jours par semaine." Un avantage pour
s'attirer les bonnes faveurs de la tenancière de la cafétéria, Mme D'Andrès, qui
les aime beaucoup.
Chacun à tour de rôle, ils passent quelques jours derrière son comptoir pour un
premier stage. "A la fin, je leur fais un diplôme à chacun, avec un petit
mot." En trois ans, elle n'a vécu que des expériences positives. "Un
jour, en plain repas de midi, l'un d'eux a sorti un harmonica. Il est monté sur
la table et s'est mis à jouer. Je pensais que les autres allaient se moquer de
lui. Mais ils ont applaudi..."
Comme les autres, les élèves de la classe spéciale, ils sont huit cette année, suivent des cours d français, de maths de géographie ou d'histoire. "On se sert de tout ce qui se passe autour d'eux, précise Christophe Guex, l'actualité, la Foire du Valais, votre visite, tout est sujet à un compte rendu, à une analyse." Mais ils ont aussi des branches supplémentaires: un atelier de peinture, avec un vrai peintre, et des vrais tableaux, qui finissent la plupart du temps dans une exposition. "Tout est prétexte à aller vers l'extérieur." L'expression corporelle est également au programme, dans le cours de musique et gestes en improvision.
A l'image d'une soixantaine d'entreprises de la région
martigneraine, le Garden centre Bender accueille en stage des jeunes handicapés.
"Christophe Guex est venu me voir pour me présenter le projet, explique
le patron Emmanuel Bender, I'aspect social m'a plu. C'est bon aussi pour mes
employés. L'une de mes apprenties aime beaucoup s'occuper des
stagiaires." Le stage dure en général sept ou huit semaines, à raison
d'un jour 1 par semaine, et les horaires sont : fixés en fonction des
disponibiliités des stagiaires. Sept à huit jours par année qui ne sont pas à
même de perturber la vie de cette PME d'une quinzaine d'employés. "Ça dépend
des cas, si le handicap est lourd, il faut tout le temps avoir un oeil attentif."
Un engagement qui n'est pas possible toute l'année. "Des stages plus longs
sont difficilement envisageable".
Reste que ces apprentis un peu particuliers ne peuvent pas effectuer n'importe
quelle tâche. L'entreprise évalue, avec I'enseignant spécialisé, les
possibilités de chacun. Emmanuel Bender occupe ses stagiaires à des travaux
d'entretien, d'arrosage, de mise en place d'arrivages ou de désherbage. "L'important,
c'est que ce ne soit pas trop monotone. On leur donne des petits boulots de
trente minutes." Au final, le patron tire un bilan positif de l'expérience.
Entre lui et l'école, seul un contrat oral existe. Mais il devrait encore se
prolonger. "On donne un coup de main, ça ne coûte pas grand-chose."
Les parents de Ludovic sont conscients qu'ils ont, d'une
certaine manière, de la chance. Les handicapés sont intégrés dans les classes
"normales" de Martigny depuis plus de quinze ans. Auparavant, ils étaient
confiés à des établissements spécialisés. Si aujourd'hui, il est possible de
scolariser sont enfants dans les communes de la région, les Rouiller ont dû
inscrire Ludovic, 18 ans, à l'école de Martigny. "Nous aurions pu le mettre à
Martigny-Croix, se souvient Anne-Marie, mais il n'aurait eu aucun
encadrement approprié."
Le Problème, c'est qu'il s'est quelque peu coupé de son village. "Ludo n'a
aucun copain ici, s'inquiété Bernard, il est tout le temps avec nous.
Dans les fêtes, il se tient avec des adultes, qui l'aiment beaucoup." Très
ouvert, très bavard aussi, sans difficulté pour s'exprimer, Ludovic vit dans un
monde d'adultes. Les jeunes de son âge, qui n'ont jamais eu l'occasion de
côtoyer des camarades différents ne sont pas tendres avec lui. La situation
n'est pas toujours facile à vivre pour les Rouiller. "Nous connaissons
beaucoup de couples avec un enfant handicpaé qui ont craqué. Nous, ça nous a
soudés."
Après l'école primaire, Ludovic a poursuivi sa scolarisation au
cycle d'orientation. "Ils étaient dans une classe spéciale, précise
Anne-Marie, mais ils avaient des cours avec les autres élèves pour la gym,
le dessin, le chant ou les travaux manuels." A la fin du CO, les élèves
handicapés étaient sortis du système de formation classique. Depuis la rentrée
2003-2004, ils ont la possibilité de fréquenter, jusqu'à 18 ans, la classe
spéciale de stages pratiques au Centre professionnel de Martigny. "C'est
encore une fois une grande chance pour nous, avoue Anne-Marie, les
conditions sont excellentes, les professeurs sont parfaits. L'idéal serait que
Ludovic puisse continuer."
Mais le règlement est clair: en juin, il aura tgerminé sa formation et devra
trouver une alternative. Les conseillers pédagogiques ont proposé aux Rouiller
soit le Centre de formation pour jeunes adultes (CFJA) de la Fondation
valaisanne en faveur des personnes handicapées mentales (FOVAHM), à Sion, soit
le centre de l'Organisation romande pour l'intégration professionnelle des
personnes handicapées (ORIPH) à Pont-de-la-Morge, près de Sion. "Nous allons
visiter les deux pour décider lequel convient le mieux à Ludovic", ajoute
Bernard. "L'ORIPH semblerait idéal du point de vue de la formation. Le hic,
c'est qu'il y a un système d'internat. On hésite à le laisser seul avec d'autres
jeunes qu'il ne connaît pas du tout."
Article paru dans Le Nouvelliste du 16 décembre 2006. Nadia Esposito.
INTÉGRATION: Démarche unique en Suisse, la Coop engage des collaborateurs en situation de handicap pour son front de vente. Portrait avec Julie Delez de Bramois qui s’occupe du rayon chocolats et cafés dans le supermarché sédunois.
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Julie Delez adore son travail: «je range les rayons, je remplis quand
il n'y a plus de café, de chocolats.» «Quand je porte le badge, je me sens comme tout le monde» JULIE DELEZ
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Elle aime la «Star Academy», écoute Patrick Bruel et pratique la natation pour garder la forme. Julie Delez, 19 ans, est comme toutes les filles de son âge. A peu de choses près qu’elle souffre d’une légère trisomie depuis sa naissance. Après avoir passé sa jeunesse dans différents établissements spécialisés, elle travaille aujourd’hui à la Coop City de Sion, où elle s’occupe du rayon chocolats et cafés. Un modèle de réussite du projet d’intégration mené conjointement par Coop, la FOVAHM et l’association Passerelles (lire encadré "Le Valais précurseur" ci-dessous).
Julie a commencé dans le centre sédunois le 1er décembre dernier. Dans deux semaines, elle pourra décider de continuer ou de retourner dans les ateliers proposés par la FOVAHM. Cette nouvelle situation professionnelle n’est pas facile tous les jours pour la jeune demoiselle. «Des fois le soir on a mal au dos et mal partout. Mais ça va, je suis toujours en forme», raconte-t-elle d’un large sourire et d’une bonne humeur communicative. Il faut dire que ses journées sont bien remplies. «Je range les rayons, je remplace quand il manque des cafés ou des chocolats. Et des gens viennent me poser des questions pour trouver les choses.» En tant que nouvelle collaboratrice du centre Coop City, la Bramoisienne doit suivre à la lettre le règlement du magasin, à la même enseigne que tout le reste du personnel. «Je dois pas mettre les mains dans les poches. Et pas aller trop souvent aux toilettes. Et puis faut être poli, toujours dire salut, bonjour!» Une obligation qui ne dérange pas la nouvelle employée modèle. «Elle n’est pas du tout timide et très souriante. Il n’y a donc aucun souci avec les clients», constate Johnny Bonvin, gérant du magasin de Sion. «C’est une très bonne recrue, je suis très fier d’elle, comme de toute l’équipe d’ailleurs.» Une reconnaissance de la direction très importante et qui permet à ce projet d’intégration de fonctionner. «Chez nous, tous les collaborateurs sont partie prenante pour stimuler et donner confiance à ces personnes un peu différentes. Elles évoluent ainsi dans un environnement normalisant.»
Tout comme les autres employés, Julie doit porter le badge où est inscrit son nom ainsi qu’une tenue aux couleurs du magasin. Un signe très fort perçu comme une rare normalisation. «Ça m’a fait bizarre au début. Mais quand je suis avec, je me sens comme tout le monde», souligne la jeune demoiselle, émue. Si Julie et les autres handicapés travaillent au même rythme que leurs collègues pour les vacances et les congés, ils bénéficient d’un horaire quotidien légèrement plus souple. «Je commence à 7 h 30.A 9 h et 11 h j’ai une pause de vingt minutes. Et à 13 heure je dîne. Et après plus de pause jusqu’à la fin, à 4 h. On bosse plus l’après-midi mais ça motive. Et des fois je ne vois pas le temps passer, je regarde la montre et c’est déjà l’heure.» Mais ce que Julie préfère dans ce nouveau travail, c’est le contact avec la clientèle et les visites de la famille. «Des fois il y a mes parents, mes cousins cousines, mes tantes qui viennent me voir. Si je réussis le stage, je ferai la fête avec eux, car j’espère rester ici pour toujours.» Avant cela, une autre petite fête se profile pour la jolie blondinette. «Demain c’est mon anniversaire. Toute ma famille et mes amis seront là», se réjouit-elle en regardant la montre... Eh oui la pause est déjà terminée, il s’agit de se remettre à la tâche, comme une employée modèle.
Depuis le 1er octobre, Coop et la FOVAHM travaillent à l’intégration progressive de huit personnes en situation de handicap dans le magasin Coop City de Sion.
Aujourd’hui, sept d’entre elles font partie de la cinquantaine de collaborateurs que compte la partie alimentation. Elles sont toutes encadrées par un maître socio-professionnel. Une huitième les rejoindra début 2007. Cette forme d’intégration, qui a déjà été menée dans le magasin Coop à Collombey, est «unique en Suisse. Les handicapés exercent un travail les mettant en contact direct avec les clients. Ils œuvrent dans le magasin et pas uniquement dans ses dépôts. C’est dans ce sens que ce projet est vraiment nouveau», explique Jean-Marc Dupont, directeur de la FOVAHM.
Cette intégration professionnelle se fait par étape. La personne en situation de handicap fait tout d’abord un stage d’un mois. A la fin de celui-ci, un bilan est établi avec le collaborateur, ses parents, le maître socio-professionnel et la direction de la Coop. La personne peut alors décider si elle veut continuer ou retourner dans un atelier de la FOVAHM. Cette action est soutenue par l’association Passerelle qui œuvre pour l’intégration des personnes en difficulté.
Article paru dans La Tribune de Genève du 4 décembre 2006. Nadia Esposito.
Science. L’Union européenne alloue 12En accueillant à Genève les équipes de 17 chercheurs de neuf pays différents, le professeur Stylianos Antonarakis pose aujourd’hui la première pierre d’un édifice d’envergure. Le directeur du Département de génétique de la Faculté de médecine de Genève va piloter pendant quatre ans une vaste étude sur la trisomie. L’Union européenne l’a intégrée dans sa catégorie la plus ambitieuse de projets de recherche appliquée. Avec, à la clé, un budget de 12 millions d’euros. Une somme considérable, surtout en regard de la maladie en question.
«Les Etats et les fondations donnent généralement de l’argent pour le cancer ou le sida. La recherche sur la trisomiea été négligée. On pensait qu’avec le diagnostic prénatal et l’avortement, la maladie pouvait être évitée; dès lors, il n’était pas prioritaire d’investir dans la recherche. »
En réalité, la trisomie concerne une personne sur 700. «C’est dix fois plus fréquent que le sida en Europe», note le chercheur. Et c’est encore pire pour l’aneuploïdie, qui regroupe toutes les maladies dues à un chromosome de moins ou de trop dans nos cellules. Elle atteint 1% de la population et représente la première cause de mortalité infantile entre 1 et 4 ans. … Par ailleurs, cette maladie atteint chaque cellule cancéreuse. Il existe donc de nombreux types d’aneuploïdie: les monosomies (45 chromosomes au lieu de 46), les trisomies (47 au lieu de 46) et les microaneuploïdies.
Le public connaît surtout la trisomie 21, ou syndrome de Down. Le professeur en rappelle les symptômes familiers: retard mental, dysmorphie faciale, petite taille, visage aplati, anomalie du langage. … «Les trisomiques souffrent aussi souvent de maladies du cœur. Ils vieillissent plus vite et les hommes sont souvent stériles. »
Bien que les scientifiques aient désormais décrypté l’ensemble du génome humain, ils n’en ont pas encore compris tous les secrets. En 2000, Stylianos Antonarakis a coordonné le séquençage du chromosome 21. Il a découvert qu’il était le plus petit de tous avec quelque 270 gènes.
Tout l’enjeu de la recherche qui démarre aujourd’hui dans ces 9 pays est de trouver la fonction de tous ces gènes. Mais ce n’est pas tout; les gènes ne représentent que 2% du génome. Il existe d’autres régions très importantes, dites «non codantes», qu’il faut comprendre aussi. Une fois ce travail accompli, on saura mieux quels gènes et quelles régions non codantes jouent un rôle dans la trisomie. L’espoir est de trouver des médicaments capables de réguler l’expression des gènes responsables et d’intervenir avant ou juste après la naissance.
En somme, conclut Stylianos Antonarakis, cette recherche est importante à plus d’un titre. Elle représente un grand espoir pour les familles touchées. «J’espère qu’elle permettra d’améliorer leur qualité de vie», insiste le chercheur. Comme la trisomie favorise la leucémie, Alzheimer et les troubles cardiaques, l’étude permettra sûrement de mieux comprendre ces autres maladies. Enfin, elle offre à Genève la responsabilité d’un projet scientifique de grande envergure. A l’heure où la compétition est dure, y compris à l’échelon national, c’est un cadeau bienvenu.
La recherche se mènera dans neuf pays et se déploiera sur quatre ans. Pourquoi Genève a-t-elle reçu l’honneur de la piloter? «Nous avons une expertise dans ce domaine, des technologies de pointe et un personnel très qualifié», répond le professeur. Antonarakis, qui a choisi ses partenaires avec soin: «Chacun est le meilleur de sa spécialité. » Mais attention, rien n’est acquis. «L’Union garde un œil attentif sur nous. Elle demande un rapport scientifique et financier par an, commande des audits et nous fait suivre par un comité externe. »
Comment faire pour coordonner les travaux de dix-sept chercheurs établis dans neuf pays (Suisse, France, Allemagne, Italie, Espagne, Royaume-Uni, Pays-Bas, République tchèque et Israël)? Tout est prévu: des conférences téléphoniques tous les quinze jours, des rapports scientifiques chaque mois, une base de données commune à Berlin et à Naples. Il faut y ajouter, comme dans une entreprise, un «project manager», un contrôle qualité, un responsable de l’éthique de laboratoire, une personne en charge de la propriété intellectuelle et une autre pour assurer un enseignement auprès du grand public et des écoles. Il y aura aussi un comité scientifique et enfin… un médiateur «pour faire le lien entre les équipes car il y a beaucoup de grands ego parmi nous!» (sd)
L’intensité du regard dit la vivacité de la pensée. Le bleu azur pourrait être glacial. Au contraire, l’homme se révèle cordial et attentif.
On raconte que l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne aimerait l’embaucher. Mieux: il serait «nobélisable». Devant l’avalanche de compliments, l’homme reste modeste: «C’est très gentil, mais non…», esquive-t-il dans un sourire.
«D’une très grande réputation dans son domaine, il a une personnalité chaleureuse et intense qui ne laisse pas indifférent, confie son supérieur Jean-Dominique Vassalli, président de la section de médecine fondamentale. Cela ne le gêne pas de s’opposer à autrui, sur un sujet scientifique ou pour une question d’organisation. Et comme il sait, mieux que d’autres, se montrer gentil et ferme à la fois, il arrive à ses fins. Une autre qualité: il a su réunir autour de lui des chercheurs de très haut calibre. »
D’où vient ce brillant cerveau? Né en Grèce en 1951, le jeune homme étudie d’abord la pédiatrie. Vite lassé par les «choses connues», il se lance dans la recherche en génétique, «une discipline très peu à la mode à l’époque». En 1979, il rejoint l’Université John Hopkins à Baltimore, la meilleure dans ce domaine. Il y passe son doctorat et devient, deux ans plus tard, professeur assistant. En 1988, il est nommé professeur ordinaire et dirige la génétique. Un parcours rapide, reconnaît-il.
Mais l’Europe lui manque. «Parce que le café y est meilleur», résume-t-il. Parents de quatre enfants, aujourd’hui trilingues, lui et sa femme désirent les élever en Europe. Oxford, Cambridge, ils hésitent… Finalement ce sera Genève. «Aux Etats-Unis, tout était mûr. Ici, j’ai eu la chance de pouvoir créer quelque chose de nouveau. L’Université et l’hôpital m’ont beaucoup aidé. » En 1992, quinze personnes travaillaient en génétique, il y en a 65 aujourd’hui. Qu’apprécie-t-il autant en Suisse? «La formation très sérieuse des doctorants et des techniciens, en théorie comme en pratique. » Le bémol? «Il n’y a pas assez de médecins qui font de la recherche. Il est difficile de combiner laboratoire et clinique. On perd beaucoup de talents ainsi. »
Proche de la communauté grecque, Stylianos Antonarakis se dit attaché à son pays d’origine. Il fréquente assidûment l’église orthodoxe et préside l’Association hellénique de Genève, qui organise des conférences sur la langue, l’histoire, la culture du pays. Pudique, il n’en dit guère davantage.
Un bébé sur 1 250 naît chaque année en France avec une trisomie 21. Malgré les avancées législatives, l'intégration de ces enfants en milieu ordinaire se fait toujours au cas par cas, grâce à la volonté des parents et à l'amélioration du suivi par le corps médical.
«Il faut se battre en permanence mais, si nous ne le faisons pas, qui le fera ? Il y a encore trop de parents qui baissent les bras et n'imaginent pas que leur enfant puisse apprendre à lire, écrire et compter», déplore Shigeyo. Après un long combat, elle a trouvé pour sa fille Elisa, âgée de 14 ans, une place au collège, dans une classe adaptée. La nature lui a donné trois chromosomes 21 au lieu de deux. Cet accident génétique fait d'elle un enfant porteur de la trisomie 21. Jusque dans les années 70, la jeune fille aurait été considérée comme inéducable en raison de son retard mental. Sa seule perspective aurait alors été une vie en hôpital psychiatrique avec une surveillance constante, des courriers contrôlés, une promenade de temps en temps... et peu de promesses de développement individuel et de bien-être. Heureusement pour elle, les mentalités et la législation ont évolué. Elisa peut aller à l'école, sortir le soir avec ses copines du club de danse de son quartier parisien, passer ses vacances de février à dévaler les pistes de ski.
«Grâce au soutien scolaire, Elisa a pu rester dans le système classique. Si on nous en donne la possibilité, elle sera tout à fait capable d'aller au lycée. Avec un bon accompagnement, elle pourra vivre seule et travailler en milieu ordinaire», assure Shigeyo.
Et elle ne rêve pas. En raison de leur malformation génétique, ces enfants souffrent généralement d'une déficience intellectuelle, d'un retard dans le développement psychomoteur et d'une diminution du tonus musculaire dont découlent beaucoup de symptômes.
Mais, stimulées et intégrées dans la société ordinaire depuis leur plus jeune âge, les personnes porteuses de la trisomie 21 (une naissance sur 1 250 aujourd'hui) peuvent désormais gagner leur vie et mener une existence pratiquement indépendante. Leur espérance de vie, elle, augmente de 19 mois par an. En quinze ans, elle est passée de 25 à 49 ans. «Grâce à une prise en charge médicale précoce et assez intensive, ces enfants peuvent devenir autonomes», confirme le Pr Lacombe, chef de service de la consultation trisomie 21, créée en janvier 2006 au CHU de Bordeaux. Cette consultation, affiliée au service génétique, propose une prise en charge globale des enfants afin d'évaluer leurs besoins : orthophoniste, psychologue, dentiste, médecin... «La prise de conscience remonte à seulement dix ou quinze ans. Avant, il semblait par exemple aberrant de leur proposer des séances d'orthophonie avant qu'ils ne parlent. Nous espérons que le maximum d'entre eux pourront être intégrés aussi bien socialement que professionnellement», poursuit le médecin.
C'est grâce à l'énergie incroyable de parents refusant la fatalité que ces avancées ont été rendues possibles. Ils n'ont qu'un seul credo, l'intégration des enfants porteurs de la trisomie 21 dans la société, et notamment à l'école «de tous». Un lieu facteur de socialisation, mais aussi d'apprentissage. «Pour les parents, la trisomie n'est pas vécue comme une maladie. Il n'y a pas de traitement, pas tant de soins que ça. Il faut intégrer les enfants, être le plus ordinaire possible. Nous savons que ces enfants ne feront pas d'études normales, mais nous voulons avoir le choix le plus longtemps possible entre une scolarisation classique ou spécialisée», insiste Xavier, le papa de Marianne, 3 ans. Professeur de sciences politiques et militant, il a fondé en 2004 l'antenne parisienne de l'association Trisomie 21, nouvelle appellation du Geist 21, le Groupement d'études pour l'intégration sociale des personnes porteuses de trisomie 21. La fédération Trisomie 21-France, anciennement Fait 21, a entamé cette démarche il y a trente ans et fait figure de pilier.
C'est seulement depuis la loi du 11 février 2005 pour l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées, que l'école, le collège et le lycée sont accessibles de plein droit à tous les jeunes en situation de handicap. Leur inscription scolaire en milieu ordinaire est désormais rendue obligatoire. Les enfants sont relativement bien accueillis en école maternelle, surtout s'ils bénéficient de l'accompagnement d'une assistante de vie scolaire. En école élémentaire, ils rejoignent le plus souvent une classe d'intégration scolaire (Clis) animée par un enseignant spécialisé. Ils y bénéficient d'un programme individualisé adapté, mais peuvent à certains moments participer aux activités des classes normales. Le parcours se complique au collège et au lycée, où les classes intégrées, appelées unités pédagogiques d'intégration (UPI), sont plus rares. Faute de place, ces élèves se retrouvent encore trop souvent orientés en institut médico-éducatif (IME), et n'ont alors plus que très peu de contacts avec le milieu ordinaire.
«Malgré la loi, l'intégration à l'école dépend encore beaucoup des académies et des circonscriptions, où certaines personnes partagent plus ou moins ces valeurs. Et les enseignants ne sont pas toujours assez formés sur les besoins spécifiques de ces enfants», reconnaît Bernadette Céleste, maître de conférence en psychologie du comportement à l'université Paris-X et auteur de l'ouvrage Le Jeune Enfant porteur de trisomie 21. Selon elle, l'intégration ne doit pas se limiter à l'école mais s'étendre à tous les lieux d'apprentissage social : le club de sport, l'école de musique, le centre de loisirs... «à condition que les adultes aident les enfants à communiquer entre eux et leur montrent qu'il est possible de faire des choses ensemble».
Mais, pour Bernadette Céleste, pas question non plus de faire de l'intégration forcée. «Vers l'âge de 6 ans, les enfants commencent à construire leurs repères. Ils doivent donc bénéficier à la fois de relations avec des enfants comme eux et des enfants ordinaires. Il leur faut sortir du cocon social offert par le milieu ordinaire, où tout le monde est généralement très gentil avec eux, car la vie ne leur fera pas de cadeaux.»
La mixité, c'est le pari d'Eric, le papa d'Eva et de Pauline, deux jumelles âgées de 8 ans. Si, en découvrant ses filles à la maternité, il s'est demandé «si on ne s'était peut-être pas trompé de bébés», il a décidé de se battre à leurs côtés et refusé de les voir toujours mises un peu à l'écart.
Alors, en mars 2005, il a fondé une antenne du centre de loisirs pluriels dans le XIXe arrondissement de Paris. Le mercredi et durant les vacances, ses filles et d'autres enfants porteurs de handicap y font les 400 coups avec des enfants valides. «J'étais fatigué de me battre en permanence pour faire valoir les droits de mes filles. La vie, c'est aussi du plaisir. Chez nous, on joue. Et je pense que c'est le meilleur moyen de convaincre les gens des capacités de tous ces enfants», se félicite-t-il. Et ça marche ! Pour intégrer la structure associative, qui ne compte qu'une cinquantaine de places, la liste d'attente est longue, autant pour les enfants porteurs de handicap que pour les autres enfants. «Les enfants valides représentent la société de demain. Si, devenus adultes, ils font avancer un dossier ou donnent la priorité à une personne handicapée, ils n'auront pas fait que jouer, j'aurai oeuvré à une meilleure connaissance mutuelle», ajoute Eric.
Mais les préjugés ont la vie dure, et le regard des autres reste parfois douloureux. «Mon petit garçon s'est fait des copains à l'école, qu'il a déjà invités à la maison. Lui, par contre, n'est jamais invité aux goûters d'anniversaire de ses copains. Les parents ne doivent pas oser», lâche pudiquement la maman de Jordan, 5 ans et demi.
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Dernière modification: 05 September 2009 |
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