Éducation Précoce
La prise en charge des enfants atteints de trisomie dans les tous
premiers mois de la vie permet d'obtenir des progrès considérables sur
les plans du développement du langage et du comportement. Pour mener à
bien cette prise en charge, il est nécessaire d'établir un véritable
partenariat entre la famille et les acteurs de la rééducation.
Protrusion linguale
Article publiée par l'Association de Parents d'Enfants trisomiques 21
(APEM-T21) en Belgique.
Karen Henderson Orthophoniste, Cheeverstown House, Templeogue, Dublin
Traduit avec l’autorisation de « Down Syndrome Ireland », winter 2004,
5-6. Traduction : M.N. Vanherle
La protrusion linguale est intimement liée au Syndrome de Down et
régulièrement citée parmi ses caractéristiques. On a toujours pensé
qu’elle avait pour cause la présence d’une macroglossie importante, mais
on penche aujourd’hui davantage pour l’hypothèse d’une combinaison de
facteurs physiques et de développement propres à chaque individu.
Les mouvements de la langue doivent être envisagés dans le contexte du
corps tout entier. Toutes les parties du corps sont liées ; ainsi, des
facteurs susceptibles d’influencer le développement moteur « normal »
dans une partie du corps peuvent également affecter la bouche. Pour
progresser dans ses mouvements et ses capacités, il faut avoir un tronc
stable. Sans cette stabilité, notre fonction est affectée. Prenons le
cas d’un bébé : les mouvements de son corps, d’abord incontrôlés et
aléatoires, deviennent plus organisés lorsque le bébé apprend à
maîtriser les différentes parties de son corps. Une fois la stabilité du
tronc acquise, des parties du corps telles que les bras, les jambes et
la tête peuvent exécuter des mouvements plus précis. Par exemple, avant
qu’un enfant puisse toucher un objet et le prendre en main, il doit
acquérir le contrôle de ses épaules et de son tronc.
Suivant le même schéma, la stabilité orale dépend de la stabilité du cou
et des épaules, qui dépend à son tour de celle du tronc et du bassin. La
stabilité de la mâchoire permet de contrôler les mouvements de la langue
et des lèvres, et c’est en développant les mouvements de la langue que
l’enfant va commencer à sentir de lui-même la place naturelle de la
langue dans sa bouche (par ex. au milieu).
Il ne faut jamais oublier que tous les enfants porteurs d’une trisomie
21 n’ont pas la langue qui sort, mais que cela fait également partie des
premières phases du développement. S’il y a accentuation ou persistance,
un ou plusieurs des facteurs suivants peuvent être en cause :
- Bébés, les enfants porteurs d’une trisomie 21 tètent plus
difficilement et apprennent à maîtriser le flux de liquide en
sortant la langue.
- Les personnes porteuses d’une trisomie 21 ont un palais dur plus
petit et plus courbé ; leur langue se trouve donc dans un espace
plus restreint que la moyenne.
- Le tonus musculaire de leur langue est inférieur à la moyenne.
Elle paraît dès lors plus large parce qu’elle est plus molle. Les
mouvements de la langue dépendent de l’action de toute une série de
muscles dans la bouche ; ils interviennent dans la déglutition, la
respiration, la mastication et la parole. Les personnes porteuses
d’une trisomie 21 ont du mal à produire et à coordonner les
mouvements nécessaires au contrôle de la langue.
- Au cours du développement, la langue pousse à un rythme
différent des autres parties du visage telles que la mâchoire, ce
qui explique que durant les premières années, la langue se trouve
placée dans le haut de la bouche, à l’avant. Ce facteur, associé à
un espace oral restreint et à un faible tonus musculaire de la
langue, peut avoir pour conséquence une protrusion linguale.
- Les muscles de la langue corrigent et ajustent constamment la
position de la langue dans la bouche, en se basant sur les
informations sensorielles qu’elle reçoit. Beaucoup d’enfants
porteurs d’une trisomie 21 ont des difficultés à recevoir et à
intégrer les données sensorielles, et acquièrent ces aptitudes plus
tard, parfois de façon incomplète. Par conséquent, ils ne
s’aperçoivent pas toujours que leur langue sort.
- La protrusion linguale peut également venir d’une incapacité à
faire bouger la mâchoire indépendamment de la langue. C’est une
aptitude que l’on acquiert au fil du temps et qui dépend de la
stabilité de la mâchoire. Sans celle-ci, lorsque la mâchoire
inférieure s’abaisse, la langue sort.
- La protrusion linguale peut résulter d’une obstruction partielle
des voies respiratoires due à des végétations ou à des amygdales
gonflées, fréquentes chez les personnes porteuses d’une trisomie 21.
- La capacité à corriger soi-même une protrusion linguale
nécessite un certain degré de discernement et de motivation. Ce
contrôle sur soi ne se développe pas toujours complètement ou peut
survenir bien plus tard, en fonction de l’âge de l’enfant et de son
niveau de développement.
- Les infections des voies respiratoires supérieures, obstruant le
nez de l’enfant, peuvent le forcer à respirer par la bouche plutôt
que par le nez. Lorsque l’on respire par la bouche, la mâchoire
s’abaisse et la langue n’est plus retenue à l’intérieur de la
bouche. Les infections peuvent être provoquées par des infections de
l’oreille moyenne, fréquentes chez les personnes porteuses d’une
trisomie 21 et se développent en raison d’un dysfonctionnement de la
trompe d’Eustache, située à l’arrière de la gorge et reliée à
l’oreille moyenne (son rôle est d’équilibrer la pression de l’air
des deux côtés du tympan). Si les muscles entourant l’entrée de la
trompe ont un faible tonus, des écoulemrnts se répandant rapidement
peuvent pénétrer dans l’oreille moyenne et provoquer une infection.
- Beaucoup d’enfants porteurs d’une trisomie 21 présentent un
retard de développement moteur et ne présentent par conséquent pas
de base stable sur laquelle se développent les aptitudes motrices
orales.
En travaillant avec des enfants porteurs d’une trisomie 21, j’ai pu
constater que la protrusion linguale représente généralement une phase
transitoire souvent liée à des périodes de poussée dentaire ou
d’infections de la gorge. Les cas de persistance reflètent un tonus
musculaire général bien inférieur à la moyenne et, par conséquent, un
plus grand retard au niveau du développement moteur oral. Ces enfants
ont besoin de plus de temps pour acquérir la faculté de se nourrir et de
boire, ce qui se manifeste par une réticence à passer d’aliments
quasi-liquides à des aliments en morceaux, et par un retard dans
l’aptitude à mordre et à mâcher. Ces deux actions nécessitent des
mouvements de mâchoire plus complexes et la capacité de bouger la langue
dans de nombreuses directions. C’est en encourageant l’enfant à mordre
et à mâcher sans danger qu’il progressera à son rythme dans ces deux
domaines.
Du point de vue du développement moteur oral, un certain nombre
d’objectifs sont envisageables. Même si le premier est d’améliorer les
aptitudes motrices orales, il y aura une réaction en chaîne au niveau de
l’alimentation et du développement du langage. Evaluez le niveau de
développement de votre enfant et voyez avec l’orthophoniste, le
physiothérapeute, l’ergothérapeute les étapes à travailler. Pour réduire
la protrusion linguale, votre enfant devra acquérir en tout ou en partie
les aptitudes suivantes :
- base centrale stable (c’est-à-dire, contrôle du tronc, de la
tête, etc.)
- augmenter le tonus musculaire de la bouche et du visage
- augmenter la sensibilité de la bouche
- affiner le mouvement des lèvres
- affiner le mouvement de la mâchoire
- affiner les mouvements de la langue
Comme vous pouvez le constater, de nombreuses choses peuvent être à
l’origine d’une protrusion linguale. Pour beaucoup d’enfants porteurs
d’une trisomie 21, ce n’est qu’un symptôme du retard de développement
généralisé qu’ils connaissent. Il est dès lors essentiel de procéder à
une évaluation complète afin d’assurer que l’on a choisi le moyen de
remédiation approprié. Il serait peu indiqué de travailler des aptitudes
que l’enfant n’a pas les facultés de maîtriser. Chez les enfants non
porteurs d’une trisomie 21, ces aptitudes motrices orales sont
généralement acquises avant 24 mois, mais étant donné le retard de
développement probable de votre enfant et ses difficultés dues à un
faible tonus musculaire, commencer des activités à cet âge risque
d’échouer. Chaque enfant présente un tableau clinique différent, c’est
la raison pour laquelle chaque thérapie entreprise devrait être adaptée
à l’individu. Il est très important de consulter un orthophoniste, un
ergothérapeute, un physiothérapeute afin d’avoir une vue d’ensemble du
développement physique, sensoriel et moteur oral de votre enfant, et
évaluer la nécessité de travailler au niveau de ceux-ci. Ces
spécialistes seront les plus à même de vous guider au fil du processus.
Si vous n’avez pas la possibilité de rencontrer des thérapeutes, vous
pouvez néanmoins suivre les suggestions ci-dessous. Proscrivez les
exercices si votre enfant présente une des situations suivantes :
végétations/amygdales gonflées, poussée dentaire, infections de la gorge
ou des voies respiratoires, etc. Choisissez un ou deux exercices pour
commencer, mais sachez que vouloir excécuter tous les exercices en une
séance peut être néfaste. Il arrive que les adultes soient excessivement
enthousiastes, et si l’enfant est incapable de coopérer aux exercices il
risque de se fermer à toute forme d’intervention à plus long terme.
C’est pourquoi vous devez absolument connaître les forces et les
faiblesses de votre enfant et le féliciter pour chaque tentative
effectuée. Certains enfants auront besoin de nombreuses séances
d’exercices et de démonstrations très claires pour bien comprendre ce
qu’ils doivent faire. Observez votre enfant et notez les situations où
sa langue sort, ce qu’il est en train de faire quand cela se produit,
combien de temps cela dure, s’il se corrige de lui-même, etc.
Soyez patient et prêt à recommencer l’activité de nombreuses fois.
Atteindre l’objectif fixé peut prendre du temps. Mais retenez avant tout
que cette activité doit être amusante !
Idées pratiques pour développer la sensibilité et le tonus
musculaire de la bouche :
- Ne faites pas toutes les activités en une fois.
- Ne lancez pas ces activités au moment du repas car cela pourrait
entraîner une aversion par rapport à la nourriture.
- Faites-lui faire ces exercices sur de courtes périodes de temps.
- Parlez tout au long de l’exercice, à chaque étape.
- Adoptez tous deux une position décontractée et confortable.
- Placez votre enfant dans une position stable et soutenue.
- Éliminez toute source de distraction potentielle telle que
télévision, radio, autres personnes etc.
- Faites des pauses pour que l’enfant puisse avaler la salive
accumulée.
- Ces exercices peuvent se faire à n’importe quel moment de la
journée, par exemple au moment du bain ou du séchage (en utilisant
un essuie, une éponge, un gant de toilette, etc).
- Renoncez-y si votre enfant est enrhumé.
- Interrompez la séance si votre enfant se montre stressé.
- Si votre enfant est sensible autour de la bouche, préparez-le
avant de faire un geste vers son visage. Avec des gestes lents et
fermes, caressez ses mains, ses bras, ses épaules, son corps et sa
nuque en utilisant un tissu un peu rêche (par ex. un essuie).
- Avec des gestes fermes, toujours avec le même tissu, commencez
par les côtés du visage, le front et le menton et progressez vers le
milieu du visage.
- Massez les joues en mouvements circulaires, en insistant sur la
zone près de la bouche.
- Avec deux doigts, maintenez fermement les lèvres inférieure et
supérieure closes. Tenez deux ou trois minutes, puis relâchez.
- Avec des mouvements fermes, appuyez sur la zone entre le nez et
la lèvre supérieure tout en poussant d’un doigt la lèvre inférieure
vers le haut.
- Avec le pouce et l’index, tirez la lèvre supérieure vers le bas,
en commençant juste sous le nez et en progressant vers la lèvre
(sans toutefois la toucher). Procédez de même avec la lèvre
inférieure, en partant du menton vers la lèvre. Soutenez le menton
si nécessaire.
- Maintenez les lèvres serrées en appuyant un index sous le nez et
l’autre sous la lèvre inférieure – faites tourner les doigts vers
les lèvres.
- Introduisez petit à petit des saveurs plus prononcées dans
l’alimentation de votre enfant :
- plats au curry, sauces chinoises, chips à l’ail, vinaigre, aïoli,
sauce Worcester, ketchup, etc.
- fruits et yaourts sûrs ou amers, kiwis, citrons, fruits des bois,
pamplemousses, airelles, etc.
- aliments très froids : glaces, glaçons
- Jouets qui font appel aux sens : balles avec reliefs (« Bumble
balls »), anneaux de dentition avec textures différentes / vibrants,
etc.
Idées pratiques pour exercer la mâchoire et la langue
- Lorsque vous nourrissez votre enfant à la cuillère, présentez-la
en diagonale dans la bouche, de façon à ce que la nourriture soit
placée au centre
- Pour stimuler la mastication et les mouvements latéraux de la
langue,
- Pour commencer, choisissez un moment où votre enfant est calme.
- Évitez de faire ces exercices au moment du repas.
- Utilisez des objets tels que des anneaux de dentition (striés,
etc.),
des aliments qui ne se décomposent pas en bouche (aliments durs que
l’on peut mâcher sans qu’ils se cassent, fruits secs : morceaux de
banane, de pêche, abricots ; bâtons de réglisse, etc.)
- Posez l’objet dans la bouche, entre les dents, le long de la
mâchoire mais veillez à ne pas étirer les lèvres. Ne placez pas
l’objet trop loin pour éviter que votre enfant n’aie des
haut-le-cœur.
- Commencez par le bon côté puis passez à l’autre.
- Si votre enfant ne mâchonne pas l’objet, retirez-le légèrement et
avec douceur, ou poussez-le vers le bas.
- Lorsque vous sentez que votre enfant n’a plus de difficulté à
mordre un objet, faites de même avec des aliments. Commencez avec
des aliments qui se dissolvent (boudoirs, meringues, Snax etc.).
- si votre enfant n’en casse pas un morceau avec ses dents,
détachez vous-même un morceau pendant qu’il le mâche. Ne forcez pas
votre enfant à manger des aliments que sa bouche n’est pas prête à
recevoir.
- Au fil du temps, utilisez des aliments plus élastiques.
- Activités de souffle encourageant la rétraction de la langue :
- souffler dans un sifflet
- souffler des bougies
- faire des bulles
- souffler sur des boules d’ouate ou des balles de ping-pong afin de
les faire rouler sur
une table
Les exercices faciliteront également le souffle
- Soutiens nécessaires au langage :
- boire avec une paille est également un bon exercice. Assurez-vous
que l’enfant emprisonne bien la paille entre les lèvres plutôt
qu’avec les dents. Cet exercice permet également le travail des
muscles faciaux, les mouvements des lèvres, leur renforcement, la
fermeté de la mâchoire, une plus grande autonomie au niveau de
l’alimentation.
Idées pratiques pour exercer les mouvements des lèvres
- Devant un miroir, faites des « houou » (comme les fantômes, les
hiboux, les singes, le vent, etc.) et des « hiii » (comme des souris,
etc.) en exagérant le mouvement des lèvres. Vous devrez peut-être
pousser légèrement les lèvres d’une position étirée (comme pour un
sourire) à une position ronde (comme pour un baiser).
- Faites-lui faire des bisous. Vous devrez peut-être pousser légèrement
les lèvres d’une position étirée à une position ronde. Mettez du rouge à
lèvres ou du maquillage de grimage et faites lui faire des marques de
bisou sur un miroir, un mouchoir en papier, une feuille, etc.
- Aspirez à l’aide d’une paille. Emprisonnez fermement la paille entre
les lèvres.
- Faites des bulles, soufflez sur des boules d’ouate pour les faire
avancer, soufflez dans un sifflet ou un mirliton, faites des bulles dans
l’eau avec une paille, etc.
Travail de la communication, du langage oral et écrit avec des enfants
porteurs d’une trisomie 21 dans le cadre d’un service d’aide précoce (de 0 à
8 ans)
Article publiée par l'Association de Parents d'Enfants trisomiques 21
(APEM-T21) en Belgique.
Colette ANSENNE, logopède, Service d’aide précoce APEM -T21, Liège.
sapapem2@belgacom.net
Françoise FETTWEIS, logopède, Service d’aide précoce APEM -T21,
Verviers.
sapapemverviers@apem-trisomie21.be
INTRODUCTION
Comme le mentionnent le professeur Rondal et bien d’autres
spécialistes dans différents ouvrages, les importantes et persistantes
difficultés de langage chez l’enfant porteur d’une trisomie 21
commencent à être bien connues. Elles sont correctement décrites dans
une littérature spécialisée.
Partant du postulat que le langage n’émerge pas du néant mais
d’une interaction qu’il faut préparer et développer, nous allons
tenter aujourd’hui de vous faire saisir l’importance des stimulations
précoces à apporter au nouveau-né. Notre intervention consistera donc à
définir notre approche pratique et spécifique face aux données
théoriques définies par les chercheurs.
Lors de nos premières rencontres avec la famille, notre principal
souci est d’amener les parents à prendre conscience de l’importance de
la relation, des interactions à créer avec leur enfant.
Nous insistons sur l’intérêt d’observer chez leur petit des attitudes
communicatives, même subtiles ou rudimentaires mais qui seront les
fondations de son futur langage.
Face au handicap de leur enfant et au désarroi lié à cette annonce,
nous constatons souvent que des attitudes élémentaires et/ou spontanées
dans leurs premiers contacts avec celui-ci sont omises par les parents.
LES MECANISME DE BASE DE LA COMMUNICATION ET DE LA CONVERSATION A UN
NIVEAU NON VERBAL
Dès sa naissance, l’enfant perçoit les sons et les bruits produits
autour de lui et notamment la voix humaine. Sur le plan visuel, on sait
que la distance à laquelle le nouveau-né voit le mieux est de plus ou
moins 20 cm (distance entre les yeux de la mère et ceux de l’enfant
lorsqu’il est dans ses bras.) Si ces fonctions sont présentes dès la
naissance, il s’agira de les stimuler de façon à ce que l’enfant les
utilise dans un contexte de communication. Lorsque bébé pleure, crie ou
produit des bruits de bouche, l’adulte s’approche de lui et tente
d’interpréter et de satisfaire ses besoins ou de supprimer son
inconfort. C’est ainsi que l’on donnera à boire au bébé, qu’on changera
son lange ou encore que l’on prendra du temps pour rester à ses côtés
pour lui parler, jouer avec lui…Et alors très rapidement l’enfant fera
le lien entre le stimulus et la réponse apportée (je pleure, je
crie→maman arrive).
C’est ici que notre rôle prend toute son importance puisqu’on attire
l’attention des parents sur cette façon qu’a l’enfant d’établir ses
premières communications avec son entourage.
Il est important de favoriser et d’enrichir cette relation réciproque
au moyen d’activités simples qui prennent place dans le quotidien de
l’enfant. Les repas, le moment du bain ainsi que le change du bébé sont
des situations répétitives qui sont définies par des cadres et des
règles. Ces activités quotidiennes vont permettre à l’enfant de prendre
des points de repère, de mémoriser les séquences et enfin de les
anticiper. Dès lors, il devient partenaire actif et acquiert
progressivement le sens de la convention. Ex : bébé s’agite quand il
voit maman mettre le bavoir, préparer le biberon, faire couler l’eau du
bain parce qu’il sait ce qui va suivre. Avant d’aller dormir nous disons
bonsoir à papa, à tous les amis… c’est ainsi que le rituel du coucher va
s’installer et sécuriser l’enfant puisqu’il peut prévoir l’avenir
proche.
Nous insistons auprès des parents à être attentifs à guider l’enfant
dans son comportement sensoriel (regarde, écoute, prends, tiens, sens !)
et particulièrement sur l’intégration des stimuli tactiles, visuels et
auditifs En effet, les relations entre vision, audition et motricité
peuvent être considérées comme un mécanisme essentiel de l’acquisition
du langage.
Communication par le toucher
Il s’agit d’une forme de communication très primitive
puisque l’on acquiert ce sens avant tout autre. En effet, déjà dans le
ventre de sa mère, l’enfant réagit aux stimuli du toucher. Il commence à
recevoir câlins et caresses dès la naissance. Il se met ensuite à
explorer son environnement par le toucher. Le toucher a donc beaucoup
d’intérêt : importance du massage bébé, calmer un enfant en le prenant
dans les bras…
Stimulations visuelles
Les contacts oculaires
Nous savons qu’il est difficile d’accrocher le regard du
bébé porteur d’une trisomie 21 et que, si l’on y parvient, la durée de
ce contact oculaire est brève. Nos observations cliniques qui
corroborent de nombreuses études (J.A. Rondal et S. Vinter) ont
également démontré qu’au moment où l’enfant ordinaire diminue ses
contacts oculaires avec la mère pour commencer à s’intéresser à son
environnement, l’enfant porteur d’une trisomie 21 découvre la relation
face à face avec sa mère. « Chez l’enfant porteur d’une trisomie 21, le
contact oculaire est lent à se mettre en place et il est de faible
durée. Ce délai observé traduit, selon Rondal (1986), une maturation
plus lente de la zone maculaire et une hypotonie relative des muscles
des yeux. » (S.Vinter, 2003).

Nous avons pu observer des contacts œil à œil mère-enfant très
intenses chez des enfants de plus de 12 mois. Cet intérêt à fixer les
visages serait probablement lié à une lenteur du décodage perceptif et à
un temps d’habituation assez long. Ces comportements sont souvent
favorisés et même renforcés par les adultes satisfaits de l’intensité de
cette communication. Le sourire apparaissant plus tardivement chez
l’enfant porteur d’une trisomie 21, quand il est là, les parents
souhaitent en profiter un maximum.
L’exploration visuelle de l’enfant est restreinte. Il préfère
regarder sa maman plutôt qu’un objet.
L’installation du contact oculaire est importante, elle doit
se faire :
- D’abord vis-à-vis de la mère qui sera attentive :
- à mettre son visage dans le champ visuel du bébé pour
installer une relation privilégiée à deux en face à face, en vis
à vis
- à saisir toute occasion pour établir et rétablir ce contact
par les yeux(garder le contact même s’il y a déplacement, suivre
du regard sa maman)
- à capter tout signal, si fugace soit-il, émanant de l’enfant
afin de lui donner un sens et y répondre
- Progressivement ce dialogue centré sur la mère doit se déplacer
vers l’extérieur afin que l’enfant parte à la découverte visuelle du
monde environnant (découverte favorisée par la position assise).
Dans la pratique, nous suggérons aux parents :
- de varier les stimulations visuelles : proposer
différents objets attrayants (colorés et lumineux) tout en les
nommant pour l’enfant
- d’inviter l’enfant à poursuivre visuellement un objet
- d’inciter l’enfant à suivre les déplacements : non
seulement avec les yeux mais aussi avec la tête. Cette poursuite
sera entraînée dans les différents plans (horizontaux et verticaux),
en variant la distance à laquelle l’objet est présenté. Apprendre à
suivre du regard lorsque l’objet part de lui ou vient à lui. Par la
suite, il est souhaitable d’amener l’enfant à prédire le mouvement
d’un objet qui se déplace (derrière un écran). Cet exercice
constituera une étape vers la permanence de l’objet.
- de jouer à cacher un objet qu’il découvrira en
soulevant l’écran.
Dès que le bébé regarde un objet, la mère suit son regard à la trace,
ce qui permet les CO-ORIENTATIONS VISUELLES.
Quand les deux partenaires centrent leur attention sur un objet commun
c’est L’ATTENTION CONJOINTE qui va aboutir à l’action conjointe
car la mère et l’enfant agissent ensemble sur les objets de
l’environnement.
Le résultat est que l’enfant arrive à saisir le rapport qui existe dans
le parler de l’adulte entre certains objets, personnes et événements et
certaines séquences. On montre du doigt à l’enfant telle ou telle chose
en disant « tu as vu », « regarde ». On note également un retard de
l’attention conjointe chez l’enfant porteur d’une trisomie 21 : il
s’intéresse peu aux objets qui l’entourent et, lorsqu’il en tient un, il
ne peut porter de l’intérêt à un autre. Ceci peut être relié à la
lenteur de la construction de sa connaissance du monde.
Le pointage
Comme l’écrit S. Vinter (1995), ce schème sensori-moteur suit
l’attention conjointe. Le fait que l’enfant pointe l’index en direction
d’un objet avec quelques vocalises est un prédicteur gestuel du
développement du langage de l’enfant.
Quand l’enfant coordonne geste-regard et vocalisation il peut
désigner l’objet et opérer en même temps les premières différenciations
: ici/là, moi/toi, etc … Montrer du doigt, c’est utiliser un geste
signifiant l’intention de l’enfant et l’objet désigné pour autrui. Mais,
chez l’enfant porteur d’une trisomie 21, l’expression de l’intention
n’est pas toujours aussi aisément décodable ; il est nécessaire de bien
observer l’enfant afin de traduire et de donner un sens à certains
mouvements et comportements.
Pour amener le jeune enfant au pointage, il faut attirer le regard de
celui-ci et, lorsque l’on s’adresse à lui, au préalable on l’interpelle
par son prénom ou lorsqu’on lui donne quelque chose, on s’assure d’abord
qu’il nous regarde. « Appeler » l’enfant avant d’agir, comme pour capter
son attention, est une démarche importante.
La notion de permanence
Au cours de la découverte des personnes, objets et événements
inconnus, l’enfant va assez vite reconnaître la personne la plus
importante de son entourage, sa mère, qui constitue pour lui une figure
stable et rassurante. Par la suite, il reconnaîtra d’autres personnes et
objets à qui il attribuera une stabilité et une permanence.
Au même titre que la référence, la permanence de l’objet est
importante pour l’apprentissage du langage et surtout du vocabulaire.
On donne des « étiquettes », on parle en référence à des personnes, des
objets,… et ceux-ci existent, continuent d’exister même s’ils ne sont
pas présents dans l’environnement proche. Bien entendu, il faudra encore
retenir les appellations données à ces entités stables.
Pour arriver à l’installation progressive de la notion d’objet
permanent et du début de la représentation mentale des objets et de
leurs déplacements, les professionnels seront attentifs à exercer
l’intégration visuo-motrice, l’exploration de l’environnement, la
solution de petits problèmes et les stratégies de recherche d’objets
cachés ou disparus, ceci en tenant compte du handicap mental qui
ralentit cet apprentissage.
Remarque : on note une meilleure compétence du canal visuel
chez l’enfant porteur d’une trisomie 21 par rapport au canal auditif.
Stimulations auditives
Il est important d’intéresser l’enfant au monde sonore qui l’entoure
afin de développer son canal auditif. Ainsi serons nous attentifs aux
réactions des petits par rapport à différents stimuli auditifs et
sensibiliserons les parents qui sont parfois peu vigilants ou trop
habitués. Une bonne audition est la base du développement du langage (on
parle en reproduisant, en imitant ce que l’on entend).
A ce niveau, il est essentiel de rappeler que l’enfant porteur
d’une trisomie 21 est sujet à présenter une perte auditive.
64% des enfants porteurs d’une trisomie présentent une perte auditive
bilatérale et 14% une perte unilatérale.
Nous connaissons tous leur sensibilité aux agents infectieux. Ils
présentent de nombreux rhumes et otites répétitives qui finissent par
atteindre l’oreille moyenne. Sachant très bien les effets des otites
chroniques sur le développement du langage, un dépistage auditif
systématique doit être proposé aux jeunes enfants.(au S.A.P. période clé
à 1 an, période où s’installe le langage, et il a lieu avec un médecin
habitué à l’auscultation du jeune bébé porteur d’une trisomie 21).
Il s’agit d’une audiométrie comportementale réalisée au service ou en
milieu hospitalier en présence des parents et de la logopède qui suit la
famille. L’observation du comportement de l’enfant nous donne une idée
de ce qui se passe « à l’intérieur ».
Par exemple :
- pas de réflexe cochléo-palpébral → suspicion d’otite
séromuqueuse
- pas de réponse, de recherche → présence de bouchon , etc…
ces 2 observations sont souvent confirmées par l’auscultation
Les stimulations auditives seront abordées de manière à :
- apprendre à l’enfant à y répondre (avec le corps, la
voix, le sourire)
- encourager l’enfant à les intégrer auditivement et
visuellement (il tournera les yeux, puis la tête et les yeux
vers la source sonore)
- entraîner l’attention à la voix humaine (par l’arrêt d’un
jeu, réagir quand on lui parle , ou en répondant à son prénom, par
exemple)
- inviter l’enfant à produire des bruits.
On installe aussi à cette époque la prise de tour de parole et le
début de la conversation. On parle chacun à son tour et non pas
ensemble, on laisse du temps à l’enfant pour répondre aux vocalisations
et lui, progressivement, espacera quelque peu ses vocalisations pour
permettre à l’adulte de répondre.
Ces échanges pourront se faire suivant :
- un mode vocal mais pas nécessairement verbal (production de sons
avec mélodie et intonation sans sens)
- un mode gestuel (échanges de petits jeux de mains par exemple)
chansons à gestes(les marionnettes), gestes sociaux(au revoir,bravo),
apprendre à faire « oui »et « non » de la tête.
- ensuite un mode verbal
L’alternance des rôles est un fondement communicatif ; l’enfant
sera d’autant meilleur imitateur que l’on aura imité ses productions
vocales, verbales ou gestuelles.
REMARQUE

(d’après S. Vinter, 1995)
Les enfants porteurs d’une trisomie 21 ont beaucoup de difficultés à
mettre en place l’alternance des rôles (cfr. graphique). Ces enfants
vocalisent pendant que la mère parle.
Pourquoi ?
- difficultés d’inhibition de l’enfant porteur d’un handicap ?
- non respect chez l’adulte du temps de latence nécessaire à
l’enfant pour répondre?
- les adultes ont tendance à parler à leur place car ils ne les
croient pas capables d’énoncer leur intention ?
Les productions vocales des enfants porteurs d’une trisomie sont
moins nombreuses et plus stéréotypées→ nous avons des difficultés à les
imiter.
On note des déficits de l’imitation spontanée chez ces enfants.
COMMUNICATION GESTUELLE
Au début des années 90 au sein de l’équipe du SAP (Service d’Aide
Précoce), les professionnels sont de plus en plus interpellés par les
difficultés de communication rencontrées chez les enfants porteurs d’un
handicap mental.
Dans un souhait d’apporter à l’enfant et à tout intervenant une
technique adaptée au développement de la communication, plusieurs
démarches sont effectuées. Au terme de celles-ci, nous choisissons
d’utiliser au sein de l’APEM-T21 la méthode de communication gestuelle
Sésame.
En Belgique, il existe plusieurs codes gestuels :
- dans la partie néerlandophone du pays → SMOG (pour handicapés
mentaux)
- pour les enfants IMC → COGHAMO
- pour les déficients auditifs, il s’agit de la langue des signes
telle que pratiquée au CFLS (= centre francophone de la langue des
signes)
Il existe également le « Sésame » qui propose en grande partie les
signes du CFLS mais également des signes simplifiés, adaptés aux
difficultés motrices et intellectuelles de notre population. Notre
souhait est d’obtenir une uniformité dans l’utilisation d’un moyen de
communication gestuelle et ce auprès des personnes handicapées mentales
de la partie francophone du pays. Ces signes sont répertoriés dans 2
syllabi reprenant plus ou moins 1000 mots. Ceux-ci sont disponibles pour
les personnes utilisant cet outil de communication.
Pourquoi une communication gestuelle ?
- le canal visuel est plus développé que le canal auditif
- les signes sont plus aisément reproduits que les mots car les
enfants maîtrisent mieux et plus vite la motricité de la main que
celle des organes phonateurs
- ce moyen de communication, utilisé plus précocement que le
langage verbal, permet à l’enfant de devenir actif et d’entrer en
relation avec son entourage de façon plus satisfaisante
- de nombreuses études ont démontré que l’utilisation d’une
communication gestuelle favorisera le développement du langage oral
A qui s’adresse la méthode sésame ?
Sésame est une méthode de communication gestuelle qui s’adresse à des
personnes ayant un handicap mental modéré, sévère ou profond.
- celles qui n’ont pas de langage articulé mais qui possèdent la
compréhension de ce langage
- celles dont le langage articulé est difficilement compréhensible
- celles qui n’ont pas de langage articulé et qui possèdent
difficilement la compréhension de ce langage.
Modalité d’application
- L’adulte accompagne toujours le signe de la parole.
- Seuls les mots importants de la phrase sont signés.
- La valeur visuelle du signe a un impact important et il convient
de respecter certaines règles de la langue des signes pour les
signer correctement : l’adulte doit pouvoir comprendre le signe sans
parole, puisque le signe devient le moyen de communication de la
personne handicapée.
- La personne handicapée qui utilise les signes doit absolument
être comprise par tout son entourage : il est donc important de
sensibiliser et de former cet entourage à ce mode de communication.
- Les gestes spontanés de la personne handicapée ne seront pas
bannis : peu à peu les gestes codifiés seront introduits.
- L’adulte signera toujours le geste correctement même si la
personne handicapée ne le reproduit pas avec la même exactitude
(elle le fera dans la mesure de ses possibilités motrices, de
mémoire ou d’intégration…bien souvent sans la parole ou avec une
parole déformée et nous aurons à décoder un message en le resituant
dans son contexte).
Notre pratique aux sap par rapport a la mise en place de cet outil
de communication :
Nous avons choisi de travailler suivant 3 axes :
Formation des parents et initiation de l’enfant par :
- des séminaires d’information sur l’outil donnés aux parents
- deux soirées de formation des parents et famille élargie (max.
15 pers.) partie théorique, partie pratique + lexique de base =70
signes
- une animation de « groupes » dans lesquels 3 ou 4 familles sont
présentes (1parent+1 enfant) Les groupes sont organisés pendant une
période et avec une fréquence déterminées. La séance dure plus ou
moins 1 heure et présente toujours la même structure (mouvements
corporels globaux, praxies, souffle, jeux autour d’un thème avec
apport de nouveaux signes, comptines et chansons à gestes,
collation)
- des soirées de rencontre contact « parents anciens et futurs
signeurs »
Formation de base pour l’équipe des SAP
2 fois 2 h + ¼ h en début de réunion d’équipe.
Formation de base aux professionnels des écoles et paramédicaux
indépendants
Au quotidien, lors de nos visites en familles et / ou en crèche, à
l’école, nous sommes régulièrement amenées à utiliser cet outil et
donner explications et / ou modèles sollicités.
SUPPORT DU LANGAGE ECRIT DANS LE DEVELOPPEMENT DU LANGAGE ORAL
Au cours de la conférence « Learning, reading and writing » Utrecht
2/92, S. Buckley affirme : « au moins 20% des enfants atteints du
syndrome de Down savent lire des mots globaux à trois ou quatre ans… ».
En automne 1994, notre association invite Mme S. Buckley à Verviers,
afin qu’elle nous explique plus clairement sa méthode, ses avantages et
observations après quelques années d’expérience.
En quoi consiste le programme de sue buckley ?
Les enfants apprennent des mots présentés sur des étiquettes ; cet
apprentissage est proposé suivant 4 étapes
- en assemblant des cartons identiques=ASSOCIATION
- en recherchant les mots demandés= SELECTION
- en les nommant ou les lisant = NOMINATION
- en associant mot/objet = COMPREHENSION
Mais avant de proposer ce programme, il est important de s’interroger
quant aux étapes préalables au travail avec les mots écrits.
Quand peut-on commencer ?
- quand l’enfant possède un bagage de 50 mots compris
- quand l’enfant est capable de discriminer des images.
Avant d’entamer le travail avec les mots écrits on s’assure que
l’enfant est capable :
- d’associer
- de sélectionner
- de nommer
- de comprendre des photos.
Intérêt de cette méthode
Mme Buckley cite comme avantages :
- Augmentation du stock lexical : de nouveaux mots, qui sont
appris à l’aide d’étiquettes, apparaissent déjà très vite dans le
langage de l’enfant probablement plus tôt que les mots qu’il entend
uniquement.
- Amélioration de la syntaxe : le fait de proposer avec un
matériel écrit des phrases de structure simple (S.V.C.) permet à
l’enfant de mieux structurer son langage oral.
- Appétence à la lecture : meilleures performances au cours de cet
apprentissage.
Dans le cadre du SAP des ateliers de langage écrit ont été proposés 1
fois/mois à 15 enfants âgés de 3 ; 9 ans à 8 ; 11 ans (1995-1997).
Ces 15 enfants ont été répartis en 6 groupes en fonction de leurs
aptitudes et de leur lieu d’habitation.
En parallèle, les parents et/ou logopèdes travaillaient avec l’enfant,
de préférence une fois tous les 2 jours pendant ¼ d’heure.
Observations après 2 ans de travail et intérêt de la méthode :
- Confirmation des affirmations de Mme Buckley
- Pour certains enfants nous constatons une amélioration au niveau
de l’articulation exacte des sons ainsi qu’au niveau de la
reproduction exacte du nombre de syllabes dans un mot.
- La fréquence des séances d’apprentissage et le relais régulier
pris par les parents et les professionnels semblent avoir un effet
certain sur les progrès observés.
Notre pratique aux services d’aide précoce par rapport a cette
approche précoce du langage écrit
en fonction des demandes, poursuite de l’animation des ateliers de
langage écrit
partenariat avec des écoles d’enseignement spécialisé de la région.
Au niveau maternel : dans le cadre d’un projet de stage (3ème
licence de logopédie) des activités d’approche au langage écrit ont été
proposées dans une classe maternelle T2 (comprenant 7 enfants).
Partenariat avec quelques familles.
Au niveau primaire : une collaboration soutenue avec la classe
primaire T2 (1er niveau) s’est mise en route. Dans un premier temps il
s’agissait d’apprendre de nouveaux mots par le biais du langage écrit en
fonction des thèmes abordés dans la classe.
Par la suite, un travail de discrimination auditive et
d’apprentissage de sons a été possible ; démarrage du programme de
lecture.
Ce partenariat efficace a permis aux professionnels de cette école de
revoir leur positions quant à l’apprentissage du langage écrit chez
l’enfant handicapé mental et ainsi de modifier l’organisation de leurs
groupes classes.
Bibliographie
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développement de la communication par un soutien gestuel. In A.I.R.
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Actes de la
Journée d’étude, 11 octobre 1996, Spa, « J’aimerais tant que
tu me parles », aide au développement de la communication par le
soutien gestuel.
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Monique Cuilleret, pionnière de la prise en charge dès le
berceau
Interview paru dans Ortho-Magazine - n°38 - Janvier/février 2002.
Propos recueillis par Anne-Marie Cantal, orthophoniste libérale, spécialisée
dans la prise en charge des enfants atteints de trisomie, et Martine Laleuf
Ortho-Magazine: Monique Cuilleret, vous avez consacré votre vie
professionnelle aux personnes atteintes de trisomie 21, initiant des recherches
ou vous en inspirant dans tous les domaines médicaux et paramédicaux concernant
la trisomie. Quelle a été votre motivation, alors que vous étiez jeune
orthophoniste et psychologue?
Monique Cuilleret: J'étais stagiaire universitaire dans un hôpital de
psychiatrie de Lyon lorsque j'ai pris la décision de me consacrer aux enfants et
aux personnes atteintes de trisomie. Un jour, j'ai découvert un service
d'adultes "mongoliens". Les plus mobiles étaient attachés au radiateur par des
bandes Velpeau. M'approchant de l'un d'eux pour essayer d'échanger, j'ai
déclenché une réaction de panique. D'autres demandaient à partir. J'ai pensé
immédiatement qu'il fallait agir, même si des tâtonnements risquaient d'être
inévitables, car tout était à faire dans ce domaine. Rien ne pouvait être pire
que leur situation. Je souhaitais me mettre au service des "plus souffrants".
Vous avez ensuite collaboré à de nombreux travaux.
De 1963 à 1976-1977, j'ai travaillé seule sur ce sujet; il s'agissait d'un
"travail de recherche universitaire". Outre mes maîtres, Suzanne Borel, Jean
Piaget et mes professeurs dans les hôpitaux, Bernard Schott et Alain Morgon, les
échanges et réflexions se faisaient avec mon équipe et tous ceux qui
travaillaient avec moi; mais j'étais seule face à toute décision. Ce n'est
qu'en 1976-1977 que j'ai pu confronter mes travaux et mes hypothèses à ceux
d'autres équipes étrangères poursuivant le même objectif.
La prise en charge précoce est votre cheval de bataille. Vous avez été la
première au monde à en prendre l'initiative. Par quel cheminement?
Le terme "cheval de bataille" me gêne. Il faut bien voir combien tous ceux qui
étaient concernés, surtout les enfants, étaient démunis. Leurs souffrances
étaient d'autant plus difficiles à supporter pour l'entourage que nous-mêmes,
professionnels, étions désarmés. Il m'est vite apparu qu'à l'âge où nous
prenions les enfants en charge (aux environs de sept ans), l'évolution de leur
pathologie lourde devenait irréversible, ainsi que la stratégie psychologique
des parents. Pour prévenir les conséquences d'une prise en charge tardive,
seules deux solutions étaient possibles: attendre que des travaux se mettent en
place sur le plan international et nous ouvrent d'autres voies d'approche, ou
commencer à travailler avec des bébés dans la double optique de l'aide aux
familles en difficulté et l'accompagnement des enfants atteints. Nous pensions,
en effet, qu'il fallait les aider avant que des troubles surajoutés par des
erreurs éducatives ou des manques de connaissance de la trisomie n'accroissent
les difficultés de ces enfants.
En 1972, avec l'approbation du professeur
Morgon, j'ai commencé les premières prises en charge précoces mondiales auprès
d'un groupe de 18 bébés avant entre quatre et six mois à cette époque. L'urgence
et l'absence de choix m'ont poussée dans l'action. Ensuite nous avons validé
nos résultats selon les méthodologies universitaires classiques et les résultats
se sont révélés tellement exceptionnels qu'il a paru urgent de permettre à
toutes les familles concernées d'en bénéficier. Un protocole global
d'accompagnement, de la naissance à l'âge adulte, a été mis en place.
Aujourd'hui deux éléments précis sont apparus:
- la nécessité de l'aide très précoce, tant pour les
enfants que pour les parents, c'est-à-dire dès les premiers mois,
voire les premiers jours de vie. C'est l'avenir de ces enfants qui
est en jeu sur les plans du comportement psycholangagier et des développements
moteur et intellectuel. Il a été démontré qu'une prise en charge
langagière avant six mois permettait une évolution intellectuelle
très supérieure (gain de 30 poins de QI environ), en comparaison avec
un groupe d'enfants non suivis.
Le rôle des parents est vital; seul
un véritable partenariat, mis en place clans les tout premiers
temps, évite un comportement réactionnel irréversible;
- à l'éducation précoce répond l'indispensable accompagnement
de l'adolescent.
Chez les adultes, les objectifs actuels sont le travail psychosocial
et la prévention.
Qu'apporte l'éducation précoce?
L'éducation précoce permet, entre autres:
- un meilleur développement global de l'enfant;
- d'harmoniser le développement de l'enfant;
- d'éviter autant que possible que les évolutions péjoratives
spécifiques à la trisomie se mettent en place ou s'aggravent;
- de grandir dans un meilleur climat affectif, moins angoissé et
plus stable;
- de l'aider à communiquer et à interagir avec le monde extérieur
dès ses premiers mois de vie.
A long terme, quels que soient le niveau et les possibilités de
l'enfant, les bénéfices sont majeurs pour tous, permettant un meilleur
niveau de communication, de prise de parole, un mieux-être dans leur vie
et la prise de conscience de leur identité.
Pour être efficace et non
dangereuse, l'éducation précoce doit être effectuée par des
professionnels spécialisés. Dans certains pays, un diplôme spécifique
est exigé; dans d'autres, en particulier au Canada, pour pouvoir prendre
en charge un enfant en éducation précoce, les étudiants doivent suivre
un an de spécialisation sur le sujet. Mais actuellement, en France,
outre un problème de formation des professionnels, la société a parfois
tendance à refuser implicitement (explicitement pour certains) de voir
les personnes atteintes de trisomie accéder à des vies autonomes, ce qui
remettrait en cause des fonctionnements institutionnels bien établis...
L'annonce du diagnostic fait partie intégrante de l'éducation
précoce.
L'annonce du diagnostic est déterminante pour toute la vie de la
personne atteinte de trisomie et de sa famille. C'est un moment décisif
où tout bascule. Dans tous les cas, il y a "meurtre" de l'enfant
imaginaire, celui qui n'a pas de problème. Dans nos sociétés, donc dans
l'imaginaire des mères, avoir un enfant qui va bien est considéré comme
un dû, alors que c'est une chance; mais seuls les parents qui ont vécu
douloureusement cette annonce du diagnostic le savent. Sans aborder les
détails de l'annonce du diagnostic (un chapitre à elle seule), celle-ci
se découpe en fait en "deux" annonces: l'annonce médicale, qui a lieu à
la maternité, et qui entraîne le deuil de l'enfant fantasmé "normal", et
une deuxième annonce, plus tardive, qui est éducative, psychologique, et
qui permet une ré-adoption de l'enfant différent.
Vous avez une connaissance approfondie de tout ce qui concerne les
enfants atteints de trisomie (troubles neuro-moteurs, immunologiques,
métaboliques, etc.), dont vous informez très vite les parents.
Une prise en charge efficace et respectueuse de la personnalité et du
devenir de chacun demande des connaissances et des compétences qui vont
bien au-delà de sa propre spécialité, ne serait-ce que pour pouvoir
informer correctement les parents et dialoguer avec eux (note 2).
Sinon,
comment, par exemple, faire la part des choses entre une pseudo-fatigue,
moyen que l'enfant a trouvé pour éviter le travail, et une vraie fatigue
dont l'origine peut être une cardiopathie ou un trouble somatique...? Il
faut également savoir que l'apprentissage du graphisme, qui met l'enfant
en échec, n'est pas lié à un problème intellectuel mais à un problème
moteur.
La plupart du temps, les personnes atteintes de trisomie ne se
plaignent pas et ne nous informent pas de leurs souffrances. Afin que
l'enfant ne soit plus, comme le disait Jean Piaget, un enfant "éclaté",
aux prises avec des "pouvoirs" différents et croulant sous la multitude
des exigences, je m'efforce de donner aux familles la possibilité de
jouer leur rôle parental, de retrouver une "situation normale". Il faut
qu'elles prennent elles-mêmes toutes les décisions importantes. Il faut
faire en sorte que le "triangle d'équilibre", base pagiétienne du
développement de l'enfant, puisse se mettre en place le plus vite
possible.
Comment aborder des domaines qui sont normalement réservés à
d'autres professionnels?
L'échange et la bonne entente entre des professionnels guidés par le
seul intérêt de l'enfant sont indispensables. La présence d'un référent
unique est un outil tout aussi nécessaire, mais peu connu en France, qui
aide à ces harmonisations (note 3). Le référent extérieur aux diverses
prises en charge assure les liens entre tous. La prudence est
primordiale en plus du respect et de la connaissance nous sommes
nombreux à intervenir auprès d'un enfant atteint de trisomie ; il faut
éviter les emplois du temps aberrants de certains enfants handicapés, où
ceux-ci sont constamment dans le "faire". Il leur est demandé un
surcroît de travail, mais ils doivent aussi trouver le temps d'être
eux-mêmes, de jouer et de se reposer. Il arrive un moment où,
psychologiquement, ces enfants ne peuvent plus supporter cette
situation. Il faut donc savoir moduler.
Il est important d'harmoniser
les différentes prises en charge médicale, paramédicale, éducative,
scolaire et psychologique, pour qu'il y ait une cohérence autour de
l'enfant et non pas un éclatement des demandes. L'ensemble des
interventions a un objectif personnalisé et global. Il faut aussi
éviter, par exemple, d'effectuer cinq consultations médicales en ORL et
aucune chez un cardiologue.
Il est important de pouvoir faire bénéficier
tous les enfants, quelle que soit leur situation géographique, d'une
prise en charge précoce. Celle-ci doit être le fait de professionnels
compétents, c'est-à-dire, dans le cas précis, d'orthophonistes s'étant
formées spécialement pour ce genre de prise en charge: il faut, dans le
domaine du langage, bien connaître la communication non verbale, savoir
repérer l'émergence des intuitions articulées, recevoir les demandes
implicites ou explicites de l'enfant, et les particularités du langage à
chaque âge. Lorsqu'il n'y a pas de structures de Centre d'action
médicale sociale précoce (CAMSP) ou SESAD, ou lorsque le choix parental
est tel, c'est aux libéraux d'assurer ce travail. L'équipe doit alors se
constituer d'un référent, d'un médecin, d'une orthophoniste, d'un
kinésithérapeute. À Lyon, nous formons des équipes sans mur, donc sans
la lourdeur administrative d'une structure officielle.
Vous tenez à certains termes: enfant "atteint de trisomie" plutôt
que "trisomique", "travail parental" plutôt que "guidance parentale"...
"Guidance parentale" me paraît une expression si péjorative pour la
famille que j'interdis à mes étudiants de l'employer. En effet, dans le
mot "guidance" sont induites les notions de guide: "être guidé" pour
celui qui est censé ne pas savoir, "guider" pour celui qui sait.
Implicitement, les parents sont alors guidés par le ou les
professionnels. Ces notions sont fausses et péjoratives. Si les parents
ont besoin d'aide et de connaissance, ils détiennent un vécu et des
informations dont les professionnels ont vraiment besoin pour adapter
leur travail. Plutôt qu'un travail de "guide", c'est un travail de
partenariat qui permet de progresser, tant pour l'enfant que pour les
parents, laissant à la fois la possibilité de rééquilibrer un paysage
affectif difficile pour l'enfant et d'apaiser, au moins partiellement,
les parents, respectant la personnalité de chacun d'eux et restaurant le
rôle parental du couple, qui doit s'approprier le projet.
De même, la
formulation "atteint de trisomie" au lieu de "trisomique" permet aux
parents de se resituer dans le projet parental. Elle est importante pour
aider l'adolescent à composer avec cette réalité: il est né avec cette
trisomie, il va vivre et mourir avec. Être trisomique est plus facile à
dire qu'à vivre. Il arrive parfois qu'un jeune le verbalise: « Ce que je
voudrais, c'est ne plus être trisomique ». Notre objectif est que ces
adolescents puissent dire, comme Émilie, « J'ai compris, la trisomie ça
n'empêche rien, pas d'avoir sa maison, des copains, un travail, de
s'acheter des vêtements, d'aller danser etc., mais ça embête ». Elle
avait appris à "faire avec" et à se trouver une personnalité. Tout ce
qui était permis aux autres jeunes filles lui était permis, puisqu'elle
était une jeune fille "atteinte de trisomie". Si elle avait été "une
trisomique", elle aurait toujours été marginalisée, y compris pour
elle-même. Cette dénomination "atteint de trisomie", et non pas
"trisomique", est un moyen de reconnaître que la trisomie n'a pas tout
envahi, tout détruit dans leur vie.
Vous exprimez ainsi votre respect de la dignité des personnes
atteintes de trisomie et de leur famille.
Le respect et la dignité sont pour moi des mots-clefs, tant dans le
domaine professionnel que personnel, grâce à des expériences que j'ai
vécues dès mon jeune âge et que j'ai tout naturellement utilisées dans
mon travail. Sans ces valeurs de respect, dignité, vérité, liberté,
notre travail est dénué de sens, sans objet, et l'interaction ne peut se
faire. Or, ces échanges sont tellement riches... L'expérience que
j'essaie de partager, ce sont eux, ces enfants, jeunes ou moins jeunes
qui me l'ont fait acquérir... Tout, au niveau des personnes concernées,
des familles, des professionnels, doit se faire dans un échange de
partenariat reconnu, donc de respect. Ce respect s'adresse aussi, à
l'évidence, aux familles, particulièrement aux parents, frères et
soeurs: respect de leurs souffrances, de leur dignité et de leur
liberté. Ce n'est pas toujours compatible avec l'intérêt des enfants ni
avec les impératifs professionnels, mais ces démarches fondamentales
évitent bien des erreurs et laissent aux parents leurs libres décisions,
sachant qu'ils me trouveront toujours à leur écoute, disponible, quelles
qu'aient été les difficultés antérieures.
Vous avez adopté le terme "psycholangage" pour définir votre
travail auprès des enfants atteints de trisomie.
Le psycholangage n'est pas le seul travail à effectuer auprès des
enfants atteints de trisomie: nous avons beaucoup d'autres choses à leur
apporter. Il est vrai que le travail sur le handicap psycholangagier est
des plus importants, les adultes atteints en parlent comme de leur
déficit le plus invalidant, c'est en dire l'importance.
Parler
d'orthophonie est parfois mal compris et peut-être imprécis. En
reprenant ce terme de "psycholangage" déjà employé par Jean Piaget et
Paule Aimard, je montre qu'au-delà des aspects rééducatifs, les
objectifs de communication, d'interactions et d'éducation priment. Chez
un bébé, on ne fait qu'éduquer, que faire émerger un langage dont l'oralisation
n'est que l'un des aspects. Et la parole, pour être comprise, doit faire
appel à bien d'autres paramètres.
J'ai aussi opté pour le terme "psycholangage"
parce qu'il est mieux accepté et mieux compris par les professionnels
non spécialistes de la trisomie. J'ai découvert ensuite que ce terme
amenait certaines jeunes orthophonistes à l'idée que la prise en charge
langagière d'un enfant, surtout s'il est petit, n'est pas une technique
de rééducation orthophonique habituelle; elle est beaucoup plus vaste
que la prise de parole. Le bébé, en jouant avec les sons, trouve sa
propre prise de parole et il doit rester le créateur de son langage.
Jean Piaget dit qu'à la fin de la période sensori-motrice, l'évolution
intellectuelle se met en place en même temps que le langage. Cette prise
en charge est donc fondamentale, quel que soit l'âge de l'enfant, et
exige une progression rigoureuse.
D'où l'importance pour vous de
transmettre votre savoir et votre pratique aux professionnels.
Transmettre le savoir est pour moi capital. Ce que nous avons appris
doit être mis au service des enfants ou adultes atteints de trisomie.
Ils n'ont pas besoin de pitié mais de compétence, et seuls des
professionnels avertis peuvent transmettre ce qu'ils ont appris et
découvert et, au-delà, progresser vers des avances nouvelles. Beaucoup
perdent leur temps à retrouver ce qui est déjà connu. Le langage ou psycholangage doit être le fait des orthophonistes et, j'insiste,
d'orthophonistes formées dans cette discipline. Je trouve dommage que de
jeunes orthophonistes sortent de l'école sans formation précise, voire
sans ouverture vers les handicaps génétiques ou mentaux...
Les personnes
atteintes de handicaps d'origine génétique ont besoin d'orthophonistes
spécialisées. Or, en France, le diplôme de compétence en orthophonie
spécialisée n'existe pas et l'on n'a pas suffisamment expliqué aux
orthophonistes l'importance de leur rôle auprès de ces personnes.
Certaines orthophonistes refusent encore la prise en charge d'enfants
déjà grands (deux ou trois ans) sans les adresser à une orthophoniste
compétente et sans informer les parents de l'urgence d'une telle prise
en charge, souvent parce qu'elles-mêmes n'en n'ont pas conscience...
Mais dans de tels cas, ne faudrait-il pas avoir le souci de réorienter
les familles vers d'autres professionnels compétents, ou de chercher
soi-même à apprendre? L'avenir de ces jeunes dépend de cela, mais
l'avenir du métier d'orthophoniste aussi. Tout travail de langage ou de
communication devrait être le fait de l'orthophoniste.
Notes:
- Travaux réalisés parallèlement par C. Cohen à Boston, Juan
Perera à Barcelone, Jean-Adolphe Rondal à Liège, sur trois
langues différentes: anglais, espagnol et français.
- Compétences et référent selon la conception de Monique
Cuilleret.
- Les étudiantes de l'école d'orthophonie de Lyon ont d'emblée
l'attestation de compétence, car l'enseignement comprend, depuis
une dizaine d'années, un grand nombre d'heures de cours magistraux
et de travaux dirigés sur la trisomie (par exemple actuellement,
pour les cours magistraux, 15 heures en 2ème année, 20 heures en
3ème année, 17 heures en 4ème année).
- La formation continue avec Monique Cuilleret donne accès à "une
attestation d'études" (qui a la valeur d'un 3ème cycle et qu'on
peut faire apparaître sur le papier à en-tête).
- La formation de référent est une formation complémentaire
qui permet à l'orthophoniste de travailler auprès de la personne
atteinte de trisomie, de la famille et des professionnels qui
l'aident. Le référent veille, oriente et guide le suivi de la
personne par un rôle d'écoute et de conseil, sans jamais s'impliquer
directement dans les actions menées et sans se substituer aux
différentes prises en charge.
Monique Cuilleret a notamment publié:
- Les trisomiques parmi nous, Simep éditions, 1981;
- Orthophonie, documents et témoignages; prises en charge,
Masson, 1987;
- Trisomie 21, Aides et conseils, Masson, 2000,
- Importance des aides à la petite enfance; éducation précoce,
collectif CNE, 2000
Trisomie 21, un peu d'histoire
- 1864-66: première description morphotypique du syndrome
par un médecin britannique, Langdon Haydon Down, qui va
définitivement lui donner son nom selon les normes de la
classification internationale: Down syndrom (DS).
- 1909: l'Académie de médecine reprend la description de
Down et emploie le terme de "mongol" pour qualifier des personnes
ayant des difficultés de vie quotidienne ("mongolien"). Ce terme
restera ensuite dans tous les écrits de langue française: on le
retrouve, par exemple, entre 1934 et 1939, sous la plume du Pr. Pinet,
lors des premières publications de la théorie hérédo-syphillitique,
concernant la propagation de ce qui était devenu entre temps "une
maladie de l'enfant". Puis en 1949, dans des écrits de Lécuyer; en
1952, Bernheim l'emploie pour publier sa "théorie du hasard". On le
retrouve ensuite de façon constante dans beaucoup de publications
Suzanne Borel-Maisonny, Marie de Maistre...
- 1959: l'équipe de Marthe Gauthier, Raymond Turpin et
Jérôme Lejeune découvre le chromosome surnuméraire au sein de toutes
les cellules des personnes atteintes de trisomie. Jérôme Lejeune
décide de changer le nom international et impose dans les pays de
langue française le terme de "trisomie". Pendant longtemps, les deux
terminologies coexistent dans certains pays francophones, puis peu à
peu le terme de trisomie s'impose, sauf peut-être en Belgique où le
terme "mongolien" continue à être employé couramment.
Deux ou trois choses que je sais d'elle...
Nous ne reviendrons pas sur la vocation de Monique Cuilleret, qui a
entrepris avec détermination une recherche qui allait engager toute sa
vie professionnelle. Il y a bien sûr des motivations personnelles
profondes telles « le désir, dès la classe de 4ème, de s'occuper
d'enfants en difficulté », qui s'enracinent très tôt, peut-être dans
"une petite enfance inhabituelle". Des choix familiaux l'amènent dans
des directions un peu éloignées (qui s'avèrent un jour utiles!): études
de médecine et études dentaires...
L'âge de la majorité permet de retrouver le chemin des enfants en
difficulté. C'est la rencontre avec Suzanne Borel-Maisonny, avec
d'un seul coup « la multiplicité des ouvertures offertes par ces
connaissances nouvelles » et la magie d'une époque durant laquelle
naissent des convictions et du génie, dans le domaine encore peu exploré
de ces enfants handicapés. Suzanne Borel conseille à Monique Cuilleret
de cumuler les études d'audiophonologie qu'elle entreprend avec une
licence de physique, afin d'obtenir le diplôme d'audioprothésiste, et
des études de psychologie (diplômes en 1967 et 1968). Durant ses études,
le stage en psychiatrie chez le Pr Bernard Schott à l'Hôpital
neurologique de Lyon (69) est déterminant. Deux recherches lui sont
confiées en 1964 (dont: "Profil psychologique de l'enfant mongolien") à
la suite des découvertes de l'équipe Gauthier-Lejeune-Turpin. À partir
de ce moment, elle assume rapidement de nombreuses responsabilités.
Les résultats obtenus dans le cadre de l'Inserm entre 1965 et
1970 (deux travaux de recherche psycholinguistique effectués à l'Hôpital
Édouard Herriot à Lyon, dont "Les possibilités rééducatives de l'enfant
trisomique"), lui « ouvrent de telles perspectives pour les enfants »
qu'elle souhaite «s'évader du cadre confiné de la recherche pure »:
Monique Cuilleret crée alors la première association française pour
l'insertion des personnes atteintes de trisomie puis la première classe
française spécialisée intégrée. Elle débute également un travail
d'éducation précoce auprès d'un groupe de 18 bébés de moins de six mois.
« Depuis, je n'ai jamais changé d'objectif: aider le mieux possible avec
tous les moyens, connus ou en mouvance, ces personnes atteintes de
trisomie ou de maladies génétiques rares. Ce travail auprès des plus
démunis (leurs richesses et leurs possibilités dérangeaient, malgré les
mises en évidence scientifiques), me correspondait et me permettait de
me mettre à leur disposition. Pendant des années, malgré mes recherches
et l'accès aux travaux internationaux que l'université me permettait, je
n'ai pas connu d'autre équipe s'intéressant aux mêmes problèmes. Je
travaillais donc seule. En 1976, je fis connaissance de l'équipe
Bonjean-Rondal, qui commençait à travailler sur ce sujet. Une autre ère
de travail, dans l'échange, commençait: d'autres équipes internationales
s'ouvraient ».
Actuellement, Monique Cuilleret n'hésite pas à proposer son
expérience et sa disponibilité dans toute la France. Elle prend
facilement « son bâton de pèlerin et sa valise » pour répondre à une
demande de bilan ou de référent, donner des formations ou des
conseils...
Monique Cuilleret a ouvert, en 1991, un cabinet libéral en tant que
psychologue, pour proposer des "bilans, conseils pour personnes
atteintes de trisomie" à La Maison médicale Saint-Priest (69).
L'éducation précoce, un passeport pour l'avenir
Témoinage paru dans Ortho-Magazine - n°38 - Janvier/février 2002.
L' auteur Madeleine Fève-Chobaut, orthophoniste, psychologue,
psychothérapeute, formateur, enseignante, Hôpital Saint-Charles, Saint-Dié des
Vosges (88), orthophoniste libérale.
Le credo orthophonique de Madeleine Fève-Chobaut: accompagner l'enfant atteint
de trisomie 21 de la naissance à l'âge adulte... en sachant que la qualité
relationnelle et l'efficacité technique sont étroitement liées. Explications.
Lorsqu'il y a bientôt 20 ans, j'ai vu entrer dans mon cabinet, pour
la première fois, un jeune enfant porteur de trisomie 21, accompagné de
ses parents, il me faut bien confesser mon désarroi et mon aveu
d'incompétence d'alors. Et les études d'orthophonie me direz-vous... Je
les ai suivies dans les années 70 à l'école de Nancy. Il est vrai que
les cours dispensés y étaient d'un excellent niveau, mais point
d'éducation précoce destinée aux jeunes enfants porteurs de trisomie 21.
L'orthophonie en était encore à tenter d'exister. Il avait fallu
batailler durement pour se faire une place au milieu du "géant médical".
Pour se former, il convenait de chercher par soi-même et se rendre à
Paris. Pour nous aider, nous avions l'Association pour la rééducation de
la parole et du langage oral et écrit (Arploe), où nous rencontrions les
grandes dames de l'orthophonie, autour de Suzanne Borel-Maisonny...
Face à l'arrivée de cet enfant porteur de trisomie 21, il me fallait
donc prendre à nouveau mon bâton de pèlerin. Que pouvais-je faire Pour
lui? Que pouvais-je lui apporter, ainsi qu'à ses parents?
J'avais eu l'occasion de rencontrer Monique Cuilleret auprès
de Suzanne Borel-Maisonnv. J'avais lu certains de ses articles et
livres. Son approche respectueuse de la personne, celle de la personne
porteuse de trisomie 21 en particulier, m'attirait. Je me suis donc
tournée tout naturellement vers elle. L'orthophonie avait déjà acquis
ses lettres (le noblesse à Lyon grâce aux Prs Pierre Mounier-Kuhn et
Alain Morgon, et se rendre dans cette ville était chose facile. La
formation que m'a alors proposée Monique Cuilleret m'a séduite:
structurée, précise et étayée d'exemples concrets, ce qui convenait à
l'orthophoniste de terrain que j'étais, peu encline aux tirades
universitaires, mais à la recherche de sérieux dans l'exercice
professionnel. Je me suis lancée...
C'est ainsi qu'au fil des mois, j'ai pu recevoir Marc, Florian et
Marie-Léa. Ce sont maintenant des adolescents, en proie aux crises
de tous les adolescents, mais désireux de vivre, d'avancer et
d'apprendre. Jason et Julien les ont suivis ils fréquentent un
établissement spécialisé où ils s'épanouissent, Agnès et Anne-Claire
sont dans une école primaire ordinaire où elles bénéficient d'un soutien
individuel adapté. Anaïs et Adèle sont en maternelle; Florine, Lucie et
Valentin s'y préparent. Chacun, à son rythme, a pu trouver sa voie,
chaque parent a pu évoluer au rythme de son enfant et envisager la vie
avec confiance malgré les écueils.
L'éducation précoce
Quelle est la place de l'orthophoniste dans cette relation, et
dans l'éducation précoce en particulier? En premier lieu, il est
important de savoir que les troubles de la communication sont présents,
et la plupart du temps importants. chez toutes les personnes porteuses
de trisomie 21. Or, une bonne communication s'appuie sur des pré-requis
qui naissent et s'enracinent dans la petite enfance.
L'orthophoniste, par sa participation à l'éducation précoce de
l'enfant, permet l'enracinement des bases, participe à la
construction du quotidien et prépare l'avenir de l'adolescent et de
l'adulte. Cette période de l'éducation précoce, pourtant la plus
importante, est la plus difficile à concrétiser et reste méconnue de bon
nombre de professionnels.
En avril 1996, à Montréal, au Canada, Monique Cuilleret a bien
résumé le travail qu'elle a mis au point: « En réponse aux problèmes de
la dysfonction langagière, il convient de travailler précisément:
- les troubles perceptifs sur l'ensemble des cinq sens;
- les difficultés d'acquisition des mises en relation de la
permanence de l'objet, et donc de la mise en place des items de
pensée;
- la difficulté de l'acquisition de la notion de temps dans
son ressenti le plus concret et dans sa réversibilité;
- la difficulté à moduler la prosodie et à acquérir les
mots-clés de la phrase. Ces mises en évidence et les techniques de
prise en charge que j'y ai adaptées modifient complètement l'évolution
langagière et psycho-intellectuelle de l'enfant ».
La notion de temps est la plus difficile et la plus longue à
acquérir. Jean Piaget précise que cette notion n'est réellement
acquise que lorsque la personne est capable de réversibilité,
c'est-à-dire qu'elle peut tirer des conclusions et effectuer des
anticipations personnelles de ce qu'elle expérimente. On peut noter que
Marie de Maistre s'interrogeait dès 1962 sur cette notion, si importante
pour l'apprentissage de la lecture notamment.
« Le bébé est une personne », a dit Françoise Dolto. Le bébé
porteur de trisomie 21 est aussi et avant tout une personne, peut-être
particulière sur certains plans. mais une personne à part entière. Et
s'il est du devoir de l'orthophoniste de tenir compte de cette
spécificité, il est impératif de ne pas réduire cet enfant à sa seule
trisomie.
Comme l'affirme Monique Cuilleret, « Si l'éducation précoce de
l'enfant ordinaire est reconnue comme déterminante dans son devenir; il
en va de même clin l'enfant trisomique 21 ». Cette éducation commence,
pour tous les enfants, le jour de la naissance. De la qualité du travail
dans les tout premiers mois de la vie dépendra le futur de cet enfant.
Cela est d'autant plus vrai pour l'enfant porteur de trisomie 21. Un
début de travail avant l'âge de 6 mois est primordial, les études en
cours le prouvent. Mais il convient, avant tout, que les parents se
sentent prêts pour cette entreprise. C'est au professionnel de s'adapter
à leur demande et à leur rythme, tout en gardant en mémoire qu'il est
nécessaire, dès ce jeune âge, d'entreprendre un suivi continu.
Le rôle des parents
Pourquoi intervenir si tôt? Afin d'aider les parents à surmonter leur
désarroi après l'annonce du diagnostic, et surtout afin de permettre au
bébé d'accéder rapidement à des réussites qui susciteront la
gratification de l'entourage et enclencheront la mise en relation
essentielle au développement de la pensée. Le regard porté sur l'enfant
devient alors primordial.
Pour étayer ces propos, voici quelques exemples. Lorsque je
reçois pour la première fois un bébé et ses parents, il importe avant
tout que je garde en mémoire que j'accueille un enfant et des parents
blessés. A la lumière du travail effectué auprès (le Monique Cuilleret,
je fixe toute mon attention sur la relation tripartite. Le bébé est une
personne et je m'adresse à lui en tant que tel, de cette voix douce dite
"de nourrice". Les parents sont souvent surpris, dans un premier temps.
Puis, considérant l'intérêt que je porte à la personne qu'est leur bébé.
ils le découvrent aussi comme n'étant pas seulement un enfant
trisomique.
Je me souviens notamment de ce petit garçon très hypotonique,
tenu dans les bras de sa mère. La mère et le bébé avaient le même regard
flou, le regard de la maman masquait sûrement sa souffrance et celui de
l'enfant était le reflet d'une grande passivité. Je me suis donc
adressée au bébé comme je viens de le décrire. Le bébé, par le regard et
la gestualité, m'a répondu. Il s'éveillait d'un seul coup à la vie et
les parents le découvraient pour la première fois. Inutile de vous dire
que pour la suite du travail, j'ai pu compter sur des parents efficaces
et motivés.
Parlons d'Agnès, à présent. Elle venait d'avoir 5 ans
lorsqu'elle m'a annoncé que nous allions travailler sur les noms
propres: « Ton nom, c'est Madame Pétard », m'a-t-elle dit, accompagnant
son propos d'un joyeux rire sous cape. Il m'a fallu peu de temps pour
prendre conscience de l'une de mes expressions favorites, restée
jusque-là enfouie dans l'inconscient. L'observation d'Agnès et l'usage
humoristique qu'elle a pu en faire, sa capacité de jugement et
d'expression, nul doute que c'est à l'éducation précoce qu'elle les
doit.
Dès que la relation est établie et que les parents se sentent
suffisamment en confiance pour dire leurs inquiétudes, le travail peut
commencer. Il est impératif de garder en mémoire que c'est de la qualité
relationnelle que dépendra l'efficacité technique. Parents.
professionnel et enfant deviennent, chacun à leur place, acteurs du
projet.
Que se passe-t-il alors?
La séance de suivi orthophonique de la
naissance à la verticalisation se déroule en présence de la mère et avec
sa participation. La mise en place des acquisitions chez l'enfant
ordinaire fait écho aux attentes de celle-ci. Dans le cas de l'enfant
porteur de trisomie 21 c'est le professionnel, habitué au décryptage des
messages, qui se fait l'interprète de ce que l'enfant exprime auprès des
parents. Grâce à ce décryptage, la maman connaît mieux son enfant,
devient capable d'anticipation créatrice à son égard. Réconcilier le
regard entre la mère et son bébé, voilà le premier travail du
thérapeute, comme l'affirme Monique Guilleret: « On a démontré
qu'environ 80 % du temps des tétées est employé à regarder non
seulement le visage maternel, mais plus précisément le bas du visage.
Chez le bébé atteint de trisomie, ces temps sont le plus souvent
inemployés, "vides". En outre, la maman a beaucoup de mal à parler à son
enfant pendant les tétées, soit parce qu'elle pense que celui-ci "ne
comprend pas", soit parce qu'elle ne "s'en sent pas la force". Le
travail oculo-moteur permet sans aucun doute de réduire toute une partie
du "retard de langage". Le travail se poursuit par la découverte des
repères spatiaux. Les "repérages oculo-moteurs et spatio-temporels "
s'acquièrent dans la première année de la vie et s'imbriquent dans les
interactions positives mère/enfant. Le thérapeute guide alors le
travail. Les mères d'enfants trisomiques utilisent un langage plus
simple que les mères d'enfants ordinaires; tant sur le plan syntaxique
que sur le plan sémantique, ces mères offrent à l'enfant moins
d'occasions de prendre l'initiative ».
L'enfant va ensuite manipuler et jouer. Ces manipulations et
ces jeux seront l'objet d'observations. de décodages et de plaisir. Le
professionnel guide et prépare les futures formes verbales, les
possibilités d'abstraction nécessaires à la mise en place de la pensée.
L'enfant devient créateur de son ovalisation, les parents co-créateurs
du projet de leur enfant se font alors suffisamment confiance pour
permettre la mise en place de "silences bienveillants" indispensables à
l'éclosion de la parole. Le thérapeute, toujours présent, prépare
ensuite l'intégration scolaire, l'adolescence (étape très importante qui
devra requérir toute l'attention des parents et de l'équipe
thérapeutique) et enfin l'entrée dans la vie adulte.
Le "cahier des charges" de l'orthophoniste
Madeleine Fève-Chobaut - Ortho-Magazine - n°38 - Janvier/février 2002.
Pour mener à bien un travail d'éducation précoce, l'orthophoniste doit posséder
des compétences et des qualités particulières.
Une solide formation technique dans le domaine de la trisomie 21:
travailler avec un enfant porteur de trisomie 21 relève d'une spécificité
propre, celle des caractéristiques inhérentes à la trisomie, qu'il est
nécessaire de connaître. Il convient, par exemple, d'aider à la mise en place
des items de pensée très tôt, avant l'âge d'acquisition d'un enfant ordinaire,
de revoir encore et toujours les bases sensori-motrices et les reprendre au fil
du temps afin qu'elles se perpétuent.
Une grande capacité relationnelle pour favoriser l'interactivité des
acteurs: l'orthophoniste apprendra à se taire. Ce "silence actif" permettra à
l'autre, et à l'enfant en particulier, d'oser prendre sa place. Avec Aragon,
nous dirons que « la parole n'est pas donnée à l'homme mais il la prend ». Grâce
à ce silence bienveillant, l'orthophoniste sera capable de donner la parole à
l'enfant.
Une bonne dose de patience et de persévérance... Le décalage entre
compréhension et expression, plus important que chez l'enfant ordinaire, ne fera
pas perdre de vue à l'orthophoniste les objectifs qu'il s'est fixés... à
condition que l'enfant soit respecté dans ses intérêts. Un jour, enfin, la
réponse arrivera.
Une imagination vraie, au sens premier du terme, c'est-à-dire qui permet
de « se représenter quelque chose à l'esprit » (définition du Petit Larousse).
Il conviendra, grâce à l'expérience, de décrypter au plus juste ce que l'enfant
aura exprimé avec peut-être encore des maladresses. Je me souviens de cette
maman, inquiète parce que son enfant, encore au biberon, refusait depuis peu de
boire... mais on connaît les difficultés qu'ont les enfants porteurs de trisomie
pour boire. Avec l'aide de l'orthophoniste, l'enfant a pu faire comprendre qu'il
désirait tout simplement une tasse comme ses frères et soeurs.
De la flexibilité. Ne pas craindre les retours en arrière, les séances
moins techniques mais nécessaires au réajustement de la relation: sans relation
positive avec l'enfant et ses parents, il n'y a pas de travail technique
possible.
Un sens poussé des valeurs humaines, en particulier le respect de soi et
des autres, qui permettra de recevoir la souffrance des parents, d'entendre leur
découragement (et celui de l'enfant) devant les difficultés. Un enfant porteur
de trisomie 21 prend très tôt conscience de sa différence. L'orthophoniste, s'il
en est conscient lui aussi, pourra y répondre adroitement.
Enfin, le courage d'oser en se faisant confiance et en faisant confiance
à l'enfant. L'orthophoniste saura lui parler de sa trisomie, de ce que la
trisomie lui permet de réaliser facilement, et de ce qu'elle rend difficile pour
lui. Il saura l'encourager, lui dire qu'il est là pour l'aider et que ses
parents sont là aussi. Si l'enfant porteur de trisomie 21 n'apprend rien
spontanément, il peut tout acquérir. Notre motivation en tant que thérapeute se
résume en deux mots: "présomption" et "compétence". Ce bébé pourra, c'est sûr!
Ce qu'il pourra, je ne le sais pas. Quand? je ne le sais pas encore... Mais il
pourra! S'appuyer sur ce projet amène à mettre en oeuvre sa concrétisation.
Notre travail, à la fois relationnel et technique, participe pour une grande
partie au devenir de l'enfant. Il l'aide à mettre du sens dans sa vie et plus il
y mettra du sens, plus il aura accès au sens et pourra ainsi donner sens à son
existence.
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L'enfant trisomique progresse à son rythme, mais sur une
longue durée
Interview paru dans Ortho-Magazine - n°38 - Janvier/février 2002.
Dominique DhennequinRobin est orthophoniste libérale à Tassin (69), chargée de
cours et de travaux dirigés sur la trisomie à l'école d'orthophonie de Lyon.
Propos recueillis par Martine Laleuf.
L'apprentissage de la lecture chez un enfant atteint de trisomie ? Attendre son
envie sans tenir compte de l'assimilation des pré-requis et utiliser une méthode
phonético-gestuelle : ainsi pourrait-on résumer le travail de Dominique
Dhennequin-Robin... Mais ce serait oublier l'énergie et la disponibilité qu'exige
cette pratique orthophonique !
Ortho-Magazine: Dominique Dhennequin-Robin, vous avez acquis une grande
expérience auprès des enfants atteints de trisomie en tant qu'orthophoniste.
Quand avez-vous pris connaissance de cette pratique?
Dominique Dhennequin-Robin: Ma démarche professionnelle a été, je pense,
un peu "originale". Je me souviens avoir affirmé, en fin de 2ème année d'études,
«,je ferai tout, sauf de la trisomie ». Mais au moment de choisir le sujet de
mon mémoire, le Dr Monique Porot, directrice du Centre d'action médicale sociale
précoce (CAMSP) pour enfants sourds de Lyon, m'a proposé de filmer un enfant
trisomique dont la maman, interprète en langue des signes, tentait de monter le
langage à l'aide du "geste". Ce fut ma première grande rencontre avec la
trisomie, à raison d'une demi-journée par semaine pendant plus d'un an, et en
complément des recherches nécessaires à l'élaboration de mon mémoire. Après
l'obtention de mon diplôme, Monique Cuilleret m'a annoncé qu'une orthophoniste
arrêtait son activité pour raison de santé et laissait ainsi plusieurs enfants
en éducation précoce. C'est de cette façon que j'ai commencé à me spécialiser.
Depuis, j'ai changé de cabinet mais pas de type de patientèle... Je l'ai
simplement élargie à d'autres cas lourds, moins connus, parfois non étiquetés,
mais toujours passionnants. En effet, même si les progrès sont lents, laborieux
et parfois infimes, ils représentent pour moi une joie immense, une victoire sur
le handicap.
Je me souviens d'un petit garçon de sept ans qui était venu avec son père. Cet
enfant présentait des troubles autistiques très nets en plus de la trisomie.
Nous avons effectué des échanges communicationnels en utilisant des jeux
sonores. L'enfant était ravi; il s'est retourné vers son père pour l'associer à
sa joie. Le papa a eu cette phrase, qui m'a profondément marquée: « Vous avez
vu, il m'a regardé... C'est la première fois ». L'enfant avait 7 ans...
À quel âge prenez-vous en charge les enfants, et qui vous les adresse?
L'âge des enfants est très variable au moment de la prise en charge. Celle-ci
doit débuter le plus tôt possible, à partir du moment où les parents peuvent
faire cette démarche. Mon plus jeune patient avait deux mois lors de notre
première rencontre. Comment viennent-ils' Essentiellement (et malheureusement)
par le "bouche à oreille", c'est-à-dire par d'autres parents, mais aussi des
médecins, des paramédicaux et des instituteurs, spécialisés ou non. Je dis
"malheureusement", car de nombreux parents regrettent de ne pas avoir su plus
tôt que des orthophonistes spécialisées dans ce type de prise en charge
existaient... Le travail en collaboration avec les institutions est rare (pour
des raisons bassement matérielles: le "prix de journée" de la Sécurité sociale).
Légalement, c'est l'institution qui devrait régler les séances, mais on se
heurte le plus souvent à un refus motivé par des raisons budgétaires diverses,
multiples... et sans doute en partie justifiées. En conséquence, les parents qui
veulent vraiment poursuivre la rééducation de leur enfant viennent sans en avoir
informé l'institution et me rémunèrent eux-mêmes.
C'est, à mon avis, bien regrettable, et très frustrant pour moi car je ne peux
travailler en accord avec les autres intervenants.
Certaines institutions ou certains services d'éducation spécialisée et de soins
à domicile (Sessad) acceptent une intervention extérieure, et cela fonctionne
parfaitement. De plus, lorsque l'enfant est intégré en classe ordinaire ou en
Classe d'intégration scolaire (Clis), j'établis toujours de nombreux contacts
avec l'équipe enseignante ainsi qu'avec les autres intervenants
(kinésithérapeute, psychomotricien, psychologue...). Cela s'est révélé toujours
extrêmement bénéfique pour l'enfant et pour le reste de l'équipe. J'ajouterai
que les enseignants, souvent inquiets, sont alors rassurés.
Quelles épreuves privilégiez-vous lors du bilan? Quelle en est la durée?
La différence essentielle avec un bilan classique est l'absence de référence à
un âge donné. L'âge réel de l'enfant n'a, pour moi, aucune importance. Qu'il ait
2 ans, 5 ans ou 8 ans, s'il en est au proto-langage, c'est ce dernier que je
teste.
Pour cela j'utilise toujours des tests que je connais parfaitement, afin de
mémoriser les réponses, me faire rapidement une opinion et ne pas être obligée
de noter des éléments devant des parents souvent très inquiets des "résultats".
Par exemple, j'aime bien utiliser le test Nelly Caroll pour tester la
compréhension simple; mais si je vois que l'enfant ne réagit pas ou peu à
l'image, je teste sur consigne orale.
La difficulté principale d'un bilan de patient atteint de trisomie réside dans
la diversité des niveaux et des éléments à tester. En ce qui concerne
l'expression orale, cela va du simple son signifiant aux phrases avec marquages
morphologiques et syntaxiques; mais il faut aussi étudier la poursuite visuelle
et auditive, la coordination visuomanuelle...
Dans tous les cas, il est nécessaire de choisir les tests adaptés de façon
rapide.
Le premier entretien dure environ deux heures (parfois 3!), avec une grande
partie réservée à l'écoute, qui est un élément primordial. Le bilan avec
l'enfant (ou l'adolescent, ou l'adulte) se poursuivra en moyenne encore pendant
deux autres séances de 45 minutes.
Vous suivez vos patients très longtemps. Comment et à quel moment
abordez-vous la lecture proprement dite?
Pour l'apprentissage de la lecture, je n'attends pas que les pré-requis soient
en place. Toute personne qui a travaillé avec des patients trisomiques sait que
l'on pourrait attendre l'âge de 20 ans sans que ces pré-requis soient atteints,
alors qu'un adolescent peut très bien lire en comprenant parfaitement. Là
encore, il n'y a pas, selon moi, d'âge particulier pour tel ou tel acte.
L'enfant doit être intéressé par le fait de lire ; cela est manifeste, par
exemple, s'il demande à l'adulte ce qui est écrit. Cela est très subjectif de ma
part et tient à mon expérience. Il est vrai que je pratique une méthode
phonético-gestuelle adaptée de celle de Suzanne Borel Maisonny. L'enfant,
habitué à cette pratique (que j'utilise pour monter le langage oral), accède
facilement à l'apprentissage de la lecture, et sa parole est améliorée de façon
systématique. L'enfant est parfaitement conscient de ses progrès.
Dans la mesure du possible, je débute cet apprentissage en grande section de
maternelle, afin que l'enfant qui entre en cours préparatoire (CP) puisse déjà
connaître tous les phonèmes simples. Il a ainsi "un peu d'avance", et quelle que
soit la méthode utilisée en classe, il pourra se raccrocher à ses acquis.
Actuellement, environ 80 % de mes petits patients ont pu intégrer une classe de
CP classique ou une Clis.
En quoi ce type de prise en charge est-il différent?
La différence fondamentale de cette prise en charge est la disponibilité du
thérapeute, qui doit être très importante, j'allais dire sans limite. J'ai eu
deux fois l'occasion d'être "l'oreille qui écoute au bon moment" (dont une fois
à 23 heures) et je n'hésite pas à dire aux parents, lors du premier entretien: «
Si vous en éprouvez le besoin, vous pouvez toujours me téléphoner ». A l'heure
actuelle, une seule maman a abusé de cette possibilité. C'est peu!
La disponibilité doit exister vis-à-vis des parents ou de la famille, mais aussi
des enseignants, des autres acteurs para-médicaux et de tous ceux qui approchent
l'enfant (halte-garderie, crèche, aide à l'intégration...).
Bien évidemment, cela prend beaucoup de temps. Un jour, un confrère a même parlé
de "sacerdoce"... Peut-être avait-il raison... Les difficultés les plus
fréquentes sont liées à l'intégration scolaire. Les relations avec les
psychologues scolaires, en particulier, sont souvent difficiles, ceux-ci voulant
systématiquement tester les enfants trisomiques avec des matériaux pour enfants
dits "ordinaires", étalonnés avec des niveaux d'âge. Or, comme je l'ai dit plus
haut, je pense que l'âge n'a pas d'importance. L'enfant trisomique progresse à
son rythme mais sur une longue durée. Il me semble évident que l'on ne peut (et
ne doit) pas tout mesurer avec le même moule. De façon très fréquente, lors
d'une intégration scolaire, le niveau n'étant pas acquis, le chemin des
établissements spécialisés nous est vite indiqué. Si je ne suis pas partisane
d'une intégration à tout prix, celle-ci s'avère indispensable lorsqu'elle peut
apporter un bienfait à l'enfant.
Pourquoi privilégiez-vous désormais cette pratique?
Ce travail me passionne. Il est vrai que les patients atteints de trisomie
demandent plus de temps, plus de patience et plus de tension nerveuse qu'une
patientèle classique. En un mot, c'est souvent éreintant. Mais en contrepartie,
que de joies! Quel bonheur quand le succès, si minime soit-il, est au
rendez-vous...
Dans ce type de prise en charge, la place des parents est très importante;
beaucoup de choses deviennent possibles grâce à eux. Ils assistent très souvent
aux séances lors de la petite enfance et, de retour chez eux, ils reprennent les
exercices abordés au cabinet. Je me souviens d'un congrès, auquel je m'étais
rendue accompagnée d'une dizaine de couples de parents, dans le centre de la
France. Le soir, réunis autour du dîner, nous échangions gaiement lorsqu'un
papa, par-dessus le brouhaha de la table, a commencé une comptine apprise au
cabinet... tous se sont alors mis à chanter en reprenant les gestes
d'apprentissage, tapant dans leurs mains, écrasant leur nez... Ces moments
exceptionnels gomment bien des fatigues et des désappointements.
On ne supprime pas le handicap, on le grignote seulement... Mais n'est-ce pas
fabuleux?
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Livre : Trisomie 21 aides et conseils
Livre - Ortho-Magazine - n°38 - Janvier/février 2002.
Réédité pour la troisième fois en 2000, cet ouvrage très clair tente
de transmettre un savoir immense sur la trisomie 21 en quelques pages,
ce qui rend chaque phrase importante et donne un livre passionnant de
bout en bout. Les aides précieuses, souvent inédites, concernent les
nombreux aspects de la trisomie 21.
Dans le premier chapitre, essentiel, "Symptomatologie de la
trisomie 21, conséquences concrètes", chaque information - sur les
troubles neuro-moteurs, immunologiques, métaboliques, hématologiques,
sensoriels, psychomoteurs et intellectuels et les surhandicaps, tels la
cardiopathie, fréquente est immédiatement suivie des commentaires
expérimentés et pertinents de l'auteur dont le «propos est de retenir
les éléments qui appellent dès aujourd'hui une réponse concrète et
précise». On trouvera difficilement plus concis.
Viennent ensuite "Annonce et conséquences éducatives du diagnostic" et
"Prise en charge précoce". Bien que capitale, «l'éducation précoce ne
peut pas s'improviser. Toute construction nouvelle ne petit se faire qu'à
partir du "oui, mais" et avec l'adhésion totale des parents. Le temps
employé pour arriver aux résultats souhaités est sans importance au
regard des enjeux relationnels induits>. Sous le titre «Age scolaire»,
le chapitre 4 aborde ensuite l'intégration scolaire.
Dans le deuxième volet de l'ouvrage "Au-delà de l'enfance...
Évolutions", on découvre les moments moins connus de l'adolescence et de
la vie adulte, les écueils mais surtout les possibilités offertes aux
personnes atteintes de trisomie. Ces informations paraissent d'autant
plus nécessaires que «les sujets eux-mêmes se plaignent rarement ou très
peu de façon spontanée».
- Dans la prise en charge de l'adolescent, «l'objectif doit
être précis» sans oublier l'imaginaire «Le monde de l'imaginaire doit
être rendu à l'enfant et à l'adolescent atteint de trisomie... cet
accès à l'imaginaire est un des éléments qui conditionne l'accès au
monde de l'abstraction».
- Voici quelques aspects concernant l'adolescent et le jeune
adulte : "comment se manifeste cette adolescence ?", "quelle aide
leur apporter ?", la formation professionnelle, orientations
professionnelles: "Point de vue du jeune sur la formation", "Évolution
personnelle - Maturation affective et sexuelle", "Loisirs", "Langage",
"Maturation de la pensée chez le préadolescent et l'adolescent",
"notion d'abstraction", "notion de jugement", "difficultés de
raisonnement", "développement de l'imaginaire", "difficultés de
langage"...
Le livre est mince (136 pages), ce qui en rend la lecture complète
(et la relecture) très agréable, en plus d'être passionnante.
Cuilleret M., Trisomie 21 - Aides et conseils, Masson, 2000.
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